Kacey Mottet Klein: «Je n’ai pas encore franchi le cap de l’âge adulte»

CinémaLe comédien vaudois s’est retrouvé face à Deneuve dans un rôle intégriste.

Kacey Mottet Klein: «Quand on fait un film d’auteur français, il ne faut pas s’attendre à un gros succès.»

Kacey Mottet Klein: «Quand on fait un film d’auteur français, il ne faut pas s’attendre à un gros succès.» Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Révélé par Ursula Meier dans «Home» il y a tout juste dix ans, Kacey Mottet Klein a désormais pris son envol, et ce n’est pas un euphémisme que de l’affirmer. C’est face à Catherine Deneuve qu’on le retrouve, dans le nouveau film d’André Téchiné (voir la bande annonce ci-dessous), le si bien nommé «L’adieu à la nuit», dans la peau d’un jeune Français qui se convertit à l’islam et prépare en cachette son départ pour la Syrie afin d’y faire le djihad.

Malaise et réflexion. Projeté hors compétition à Berlin, le film avait frappé à la fois par sa fluidité (inhérente à la mise en scène de Téchiné) et son refus de juger. Sans avoir perdu de vue Kacey, qui a tourné quatre ou cinq films depuis «Quand on a 17 ans» de Téchiné, nous ne l’avions plus vraiment recroisé. Son passage récent à Genève pour la promo du film nous a permis de faire le point.

Comment avez-vous abordé un rôle aussi chargé et est-il vrai que vous vous étiez même converti à l’islam il y a quelques années?
Cela avait duré un jour, juste pour intégrer un groupe de personnes. Comme je préfère la bière et les clopes, j’ai rapidement renoncé. Pour aborder ce rôle, il faut savoir rester un bon vivant. C’est valable dans la vie comme devant une caméra. Le rôle lui-même est plutôt léger. Mon personnage est quelqu’un de renfermé que j’essaye de comprendre émotionnellement. C’est un suiveur et je suis parti de ce principe-là.

Étiez-vous intimidé par le fait de jouer avec une star, Catherine Deneuve?
Je peux paraître prétentieux, mais pas du tout. J’ai été éduqué avec des grands noms du cinéma et j’essaye en général d’abord de connaître la personne. Elle est impressionnante, souvent accompagnée de beaucoup de gens autour d’elle, mais elle a surtout une spontanéité qui met à l’aise. On aimerait bien l’avoir comme grand-mère.

Comment avez-vous réagi quand vous avez pris connaissance du rôle?
J’ai accepté le film sans en connaître le sujet. Le plaisir de retravailler avec André Téchiné me suffisait. Je pense qu’on aurait pu me présenter n’importe quoi d’autre, j’aurais réagi de la même manière. Sauf que je n’aurais pas aimé rejouer un homosexuel, comme dans «Quand on a 17 ans». C’était un rôle difficile et une fois m’a suffi.

En même temps, ce n’était qu’un rôle.
Oui, mais quand on est jeune, on éprouve ce besoin absolu d’affirmer sa virilité. C’est du moins ce que je pense.

Le fait d’avoir déjà travaillé avec Téchiné a-t-il facilité les choses pour vous sur ce tournage?
Oui, j’étais plus habitué à sa personnalité, qui peut heurter. Il a une manière de parler aux acteurs qui est assez dure. Quand on le connaît déjà, on est moins surpris. Le climat est même très agréable. Je me rends compte qu’il a en fait énormément d’influence sur l’ambiance du tournage. Il plane une sorte de folie. Cela dit, j’ai rarement travaillé avec des gens qui ne sont pas un peu dingues.

Quand on a un peu plus de vingt ans, comme c’est votre cas, se préoccupe-t-on de trouver des films qui seront ensuite vus par un maximum de gens?
Je ne me pose pas la question. Quand on fait un film d’auteur français, on sait de toute façon que ce sera plus dur. Qu’il ne faut pas s’attendre à un gros succès. Alors je fais en sorte d’être le mieux possible. Avec chaque fois des envies d’explorer davantage.

C’est aussi le genre de films que vous aimez voir?
Pas forcément. Je ne suis pas fan des films français.

Vous avez tourné avec Joachim Lafosse aux côtés de Virginie Efira dans un film pas sorti en Suisse, «Continuer». Que pouvez-vous en dire?
En voilà encore un qui est bien barré. Il a besoin d’avoir les gens à sa disposition. C’est le genre de film qui pourrait faire du mal à un acteur mais au contraire, qui m’a fait un bien fou.

Vous êtes en train de passer des rôles ados à des rôles adultes. Comment franchissez-vous ce cap?
Je ne l’ai pas encore franchi. Je suis en train, je pense, et cela m’effraie beaucoup. Serai-je encore capable d’être acteur adulte? Voilà le genre de questions que je me pose. Les responsabilités ne sont pas du tout les mêmes.

De quoi avez-vous envie?
De tourner. Je ne l’ai pas fait depuis six mois et cela me manque. Je joue dans deux films qui doivent sortir cette année, dont «Just Kids» de Christophe Blanc. Pour après, j’attends les propositions.

Où vivez-vous en ce moment?
Entre le Maroc et la Suisse.

Créé: 23.04.2019, 10h58

La critique

Ce film vibre et palpite


La radicalisation, le djihadisme. Les thèmes ne manquent pas dans «L’adieu à la nuit». Mais les traiter de front, réaliser un film à thèse, ce n’est pas ce qui intéresse André Téchiné. Qui filme des personnages pris au piège sans les juger. Et une Catherine Deneuve face au vide suggéré par l’impensable. Une star face à la béance, l’incompréhension, au seuil du vide. Pour cette raison, «L’adieu à la nuit» rime avec un autre Téchiné, «Le lieu du crime», déjà avec une Deneuve broyée par les événements, nullement maîtresse de son destin. C’est dans sa capacité à abstraire l’humain de n’importe quel sujet que Téchiné est le meilleur. Dans «L’adieu à la nuit», tout vibre et palpite, l’émotion supplée la réflexion et la beauté triomphe.

Dès mercredi en salles

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