«La liberté est la plus grande des valeurs»

FestivalA l'heure d'ouvrir Visions du Réel, son directeur, Luciano Barisone, rappelle sa profession de foi et donne des pistes dans sa jungle filmique.

Dans une société toujours plus normée et commercialement codifiée, le cinéma peut encore et toujours libérer les regards portés sur le monde.

Dans une société toujours plus normée et commercialement codifiée, le cinéma peut encore et toujours libérer les regards portés sur le monde. Image: LDD

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Le réel est un combat et Luciano Barisone le mène sur le terrain du cinéma. «Ora e sempre resistenza (ndlr: l’heure est toujours à la résistance)», lâche le directeur de Visions du Réel, festival qui projette son premier film jeudi. Résistance, mais aussi jeunesse, «car c’est elle qui rêve de changer le monde»: tels sont les perspectives qu’entend ouvrir la cuvée 2016 de la manifestation nyonnaise. «Je n’ai jamais caché que j’étais le neveu d’un anarchiste qui m’a appris, quand j’étais petit, que la liberté était la plus grande des valeurs.» Dans une société toujours plus normée et commercialement codifiée, le cinéma peut encore et toujours libérer les regards portés sur le monde.

Pour ce libertaire militant, le réel et la fiction ne sont pas contradictoires. «Il y a une tentation de voir dans le cinéma du réel une prétention à la vérité, mais il s’agit toujours de la vérité du film et, en ce sens, le monologue final de la jeune fille dans La maman et la putain de Jean Eustache est un incroyable moment de vérité. Les territoires de la fiction et du réel s’entrecroisent toujours, parfois de manière paresseuse, parfois géniale.»

Le rappel est de taille pour ceux qui confondraient encore le cinéma du réel avec un documentaire aussi ennuyeux que pseudo objectif. Une myriade de réalisations du festival assument avec force cette évidence que «dès que vous êtes devant une caméra, vous vous transformez en personnage». Des films qui n’hésitent pas à emprunter les procédés de la fiction pour mieux articuler leur discours. «Je fais volontiers un parallèle entre le cinéma du réel et la Nouvelle Vague, poursuit le directeur. Là où cette dernière, en abandonnant le studio pour descendre dans la rue et en improvisant, a mis en doute la prédominance du scénario, le documentaire a cherché à dépasser la dictature du sujet et développé de nouveaux modes de représentation.»

Autrement dit, les manières de voir en deviennent aussi importantes, si ce n’est prioritaires, par rapport à ce qui doit être vu: l’actualité, la problématique, l’événement. «Mais le sujet me meurt jamais, ironise Luciano Barisone. Lui aussi fait de la résistance!» La Syrie est évidemment dans le viseur de Visions, mais le regard déployé sur la complexité de la guerre qui s’y déroule devrait se distinguer de celui quotidiennement déroulé par les téléjournaux… Le programmateur ne cherche d’ailleurs pas à proscrire l’actualité et se réjouit au contraire du récent Ours d’or attribué à Berlin au Fuocoammare de Gianfranco Rosi – sur les réfugiés de Lampedusa –, que l’on pourra découvrir en avant-première à Nyon. «C’est du cinéma. Enfin des films du réel qui gagnent contre des films avec des budgets dix ou vingt fois plus élevés! C’est un succès politique que l’on doit à tous les festivals qui, comme Visions du Réel, les défendent.»


On peut aussi en rire

Contrairement à une idée reçue, le cinéma du réel ne se préoccupe pas que de sérieux, mais badine aussi volontiers sur les terres de l’humour. Suggestions du patron: Waterfall et Tourism! (di 17, 14h et lu 18, 21h): «Le premier s’amuse de la fierté des Lettons, habitants d’un pays très plat, au sujet d’une chute d’eau – la plus large d’Europe, mais qui fait 2m de haut! Le second, plus méchant, ironise sur l’animal qu’est le touriste.» Parchim International (ve 15, 14h30 et sa 16, 12h): «Un entrepreneur chinois veut reconvertir un vieil aéroport militaire allemand en base d’échanges commerciaux. Clash entre les mentalités chinoise et allemande!» Alptraum (lu 18, 18h30 et ma 19, 16h): «Deux Valaisans veulent faire l’expérience de l’alpage comme un retour à la vie sauvage et se rendent compte que ce n’est pas si facile!» Et aussi: Jesus Town, USA (ce soir, 19h30 et 20h, gratuit)

Nyon, divers lieux Du je 14 au sa 23 avril Rens.: 022 365 44 55 www.visionsdureel.ch

(24 heures)

Créé: 14.04.2016, 08h24

«Calabria» de Pierre-François Sauter

«Deux employés des pompes funèbres de Lausanne doivent ramener dans son village de Calabre le corps d’un immigré décédé seul en Suisse. On ne sait pas qui c’est, on voit juste le cercueil. L’idée du film est de raconter le voyage de ces deux hommes qui sont aussi des immigrés: José, d’origine portugaise, à l’esprit poétique et philosophe, et Jovan, d’origine serbe et gitane, musicien et extraverti.

Avec deux caméras placées dans l’habitacle, le réalisateur filme les deux hommes, leurs dialogues, mais, jouant d’une sorte de double écran, les télescope au montage. Une troisième caméra filme à l’arrière mais jamais latéralement. Le paysage ne se laisse voir que lorsqu’ils quittent la Suisse et à la fin. On y trouve des situations de comédie extraordinaire.» Me 20 (21h15)et je 21 (14h)

«Gulistan, Land of Roses» de Zayné Akyol

«Des jeunes filles, bien inscrites dans la société, qui mènent une vie normale, font la fête, se retrouvent dans les montagnes du Kurdistan pour se battre au front contre l’Etat Islamique. J’ai été très ému par le rapport tout
en confiance et en proximité que la cinéaste a développé avec elles. Une femme plus mûre, à la beauté ancienne, comme sortie d’une tragédie grecque, lui sert de guide depuis cette oasis poétique des montagnes qui conduit à la bataille.» Ma 19 (19h) et me 20 (10h)

«Ama-San» de Claudia Varejao

«Une communauté de femmes japonaises de 50 à 85?ans, organisées en coopérative, continuent à exercer la plongée en apnée pour pêcher coquillages, algues et crustacés. Le film les accompagne dans leur vie quotidienne. On a parfois l’impression de se retrouver dans un film Yasujiro Ozu (1903-1963) – un cinéaste majeur dont je ne sais si le nom dit encore quelque chose aux gens. Il se dégage de ces images l’évocation d’un autre temps. C’est aussi de la résistance!» Sa 16 (16h15) et di 17 (11h30)

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