John Howe lâche son dragon dans l'oeuvre de Tolkien

FantasyToujours complice du cinéaste Peter Jackson, l’artiste neuchâtelois d’adoption a fourbi Le Hobbit, tome 3.

Après la trilogie du «Seigneur des anneaux», John Howe a notamment dessiné le dragon du troisième film consacré au Hobbit, «La bataille des cinq armées»

Après la trilogie du «Seigneur des anneaux», John Howe a notamment dessiné le dragon du troisième film consacré au Hobbit, «La bataille des cinq armées» Image: LDD

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Si le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson, au physique débonnaire, emprunte beaucoup au Hobbit, John Howe tient de l’ascétique Gandalf. Le natif de Vancouver, établi à Neuchâtel depuis 1987, tourne enfin la page: après la trilogie du Seigneur des anneaux, celle du Hobbit s’achève. Après avoir voyagé en Nouvelle-Zélande et pris depuis 2002 la pleine saveur de la lumière de la Terre du Milieu, le concepteur artistique, 57 ans, sourit: «Je vais revenir à la vie. Sans regret: je déteste m’éterniser. J’aimerais juste être frappé d’amnésie pour pouvoir découvrir un film dont j’ai vu certaines scènes des millions de fois!»

En quoi consistait votre job?
Tout et rien, avec une finalité: donner une forme plus précise aux idées de Peter Jackson. Avec lui, ce travail va jusqu’au dernier jour, avec le luxe d’une réflexion longue. Les problèmes s’avéraient simples: bricoler une touche de réalisme. Ou complexes: revoir tout le design d’une séquence.

Tolkien vous fascine depuis l’âgede 14 ans. En quoi vous inspire-t-il toujours aujourd’hui?
Ce prof d’Oxford, féru de philologie, savant excentrique, explose les règles de bienséance pour suivre l’étincelle intuitive d’un monde nébuleux. Poussé par le désir de raconter, il restitue sa vision sous forme de rêve éveillé, pétrifié par l’écriture. A nous de le visualiser pour partager ce désir: une quête sans fin. Vous défendez la plausibilité historique. Un paradoxe en fantasy? Deux logiques se croisent: celle, interne, du film fantastique et une autre, qui s’étire dans un cadre qui doit résister. Le surréalisme est hors de question. Souvent, ça tient à des dimensions. Voyez le Royaume des nains, colossal et cohérent. Les dragons peuvent bien voler, l’esprit rationnel règne, sinon l’intérêt du spectateur tombe. Et, chez Tolkien, il y a ce feeling qui indique tout de suite le manquement aux règles. Jackson, par contre, ne fait pas dans la dentelle, ni dans la demi-mesure.

Ces fans qui guettent: la pression?
Non, car le respect même de cet univers génère en soi des conduites orthodoxes: Tolkien célèbre l’imaginaire du lecteur, le nier relèverait du parjure! Le canon et la trahison fusionnent avec subtilité. Bonheur, nous n’avons pas eu à sonder les fans sur ce qu’ils pouvaient supporter.

Jugez-vous le travail de Jackson?
Je le respecte infiniment. Extravagant dans sa création, discret dans sa personne, il possède le don d’opérer des choix honnêtes. Même s’il surprend, il n’y a aucun calcul au cœur de sa décision. Bien sûr, les financiers le surveillent, sur le «taux de gore», les limites d’âge. Mais qu’il dépense 500 000 francs ou 500 millions, son intégrité spirituelle ne se trouve pas écornée. Il n’aurait pas pu faire mieux.

Mais comment tirer deux heures quarante de film avec quinze pages de ce roman déjà court?
Frustré, Jackson souffrait déjà d’avoir réduit Le seigneur des anneaux. Le Hobbit est trompeur: sous ses aspects abrégés d’histoire pour enfants, il cache une trame moins innocente. Elle a été nourrie par des appendices composés par Tolkien, qui songea même à réécrire Le Hobbit pour le lier plus fort au S eigneur des anneaux.

Comment expliquer le regain passionnel pour Tolkien?
Dans les années 80, hormis les pays anglo-saxons, il restait inconnu. Les films, relayés par la mondialisation de la communication, ont montré son universalité. Peu à peu, ce propos très anglo-saxon, tissé de mythologie nordique, a conquis. Jusqu’en Chine, où il a des millions de fans!

Quelle serait sa spécificité?
L’œuvre a défini la fantasy. Pourtant, Tol-kien échappe à la définition: c’est le propre des génies. Ses leviers dramatiques s’identifient dans d’autres mythes, mais il apporte un élan littéraire unique. Il a aussi restauré l’essence des contes de fées en élaguant leur côté «gnangnan»: voyez les elfes au jardin chez Shakespeare, Tolkien les révèle ambigus. Et la langue: d’ailleurs, en la respectant, Jackson la rend historique! Bref, notre époque, basée sur la science et l’économie, redécouvre la mythologie, qui lui est tout aussi nécessaire: le propre du conte n’est pas de décrire le passé mais ce qui aurait dû se passer.

Créé: 10.12.2014, 10h01

John Howe

Dédicaces

John Howe sera à la Maison d'Ailleurs à Yverdon, samedi 13 décembre de 16h à 18h pour une rencontre avec le public et une séance de dédicace. Entrée libre.

Toute les infos sur www.ailleurs.ch

Critique

Ainsi Le Hobbit , livre pour enfants de J. R. R. Tolkien, est devenu une trilogie de 7 h 54 au cinéma. Et, grâce à son final qui le lie directement au Seigneur des anneaux , fond désormais les deux séries en une saga unique. A sa manière, discutable à l’infini tant une adaptation de roman est sujette à controverses, le cinéaste Peter Jackson a réalisé ce dont l’écrivain a rêvé.

Certes, dans l’absolu, Le Hobbit en trois films reste un objet filmé démesuré qui privilégie l’épique. Mais pas seulement. Peter Jackson et ses scénaristes ont su puiser dans les ouvrages postérieurs de l’auteur, qui a consacré sa vie à la Terre du Milieu, une richesse narrative qui densifie le roman sans le trahir. Ainsi les Elfes de la Forêt Noire ne sont pas simplement beaux: ils affichent des faiblesses et des dilemmes (voir Tolkien, les racines du légendaire et Les lettres de J. R. R. Tolkien, dans
Une lumière éclatée, Ed. Desclée de Brouwer). La plus grande différence avec l’original vient d’un scénario qui implique de nouveaux personnages.

Là encore, une certaine cohérence se perçoit, à défaut de légitimité. Ainsi de Legolas, absent dans le livre, qui trouve dans le film la justification de sa présence au Conseil d’Elrond dans Le seigneur des anneaux.

Et le film proprement dit? Si Thorin Ecu-de-Chêne, ses compagnons et Bilbon le Hobbit ont réussi à récupérer le trésor sous la Montagne Solitaire, ils ont aussi réveillé Smaug. Furieux, le dragon s’attaque à Esgaroth, où les habitants sont piégés dans leur cité lacustre. Dans le même temps, le fabuleux trésor attise les convoitises. Tout est en place pour que commence La bataille des cinq armées, qui dans son premier acte oppose Nains, Elfes et Hommes aux Orques et aux Wrags. Forcément dantesque. Mais le meilleur moment du film reste la métamorphose de Thorin Ecu-de-Chêne. Atteint par la maladie du dragon (la soif de l’or), il s’apprête à sacrifier son honneur pour conserver son trésor. Une bataille intérieure homérique entre ce qui lui reste de raison et sa paranoïa que sert remarquablement l’acteur Richard Armitage. Bernard Chappuis

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