Des jours et des nuits au Palais de justice de Paris

CinémaYamina Zoutat a filmé les coulisses du Palais de justice de Paris avant qu’il ne déménage. Un travail saisissant.

Yamina Zoutat: «J’ai filmé ce palais comme un personnage. Il a même été la demeure des rois de France.»

Yamina Zoutat: «J’ai filmé ce palais comme un personnage. Il a même été la demeure des rois de France.» Image: LAURENT GUIRAUD

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Des milliers de portes, des kilomètres de couloirs, et peut-être des fantômes qui se terrent dans les sous-sols. Le Palais de justice de Paris, du moins avant son déménagement, est un lieu où ont circulé drames, secrets, crimes et douleurs. Durant dix ans, de 1994 à 2004, Yamina Zoutat y a travaillé comme chroniqueuse judiciaire pour TF1. Elle y a passé des journées, et parfois des nuits entières. Mais pendant toutes ces années, elle portait en elle l’idée d’un film. Et puis en 2010, l’année où Sarkozy a annoncé le déménagement du palais, elle a senti le besoin d’y retourner. C’est ainsi qu’est né «Retour au palais», splendide documentaire poétique, et non d’immersion, dans lequel la cinéaste met des images sur des souvenirs et des impressions. Se laisser guider, c’est tenter à son tour le voyage.

«À l’époque où je couvrais tout ce qui se déroulait dans la Cour d’assises, je ressentais le besoin de m’en échapper par l’imaginaire», nous raconte-t-elle autour d’un café. Née à Yverdon, mais habitant désormais à Paris, Yamina Zoutat présentera son film jeudi prochain à Pully. «C’est à la Cour d’assises que j’ai appris le cinéma. J’imaginais alors tout ce qu’il pouvait y avoir autour de cette cour. Lorsque j’ai eu l’idée du film, en 2010, je n’aurais jamais cru qu’il me prendrait sept ans. J’ai commencé par des aides à l’écriture. La Suisse m’a d’ailleurs énormément soutenue. Au point que «Retour au palais» est aujourd’hui un film majoritairement suisse.»

«J’ai filmé ce palais comme un personnage. Il a même été la demeure des rois de France»

Si elle en tire une certaine fierté, Yamina Zoutat assume également l’unicité de sa démarche. «Le film résulte d’une collision entre mon intimité de cinéaste et cette institution. J’ai suivi énormément de grands procès. Mais de tous les palais, c’est celui de Paris qui m’a le plus impressionnée. On y sent encore les strates du passé. Il a même été la demeure des rois de France, il y a très longtemps. J’ai filmé ce palais comme s’il s’agissait d’un personnage. Il y avait des lieux interdits, j’ai dû attendre des dizaines d’autorisations, mais au final, j’ai pu filmer ce que je voulais. Notamment la grande salle des Assises, que personne n’avait jamais filmée. Il m’a fallu une patience folle.»

Passionnée de faits divers, Yamina Zoutat avait du reste fait ses débuts de chroniqueuse à TF1 pour sa prodigieuse culture en la matière. «C’est comme ça depuis toute petite, quand je lisais «Détective» chez mes parents, alors que ma mère les tenait cachés. C’est peut-être pour ça que je filme tout à hauteur d’enfant. Contrairement à Frederick Wiseman ou Jean-Stéphane Bron, qui pratiquent un cinéma immersif, j’ai fait un film très personnel, qui démarre sur mon vécu. La matrice du film, c’est mon travail judiciaire.» Plongée dans les coulisses d’une étrange machine, «Retour au palais» est un documentaire qui ne saurait laisser indifférent. (24 heures)

Créé: 06.12.2018, 13h41

Soirée spéciale

Cinéma CityClub Pully
Jeudi 13 décembre
Portes 19h30, projection 20h.

Suivie d’une discussion avec Yamina Zoutat, Alexandre Feser (président du Tribunal d’arrondissement de Lausanne), Me Aurore Estoppey (présidente du Jeune Barreau vaudois) et Xavier Alonso (rédacteur en chef adjoint Tamedia)

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