Laetitia Dosch va aux Césars veillée par sa fée

EvénementProtégée de Sandrine Kiberlain, sa marraine officielle, l’actrice franco-suisse pourrait être couronnée ce soir.

La candidate à la statuette du meilleur espoir, Laetitia Dosch, et sa marraine de César, Sandrine Kiberlain.

La candidate à la statuette du meilleur espoir, Laetitia Dosch, et sa marraine de César, Sandrine Kiberlain. Image: DURAND/GETTY IMAGES

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Le compte à rebours lui mord le ventre, le dénoue. En lice pour le César du Meilleur espoir féminin avec Jeune femme, Laetitia Dosch sourit dans une grimace. Ce soir, la grand-messe du cinéma français suivra ses rituels. Ainsi du duel des poids lourds 13 fois cités, Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel, 120 battements par minute, de Robin Campillo, défiés par le challenger d’Eric Toledano et Olivier Nakache, Le sens de la fête, 10 nominations. Autre passage obligé, le scandale annoncé, ici la création d’un César du public, décerné à Dany Boon pour le nombre d’entrées de Raid dingue. Sans oublier la «manif» à ruban blanc solidaire.

Mais dès 21h (ndlr: la 43e Cérémonie des Césars sera retransmise ce vendredi sur Canal + en clair), il y aura surtout Jeune femme, de Léonor Serraille. Après lui avoir remis la Caméra d’or à Cannes, Sandrine Kiberlain a choisi d’être la marraine officielle de son interprète. La bonne fée mais… «J’ai peur de l’avoir, peur de ne pas l’avoir. Toujours la peur de l’acteur qui peut tout perdre. L’autre jour, Sabine Azéma m’a dit: «Arrête de vivre dans la peur, profite!» J’essaie d’habiter le présent, de suivre l’instinct, la rencontre qui fait sens. De toute façon, moi, je ne fais rien pour avoir des bonnes notes.» Confidences.

– Le regard a-t-il changé sur vous depuis cette citation aux Césars?
– C’est dingue, depuis deux semaines, je reçois des scénarios plus intéressants. J’ai l’impression de ne plus être la foldingue de service, qui joue l’obsédée trash, accepte les excès. Tiens, on m’a proposé un rôle de femme au bord du burn-out. Un peu de crédibilité, ça me change!

– Votre indépendance a pu effrayer. Cela aussi change-t-il?
– Il me semble, moi aussi, m’être radoucie. J’échange mieux avec les gens. Au niveau professionnel, les rapports sont devenus plus agréables. J’ai le sentiment que ceux qui ont vu le film Jeune femme (voir la bande-annonce ci-dessous) comprennent un peu mieux ma situation de trentenaire dans les villes.

– Espoir à 37 ans: vous battez le record de Catherine Jacob qui l’eut à 32 ans.
– Mais oui! Au départ, j’étais un peu mal. Puis un mec dans la rue m’a dit: «Ça va redonner de l’espoir aux filles de plus de 30 ans, toutes celles qui croient leur carrière fichue!» Bon, moi je suis une lente, je cristallise, j’ai aussi étudié durant sept ans. Quand je vois les autres nominées… (ndlr: Iris Bry, Eye Haïdara, Camélia Jordana, Garance Marillier), je ne m’y reconnais pas. Une Garance par exemple, fan de Duras, bosseuse futée… je n’étais pas comme ça à 20 ans. Mais je ne veux pas trop me perdre là-dedans.

– Les statistiques prouvent que quasi tous les espoirs, Marceau, Paradis ou Bonnaire, ont fait carrière. Ça dope?
– Moi, j’ai plutôt regardé celles qui avaient raté le César! Après… les Césars, c’est surtout d’une extrême importance pour les gens d’argent. Cette histoire d’être plus ou moins «bankable» n’a rien de négligeable, ça permet de faire plus ce que vous voulez, d’avoir de meilleurs accès.

