«Un jour de pluie à New York», léger et délicieux

CinémaLe 50e film de Woody Allen est assorti de polémiques

Selena Gomez et Timothée Chalamet dans le dernier Woody Allen.
Vidéo: DR

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Faut-il trouver à tout prix matière à polémique? Au récent festival de Deauville, où le cinquantième film de Woody Allen, le bien nommé «A Rainy Day in New York» («Un jour de pluie à New York»), faisait l’ouverture, les féministes se sont indignées. Aux États-Unis, Amazon, qui détient les droits du film, a renoncé à le sortir en salle, toujours suite à la plainte que sa fille adoptive, Dylan Farrow, a déposée contre lui en 2018 pour agression sexuelle. Le cinéaste réclame d’ailleurs 68 millions de dollars au distributeur pour rupture de contrat injustifiée. Deux des comédiens du film, Timothée Chalamet et Rebecca Hall, se sont de leur côté désolidarisés du projet en reversant leurs salaires à l’association Time’s Up, qui vient en aide aux victimes de harcèlement sexuel. Ne serait-il pas temps de parler de l’œuvre sans tenir compte du passé ou du passif de son auteur? Cela d’autant plus que le film incriminé est tout à fait charmant et agréable, bulle de légèreté inoffensive mais acide dans une filmographie dont les hauts sont plus fréquents que les bas. Dans «Un jour de pluie à New York», qui vaut plus que son statut ingrat de comédie romantique auquel on serait tenté de le réduire, un jeune couple part passer un week-end en amoureux dans la «Grande Pomme».

Imprévus et quiproquos

Elle, Ashleigh (Elle Fanning), étudiante dans une université de province, caresse le rêve de devenir journaliste et a décroché l’interview de l’un de ses réalisateurs préférés. Lui, Gatsby Welles (Timothée Chalamet) – allusion à Francis Scott Fitzgerald et son «Great Gatsby», tout comme à l’auteur de «Citizen Kane», on l’aura deviné – compte en profiter pour lui faire découvrir ses clubs de jazz favoris et des musées. Un projet très culturel, en somme, qui sera pourtant perturbé par la pluie (légèrement) et par des rencontres imprévues qui vont mener les deux jeunes gens au cœur de quiproquos dont ils se tireront sans heurts. Car nous ne sommes pas chez Feydeau mais chez Woody Allen, ce qui n’est pas exactement la même chose. Ici, les dialogues sont très adultes, presque trop, au point qu’ils résonnent de façon anachronique dans la bouche de ceux qui les prononcent. Qu’importe! Ce décalage est heureux, et même jouissif. Les personnages ont l’air tout à coup presque étrangers à leurs corps, et c’est bien ce qui fait tout le sel de cette parenthèse new-yorkaise chargée de révélations et d’ambiguïtés notoires.

Charme suranné

Certaines séquences sont plus cruelles et vachardes que d’autres. Pensons à la grande soirée des parents de Gatsby, à laquelle le jeune homme se rend à contrecœur et en louant les services d’une prostituée. Tout ne va pas s’y dérouler comme prévu et l’effet de surprise fonctionne remarquablement bien. C’est dans ces moments-là qu’on retrouve le charme suranné et la profondeur d’esprit (ils vont parfaitement bien ensemble) de l’auteur. Ce «Jour de pluie à New York» renvoie du reste à une tradition recouvrant aussi bien Stanley Donen que Scorsese. Woody Allen est certes ici dans sa zone de confort, il brode une romance citadine dans la lignée de «Midnight in Paris» ou «To Rome with Love», mais lorsque c’est aussi bien fichu, on en redemande.

«A Rainy Day in New York» États-Unis, 92’, comédie romantique Cote: ***


La nouvelle génération chez Allen

Autour du joli Timothée Chalamet, 23 ans, la hype est en ce moment au maximum. On l’a bien vu à Venise, où il est venu présenter «The King»: c’était l’hystérie. Depuis «Call Me By Your Name» de Luca Guadagnino, dans lequel il incarne un homo vivant une passion estivale avec un ami de sa famille, on ne jure que par lui. Woody Allen ne pouvait que faire appel à ce comédien pour camper ce jeune dandy né dans une famille aisée. Et même si l’acteur s’est désolidarisé du film, il y est constamment juste.

Du haut de ses 21 ans, Elle Fanning a déjà une filmographie de malade. Sofia Coppola, Nicolas Winding Refn, Cameron Crowe, Sally Potter, Alejandro González Iñárritu ou David Fincher l’ont déjà épinglée à leurs tableaux de chasse, entendez à l’un des génériques de leurs films. Une telle précocité, loin d’être unique dans l’histoire du cinéma, pourrait avoir tout de même de quoi surprendre. Mais la jeune femme a du charme et surtout un talent qui justifie une telle carrière. Woody Allen l’a à son tour castée et elle brille dans son film. Logique!

Comparativement à ses partenaires, Selena Gomez, 27 ans, fait figure d’aînée et de faire-valoir. Il faut rappeler qu’avant d’être une actrice «sérieuse», elle a été vedette dans différentes séries de Disney Channel et a enregistré quelques albums pour un public prépubère. Depuis 2012 et «Spring Breakers» de Harmony Korine, elle tente de négocier un virage et de dompter des soucis de santé récurrents. Personnage occasionnel de la série Netflix «13 Reasons Why», elle est aussi apparue cette année dans le dernier Jarmusch, «The Dead Don’t Die».

Créé: 18.09.2019, 07h35

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