«J’ai découvert mon identité en prison»

Festival des droits humainsÀ l’initiative du FIFDH, 27 détenus de La Brenaz ont assisté, jeudi soir, à la projection d’un film sur la peine de mort aux États-Unis.

Séance cinéma jeudi soir au centre de détention de la Brenaz. Les détenus ont apprécié.

Séance cinéma jeudi soir au centre de détention de la Brenaz. Les détenus ont apprécié. Image: DR

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«Ce film transmet une sacrée émotion et me donne encore plus envie de faire de belles choses dans ma vie.» Le documentaire d’Anne-Frédérique Widmann, Des hommes libres, qui relate la vie d’un condamné à mort aux États-Unis, a été grandement applaudi jeudi soir. Et donné des ailes à certains spectateurs…

Il faut dire que le public était particulièrement concerné par «cette première mondiale», présentée au centre de détention de la Brenaz dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH). «De telles initiatives permettent de créer des ponts avec le milieu carcéral», explique Claudia Dessolis. Pour la 5e édition consécutive, cette chargée de projet au FIFDH réunit des jurés parmi les personnes privées de liberté pour décerner le prix de leurs institutions respectives: La Brenaz, le secteur femmes de Champ-Dollon et le centre pour mineurs de La Clairière, cette année.

Jeudi, Anne-Frédérique Widmann s’est rendue à La Brenaz avec l’épouse du protagoniste du film, Kenneth Reams (43 ans), qui, depuis vingt-quatre ans, survit envers et contre tout dans les couloirs de la mort de l’Arkansas… dans une cellule de deux mètres sur trois! «Ce n’est pas un film sur la peine de mort, mais sur l’incroyable force vitale de l’être humain», commente la réalisatrice. On y découvre le quotidien d’un homme qui repousse ses murs à travers l’écriture, l’art et l’amour d’une femme, Isabelle Watson-Reams, aux côtés de laquelle il organise des expositions à travers le monde. Avec, comme rêve ultime, la création d’un musée sur l’histoire de la peine de mort.

Une intense relation amoureuse qui a beaucoup touché les détenus de la Brenaz. «Quelle chance il a de pouvoir compter sur un tel soutien», déclare l’un d’eux. «Ce film me fait réfléchir sur la manière dont je me comporte avec ma femme, je vais faire attention maintenant», lâche un autre. Anne-Frédérique Widmann apprécie: «Voir Kenneth se lever avec cette folle envie de vivre est un exemple pour nous tous. Il nous aide surtout à répondre à cette question universelle: comment donner un sens à sa vie?» Un jeune père abonde: «Depuis mon incarcération, je lis et j’écris beaucoup. J’ai appris à me connaître et j’ai découvert mon identité en prison. Et puis, moi aussi, j’ai beaucoup de chance d’avoir une femme qui me soutient.»

Véritable espace de paroles, «ce projet de réinsertion favorise la désacralisation de ces lieux clos». «Un début de liberté», considère Claudia Dessolis, qui en connaît, elle aussi, un rayon sur la question, son père ayant été incarcéré durant quinze ans en France.

Et puis, ajoute-t-elle, «faire partie d’un jury, ça donne une autre image à sa famille, une vraie valorisation pour un détenu».

Il n’y a pas que le cinéma qui a franchi les murs des établissements pénitentiaires genevois: le mois dernier, des détenus de Curabilis ont ainsi pu profiter d’une heure de rock’n’roll, grâce au Festival Antigel. «L’Office cantonal de la détention (OCD) développe des activités socioculturelles, se félicite Laurent Forestier, directeur de la communication à l’OCD. Transporter la culture en prison fait partie de notre programme visant à sortir de la spirale criminelle.»

Claudia Dessolis espère ainsi pouvoir bientôt lancer un projet de stages vidéos. Et Kenneth Reams de lancer un dernier message à tous ses frères et sœurs de prison, selon ses termes: «Ne vous laissez pas définir par l’erreur que vous avez commise.»

«Des hommes libres» sera projeté ce samedi à 20 heures à l’Espace Pitoëff

(24 heures)

Créé: 10.03.2018, 10h35

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