Après Kirikou, Dilili veut conquérir le monde

InterviewLe réalisateur Michel Ocelot a imaginé une sœur à son héros.

Michel Ocelot donne un cours d’histoire de l’art en se baladant dans Paris.

Michel Ocelot donne un cours d’histoire de l’art en se baladant dans Paris. Image: DR

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Son Kirikou avait enchanté plusieurs générations à travers films et albums dérivés. Entre la naïveté de dessins tendres et charmants, un scénario traitant de la tolérance et des différences, Michel Ocelot frappait juste. Savoir qu’il abandonne Kirikou pour se pencher cette fois sur le destin singulier d’une petite Kanake égarée dans le Paris de la Belle Époque n’allait pas sans crainte. Que le film fait aussitôt s’évaporer.

«Dilili à Paris» est un conte moderne et historique, un voyage dans la culture artistique entre Nouméa et ce Paris fondateur, en peinture comme en littérature, de la société actuelle. Un régal aussi dépaysant qu’instructif. Le tout devrait plaire aux enfants, même si ceux-ci n’ont pas encore les références nécessaires pour appréhender tout ce qui leur est montré. Michel Ocelot est récemment venu en Suisse pour parler du film.

Comme «Kirikou», «Dilili à Paris» lance-t-il une série?
Je ne saurais le dire. «Kirikou» n’était pas une série. J’ai fait le premier sans avoir l’intention d’en réaliser d’autres. Mais il a touché les gens. C’est de l’amour qui circulait. C’est l’insistance du public qui fait qu’il y a eu une suite à «Kirikou».

Ce qu’il y a aussi de nouveau dans ce film, c’est l’utilisation de décors réels
. Tous les matins, je prends mon appareil et je fais des photos. Ce sont les vues du film, ces rues ou endroits de Paris qu’il s’agit ensuite de retoucher. Il faut enlever les graffitis sur les murs et les mégots au sol. C’est un gros travail de peinture. Mon Paris à moi ne comporte ni mégots ni graffitis. D’ailleurs, je déteste les graffitis, c’est une plaie.

Ne craignez-vous pas que le jeune public se perde dans les multiples références du film?
Au contraire. Je travaille pour des gens qui ne connaissent pas Picasso ni Debussy. Les enfants suivent le film avec intensité, sans aucun problème. Pour eux, Picasso est juste un personnage comme les autres. Je ne m’interdis rien. Je décide de mes références, puis ne les touche plus.

N’y a-t-il pas un style Ocelot?
Surtout pas. Je ne tiens pas à faire du Michel Ocelot. J’essaie de bien raconter les choses, d’être juste et fidèle. Après, je veux disparaître totalement, ne pas exister dans le film, même si j’accepte mon nom au générique. C’est pour la même raison que je ne veux pas de vedette pour faire les voix, par exemple. Si c’était le cas, on penserait à elles en voyant le film. Pensez à «Monsieur Klein», de Joseph Losey, avec Alain Delon. Le film aurait été meilleur avec un inconnu.

Art nouveau, moderne, etc. L’excès de didactisme ne vous gêne-t-il pas?
Ce film est très historique et c’est nouveau chez moi. Mais le mot didactisme ne me plaît pas. À partir du moment où on ouvre la bouche pour parler ou pour faire un film, on transmet quelque chose. Moi, je transmets tout ce que j’ai. Je donne toutes mes bonnes adresses et sème beaucoup de graines. Et j’estime que c’est normal. On voit la même chose dans le film. Dilili apprend à la fille Curie à bien prononcer le français.

L’animation, est-ce un travail collectif ou en solitaire?
Écriture et story-board sont totalement solitaires, tout comme la conception. Mais lors de sa fabrication, le film est une usine. Pas loin de cent personnes. Et les deux étapes me plaisent.

Les recherches historiques ont-elles été longues?
En évoquant le Paris du XIXe siècle, je ne savais pas dans quel gouffre j’allais tomber. Je n’avais pas prévu un tel foisonnement.

Il y a quelques années, vous vous compariez à un pommier qui fait des pommes. Le diriez-vous toujours?
Oui, même si je ne sais plus dans quel contexte j’ai dit ça. Je ne suis pas le premier à l’avoir dit, mais je ne saurais pas dire qui a prononcé cette phrase le premier. Je n’aime pas trop revenir sur ce que j’ai dit.

Qu’aimez-vous dans le cinéma d’animation?
Quand j’étais petit, il n’y avait que Disney. «Cendrillon» et «La Belle au bois dormant», j’adorais. C’est bien après que j’ai découvert des films d’auteur. (24 heures)

Créé: 09.10.2018, 22h50

«Dilili à Paris»

Animation
(Fr., 95’, 6/8).
Cote: ***

Un marketing bien ciblé



Michel Ocelot a beau prétendre ne pas vouloir apposer sa signature, il prend quand même le temps de signer, en marge de son film, toute une série d’ouvrages, produits dérivés (ou de marketing?) qui pourraient presque rivaliser avec l’empire de «La reine des neiges».

On trouve d’abord une sorte de novélisation du film, soit le roman, richement illustré, de «Dilili à Paris». L’objet se présente en réalité comme un scénario adapté, avec ses différentes séquences et les dialogues qui s’y rapportent. À noter que ce livre de 223 pages inclut des scènes qui ne se trouvent pas dans le film.

Vient ensuite l’album «Dilili à Paris», qui est destiné aux plus petits, et se décline comme un livre pour enfants traditionnel. Un effort a été consenti pour la mise en pages, afin que les photos qui sont reproduites (format des pages 30 x 25 cm) respectent la taille de l’écran. Une version plus petite de l’album existe en formant 21 x 25 cm.

Mais dans la même série, on trouve un autre album, «Paris au temps de Dilili», lequel assume tout à fait le didactisme à l’œuvre dans le film de Michel Ocelot. Découpé par tranches thématiques, richement illustré, il permet de faire résonner toutes ces vignettes informatives que le film distille. Les grands enfants – on peut supposer que les 6-10 ans forment la tranche d’âge visée – aimeront se plonger dans les images de l’Art nouveau, de la mode en 1900 ou des opéras de la capitale. Un album CD, mis en musique par Gabriel Yared et lu par Isabelle Carré, est également paru. Tout cela aux éditions Casterman.

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