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«L’hostilité a nourri mon esprit revanchard»

Découvrant la mise en scène avec «Tout le monde debout», l’humoriste Franck Dubosc parodie le beauf macho, souvent lourd, parfois aimable, son inépuisable fonds de commerce.

Ce jour-là, avec l’air d’un quidam qui promène sa carcasse célèbre dans l’anonymat feutré d’un palace lausannois, casquette de golfeur crânement plantée, solaires griffées et futal de velours côtelé, Franck Dubosc met en veilleuse sa séduction tannée de play-boy mûrissant. Le sourire grave, l’humoriste défend sa première mise en scène, Tout le monde debout.

Il y règle ses comptes avec un héros qu’il traîne depuis des lustres, le mythomane incorrigible jusqu’à passer pour un macho bourrin. Ce cousin du Patrick Chirac de Camping se fait passer pour un handicapé pour séduire une jolie femme en chaise roulante. D’où imbroglios en cascade. Franck Dubosc tend la joue en auteur à la pudeur dépoitraillée, comme si le champion de la vanne lourdingue s’excusait de ne pas donner dans la dentelle et acceptait de prendre quelques baffes à l’ego pour pénitence. Éternel moqueur, et d’abord de lui-même, il lui sera beaucoup pardonné.

Pourquoi avez-vous des sparadraps sur les pouces?

Pour ne pas me ronger les ongles. Je profite que nous ne sommes pas en public. J’ai tout essayé.

Le cinéma serait une telle angoisse – d’ailleurs vous voilà déjà reparti en tournée?

Non, au contraire! Le cinéma, c’est mon aire de repos, du temps extra, ma moquette. Ou, si j’étais un chien, le coin du feu après le bain de boue. Car le spectacle, c’est le rock’n’roll des saltimbanques… et bientôt plus de mon âge. J’ai une famille, un jeune enfant qui m’attend à la maison. En même temps, j’ai besoin des applaudissements, de ce moment stoïque où je me penche et salue, devant, à gauche, à droite, avec le cœur qui bat à 100 à l’heure. Puis la redescente dans la solitude des chambres d’hôtel, moment entre moi et moi, sans plus d’autographes à signer, j’aime, je savoure. Dans le temps, je ne vivais que pour ces instants.

Et maintenant?

La paternité tardive (ndlr: Raphaël en 2010, Milhan en 2012) a tout changé. Mon égocentrisme en a pris un coup. Heureusement, sans doute, mon nombrilisme se déplace. Je relativise un peu le métier.

Avec le recul, d’où vient votre attirance pour la célébrité?

J’ai compris combien je ne m’aimais pas moi-même. Je voulais être un autre. Désormais, peut-être que j’arrive à me dire que je ne suis pas mal d’être moi. Le comble, c’est que toutes ces vies que je me suis inventées, maintenant, je pourrais les vivre, être celui que j’ai rêvé. J’en aurais les moyens… et pourtant, je remets à plus tard.

Jusqu’à trop tard?

Je n’ai pas encore tout à fait l’âge d’y penser. Mais… à croire que je me psychanalyse sur scène depuis 35 ans! Et je vous le jure, je ne mens jamais. Je m’écoute avec passion, j’en apprends toujours. En parlant de moi, j’arrive à m’expliquer des trucs qui résistaient.

Longtemps snobé, avez-vous trouvé votre place?

À la réflexion, si je n’avais pas été méprisé, je ne serais peut-être plus là. J’ai survécu et mon image n’en est devenue que plus solide.

Ce qui ne te détruit pas te rend plus fort, dit Nietzsche.

Car oui, peut-être me serais-je effondré dans l’anonymat. L’hostilité a nourri mon esprit revanchard, j’ai voulu me prouver à moi que les autres avaient tort. À ces fins, je me suis dépouillé de mes déguisements, mis à nu et j’assumais mieux de ne pas plaire. Bizarrement, cette émancipation du masque m’a sans doute rendu plus attirant.

L’affaire Weinstein a-t-elle affecté votre humour?

Vers plus de puritanisme? Je ne crois pas. Comme mes sketches se situent à un niveau plus général, j’échappe à bien des tabous. L’autre jour, nous en discutions avec Florence Foresti, Jamel Debbouze, Patrick Timsit. J’en suis venu à la conclusion que le pire aujourd’hui, c’est que l’humoriste n’est plus attaqué. Sans doute parce que le public a compris sa fonction, le voit porteur d’un message utile. Les humoristes ne me semblent pas s’être bloqués sur ce terrain sensible. Les spectateurs savent toujours quand vous ne parlez pas au premier degré. Les réseaux sociaux par contre, tronquent la perception. La moindre phrase prend des proportions grotesques.

Comment savoir si un gag est vraiment drôle?

J’en passe par les projections tests, pour doser comique et romantique, écumer le trop-plein de vulgarité. J’ai corrigé plusieurs scènes ainsi. Il arrive un moment où vous perdez l’objectivité. Il faut savoir s’arrêter, oser la suggestion. Quitte à aller contre l’avis des autres.

Vous aimez jouer au tyran sur un plateau?

Autoritaire sans l’être. Quand je fais l’acteur, tout le monde est à mon service. Là, c’est l’inverse. J’ai passé tant de temps à écrire le scénario, je l’ai vu et revu, puis soudain, tous ces gens viennent me remettre en doute, questionner jusqu’à la forme et la couleur de la moindre poignée de porte. Et ils attendent des réponses!

De quoi vous prendre pour un dieu omnipotent?

Non, il n’y a pas le temps! Quoi que… je pourrais mais j’aurais trop peur de me tromper.

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