Des inconnus créent la surprise à la Mostra

Venise Martin McDonagh présente un film emballant, avec l'actrice Frances McDormand. George Clooney rate son coup.

Frances McDormand, fabuleuse en mère démente dans le film de Martin McDonagh,« Three Billboards Outside Ebbing, Missouri».

Frances McDormand, fabuleuse en mère démente dans le film de Martin McDonagh,« Three Billboards Outside Ebbing, Missouri».

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La Mostra de Venise a toujours cultivé le paradoxe, et cette 74e édition n’y fait pas exception. Alors qu’on dit l’événement essoufflé depuis quelques années, il ne semble jamais s’être aussi bien porté et n’avoir jamais attiré autant de monde. Quitte à jouer la carte du trop-plein, en programmant trop de films dans trop de sections. Toronto ne semble en tout cas plus effrayer Venise – les deux festivals ont même trouvé un arrangement. Se retrouvent donc au Lido tous les gros films de la rentrée, et plus si affinités.

Surprises d’une compétition

Dans cette optique, la compétition a plus que jamais un rôle indicateur des tendances lourdes du cinéma d’aujourd’hui. Mais, et cela est un autre paradoxe, les films les plus attendus et aux génériques les mieux fournis sont aussi les moins emballants. Ainsi du soufflé George Clooney, persuadé d’avoir signé un chef-d’œuvre avec Suburbicon. Son film raconte, sur un scénario des Coen, l’implosion d’une famille dans l’Amérique réactionnaire des années 50. Il y a Julianne Moore dans un double rôle de jumelles, Matt Damon qui grimace avec peine, et Oscar Isaac, formidable, mais on le voit moins que les autres.

Il y a surtout cette outrecuidance de l’auteur faussement naïf qui s’imagine avoir tout prouvé parce qu’il sait copier un certain cinéma classique tout en supposant dénoncer les mœurs et la politique d’un pays. Sur ce, il a faux sur toute la ligne, son scénario reproduisant exactement ce qu’il prétend dénoncer. Très applaudi ce week-end. Et sans doute Clooney pense-t-il avoir déjà gagné le Lion d’or. Grand bien lui fasse.

Dans l’intervalle sont apparus quelques outsiders autrement plus enthousiasmants. Comme Frederick Wiseman avec Ex Libris, immersion de 3 h 20 dans la New York Public Library. Ou, surtout, comme Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh, cinéaste anglais très remarqué avec In Bruges en 2008. Comédie noire au titre littéral – tout se centre sur trois affiches placardées à la périphérie d’une bourgade du Missouri – le film dépeint avec une essoufflante cruauté la léthargie de policiers qui ont renoncé à retrouver l’auteur d’un viol doublé d’un meurtre. Frances McDormand, qui devrait remporter le prix d’interprétation, y joue le rôle de la mère, démente, implacable, faisant monter la tension à coups de cocktails Molotov et de dénonciations. Mené sur un rythme d’enfer, mais sans concession, ce film fait partie des bonnes surprises de la Mostra.

Autre exemple, Foxtrot de Samuel Maoz, auteur israélien qui avait soufflé tout le monde en 2009 en remportant le Lion d’or pour Lebanon. Foxtrot s’apparente à nouveau à un exercice radical. Apprenant la mort de leur fils soldat, Michael et Dafna sont dévastés. Leur univers s’effondre, leurs repères volent en éclats. Jusqu’au jour où on leur annonce qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle. Leur fils est bien vivant, on l’a confondu avec un homonyme. Mais en est-on bien sûr? C’est à cet instant précis que le film bascule et change de cap en s’installant dans le camp des soldats.

Foxtrot est précisément construit sur ces ruptures, ces changements abrupts – de ton, de registre, voire de genre – qui brouillent les pistes et les degrés de lecture. Mais l’exercice est périlleux, au risque de dérouter et peut-être de passer à travers les gouttes du palmarès pour cette fois. Signalons que Foxtrot est une coproduction minoritaire avec la société genevoise Bord Cadre Films.

Pas de Lion d’or pour Frears

Dans le registre du «feel good movie», Paolo Virzi réussit de son côté son passage à la production anglo-saxonne avec The Leisure Seeker. Il confie à Helen Mirren et Donald Sutherland le rôle d’un vieux couple qui se sait condamné (lui a l’alzheimer, elle un cancer) mais veut encore passer du bon temps en sillonnant l’Amérique au volant de leur caravane. Les deux acteurs cabotinent légèrement, plusieurs situations paraissent hautement improbables, mais la générosité et l’émotion l’emportent.

Le dernier Stephen Frears, Victoria & Abdul, est d’ailleurs de la même veine. Il narre l’amitié mal perçue entre la reine Victoria et un jeune Pakistanais à son service. Là aussi, humour et émotion ponctuent le film. Qui n’a aucune chance d’obtenir un Lion d’or, puisqu’il n’est pas en compétition. Frears est juste venu au Lido y recevoir le prix Jaeger LeCoultre.

Créé: 05.09.2017, 16h43

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