– Que vous a appris votre marraine officielle, Sandrine Kiberlain?
– Elle, c’est l’actrice singulière, qui a su se battre, durer. Quitte à décevoir, à perdre des gens en route, elle est restée fidèle à elle-même, une femme particulière. Comme une Jeanne Moreau… Je me souviens de l’avoir entendue parler de son «être intérieur», que cette conscience-là devait toujours primer sur l’envie de séduire. Des actrices comme elle, Deneuve ou Sandrine, qui ne se laissent pas enfermer, sont super-inspirantes.

– Rayon falbalas, êtes-vous prête?
– La robe, d’Elsa Schiaparelli, vanille, comme taillée pour Romy Schneider, un classique hors du temps. Avec une broderie en strass rouge qui dessine un cadenas. Un secret. Et le bracelet serpent de ma grand-mère, un bijou des années 20, pour me rassurer. Je ne voulais pas des parures prêtées par les grands joailliers parisiens, pas envie d’avoir un garde du corps à trimballer.

– Avez-vous préparé un discours?
– C’est forcé. Si les gens ont l’occasion de l’entendre, autant que cela soit une déclaration forte. Féministe, donc!

Créé: 01.03.2018, 23h00

Hommage

Une cérémonie dédiée à Mlle Moreau

En hommage à Jeanne Moreau, les 43es César s’ouvriront sur Le t ourbillon de la vie repris par Vanessa Paradis. Amie de la comédienne disparue l’an dernier, la chanteuse-actrice avait provoqué la grâce en susurrant le classique de Serge Rezvani, hymne à Jules et Jim, au Festival de Cannes 1995. Quant aux trophées, de César en Oscar, Mlle Moreau les entassait dans son appartement parisien. Sacrée meilleure actrice en 1992 pour La vieille qui marchait dans la mer, elle recevait un premier César d’honneur en 1995, et un deuxième il y a dix ans. Et s’en allégeait sur scène en l’offrant à Céline Sciamma, réalisatrice moins heureuse ce soir-là. RTS Deux relaie l’hommage en rediffusant un Spécial Cinéma de février 1979. Jeanne Moreau y mène Christian Defaye par le bout des lunettes. Alors que Monsieur Cinéma tente de lui extirper une déclaration d’insolence, la grande dame le coupe: «Non, pas d’insolence, ce n’est pas bien. Je dis toujours aux jeunes: le «non» peut aussi être un péché d’orgueil.» La drôlesse révèle encore avoir décliné Les valseuses: «Ça me déprimait», n’acceptant que «par camaraderie pour Gérard (Depardieu).» Elle confie aussi que son père, Anatole, voulait la nommer Pierrette («Il voulait un garçon, Pierre») et que parce qu’il était «fou furieux» de la voir actrice, elle refusa de le ménager en prenant un nom de scène. Moreau pour la vie.
Spécial Cinéma Jeanne Moreau
RTS Deux, di 4 mars (20 h 10)

Complicité

«Être trop braque n’a jamais été un défaut, et cette fille ira loin»

