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«L’injustice contre ces femmes fait mal, non?»

Rencontre avec Petra Volpe, réalisatrice de «L’ordre divin», film qui revient sur le suffrage féminin en Suisse, accordé en 1971 seulement

Nora découvre les joies de la manifestation en faveur du droit de vote des femmes.
Nora découvre les joies de la manifestation en faveur du droit de vote des femmes.
PASCAL MORA

Le droit de vote des femmes arraché en 1971. Un événement démocratique suisse tardif que la réalisatrice Petra Volpe place au centre de son film L’ordre divin. Rencontre à Genève avec la lauréate du Prix de Soleure.

Pourquoi avoir choisi cette thématique du suffrage féminin en Suisse? J’ai toujours réalisé des films avec des femmes qui se libèrent, cela a probablement à voir avec ma mère et mes grands-mères, qui n’étaient pas des féministes mais ont beaucoup lutté dans leur rôle de femme au sein de la famille et de la société. Mais c’est l’idée de mon producteur! Quand il me l’a proposée, je me suis dit: «Pourquoi je ne l’ai pas eue avant?» Ça m’a énervée! Car j’y trouvais la combinaison de tout ce qui me passionne en tant que femme, artiste et engagée en politique.

Le budget a été facile à boucler? Assez facile. Toutes les institutions étaient sensibles à cette thématique importante. On sentait qu’ils se disaient tous: «Mon Dieu, pourquoi n’y a-t-il pas encore un film sur le sujet? Quelqu’un le fait finalement.» Mais le financement ne s’est fait qu’en Suisse, donc le budget n’est pas très élevé avec ses 3,2 millions de francs.

Le film a gagné à Soleure, mais il a aussi ramené trois prix du Festival de Tribeca, à New York, dont celui du public. J’ai toujours pensé qu’avec une perspective très locale on pouvait faire des films avec un potentiel international. C’est ce que font la plupart des pays. A Tribeca, devant la réaction des gens, nous avons senti que nous avions réussi. Et le film va pouvoir toucher beaucoup de gens, il sera distribué en France, en Espagne, en Italie, en Chine, aux Etats-Unis et au Canada.

Quel a été votre point d’entrée dans cette question politique et historique? Je voulais une histoire simple avec un personnage au centre pour embarquer le spectateur dans un voyage qui ne soit pas seulement historique, mais actuel aussi. Pour moi, le personnage de Nora réalise que les choses privées sont politiques, et c’est une prise de conscience que l’on doit faire aujourd’hui encore. J’espère qu’elle inspirera les jeunes.

Le film remet la nécessité politique au centre? C’est superimportant. Même si je pars d’un fait historique suisse, il ne s’agit pas d’une leçon d’histoire, mais d’un film sensuel qui parle aussi de courage civil et de démocratie. Un grand défi pour notre société car la démocratie n’est pas fixée une fois pour toutes, mais doit se réinventer.

Etait-il important que l’héroïne, Nora, aille jusqu’au militantisme? Il faut savoir se lever et dire non. Aujourd’hui aussi. Refuser de faire le ménage ou de laver des chaussettes, c’est déjà une résistance. Mais il n’y a pas qu’une logique d’affrontement entre les sexes. Pour cette raison, je voulais que le film raconte aussi l’histoire des hommes et comment ils se retrouvent prisonniers d’un rôle masculin. Le mari et le frère sont détruits par les valeurs du père, un patriarcat capitaliste qui a intérêt à cette répartition des rôles.

Aujourd’hui, tout va mieux? Les choses n’ont pas assez changé. Les lois, oui, mais les mentalités… On retrouve toujours les mêmes stéréotypes à destination des petits garçons et des petites filles. Et il reste la question de l’égalité des salaires.

Le film avance par scènes fortes. En émotion notamment? Je voulais trouver un équilibre entre drame et humour, en prenant les personnages au sérieux. Cela passait par des scènes douloureuses. Tout le monde sait que le suffrage féminin est venu tard en Suisse. Mais il y a une différence entre savoir et sentir. Et je voulais qu’on puisse sentir, avec Nora, une expérience viscérale. L’injustice contre ces femmes, ça fait mal, non? Aujourd’hui, on sait beaucoup de choses. Mais sans empathie, il n’y a pas de mouvement politique. Pour bouger, il faut sentir, ne pas avoir peur de la peine.

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