«Moi, j’aurais bien aimé avoir une marraine» lance tout à trac Sandrine Kiberlain. Sa première citation remonte à 1995, candidate au César du meilleur espoir féminin pour Les patriotes. «Je ne l’ai pas eu, dommage… mais l’instant reste gravé à vie. Car c’est le plus beau des Césars, celui qui dit que tout commence et le rêve permis. Tout à coup, vous existez à l’image. Parce qu’un cinéaste s’est arrêté sur vous, qu’il vous a choisie, regardée. C’est la chance qui tourne, c’est enfin votre tour! Et si vingt ans plus tard, vous recevez un autre César, c’est encore mieux.» Sur ce point, la blonde qui a fêté cinquante ans dimanche dernier, peut se flatter d’un parcours superbe: elle concrétise l’essai en 1996 avec En avoir (ou pas), est citée ensuite trois fois d’affilée, puis encore pour Mademoiselle Chambon et Elle l’adore. Il y a deux ans, le réalisateur Albert Dupontel, fort concerné ce soir avec Au revoir là-haut et ses treize nominations, lui vaut de décrocher une deuxième compression dorée pour Neuf mois ferme.
«À la base, on ne fait pas ce métier pour avoir des Césars, c’est sûr. Il ne faut y accorder ni trop ni trop peu d’importance. Mais je me sens en osmose avec Laetitia (Dosch), c’est un moment capital, même une apothéose au vu de cette catégorie si spéciale.»
Hormis l’une ou l’autre récipiendaire saluée pour l’osmose à un rôle plus que pour la composition d’un personnage, tous les meilleurs espoirs féminins arborent désormais de solides cartes de visite. «Je ne pense pas à un effet César. Je vois surtout le simple fait qu’une fois sélectionnée, votre performance est vue sur DVD par les membres de l’Académie (ndlr. 4248 professionnels actifs). De là, les cinéastes et producteurs peuvent vous imaginer dans leurs films.»
Pour preuve de ces «planètes» qui doivent se mettre en conjonction, Sandrine Kiberlain cite Mademoiselle Chambon. «Un de mes films fétiches car il exigeait beaucoup de jeu, de subtilité. Je n’ai pas eu le César. Cette année-là voyait le grand retour d’Isabelle Adjani… Vous savez, les votants, je les imagine comme moi dans leur cuisine, vous vous décidez sur une impulsion, une humeur. Les Césars, c’est un élan, une émotion plus forte qu’une autre. Le succès du film, l’écho qu’il a pris sur le public, peut avoir une incidence, même un effet contraire, l’association à un personnage, les facteurs pullulent.»
De quoi consoler Laetitia Dosch si les planètes ne se mettent pas en conjonction. «Je l’ai connue au dernier Festival de Cannes. J’étais présidente du jury de la Caméra d’or (ndlr. qui piste le meilleur premier film en sélection officielle). Je suis montée sur la table pour imposer Jeune femme! Il n’était pas question que ce film ne gagne pas.» Sandrine Kiberlain rigole. «Quand j’ai enfin rencontré Laetitia Dosch, ce fut un vrai bonheur. Non pas de me retrouver en elle mais de découvrir une fille insolite, un rythme, un physique atypique. Une actrice, quoi… Être trop braque ne sera jamais un défaut dans ce métier, elle a le tempérament des grands rôles, pas des mièvres et des tièdes. Je la vois durer. Des Paula comme dans Jeune femme, elle s’en appropriera d’autres.»
Du job proprement dit de marraine, Sandrine Kiberlain affirme le pratiquer au coup de cœur. «Il m’est arrivé d’aller «pêcher» un espoir parce que j’y croyais mordicus, comme Kevin Azaïs il y a deux ans. Avec Laetitia Dosch, après ce moment magique de Cannes, je crois que je me suis projetée dans la symbiose qui l’unit à Léonor Serraille. Ça m’a rappelé les films que j’ai pu faire avec Laetitia Masson à l’époque.» Par hasard, l’actrice vient de tourner avec des réalisatrices en cascade, Jeanne Herry, Sophie Fillières, Lisa Azuelos. «Je n’en fais pas un manifeste, loin de là. Mais ça me touche d’être choisie par une cinéaste, je me sens sa porte-parole la plus intime. Alors qu’un réalisateur porte un regard basé sur une autre séduction.» Les rapports homme femme ne manqueront pas d’être évoqués lors de ces Césars «post-affaire Weinstein». «Plus qu’un ruban blanc à porter par solidarité, plus qu’à ces trucs de groupe, ces tonnes dans les journaux qui finissent par banaliser, je crois aux actions plus secrètes. Des dons par exemple, pour financer des aides juridiques, du soutien psychologique aux victimes d’agressions sexuelles.» Alors, ne la cherchez pas dans la salle Pleyel. «Je regarderai tout ça devant ma télé.»

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