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Louise Bourgoin, l’actrice qui ne le savait pas

En adepte des héroïnes de proximité, la Bretonne claironne sur grand écran Les dents, pipi, au lit! Mais en catimini, elle murmure qu’elle ne se considère toujours pas comme une vraie comédienne. Alors elle fait semblant.

Francois G. Durand/Getty Images

Le printemps peut se faire la belle sous les giboulées, Louise Bourgoin s’en moque. Griffée en tailleur Nina Ricci de soie écarlate, l’ex-Miss Météo rayonne comme un champ de tulipes après la pluie. Lui servir des clichés atmosphériques peut sembler indélicat. Mais elle n’a jamais esquivé le passé et le chérit à défaut de croire en son avenir. «J’aime me cacher derrière un personnage quand je suis en représentation. En total look, perchée sur mes talons, ça me donne de la force, je peux me prendre pour une actrice.» Trêve de profilage, dans Les dents, pipi et au lit!, la revoici en mode Louise sympa, voisine de palier de la France ordinaire. L’intrigue oppose la mère drapée dans une éducation vertueuse à un célibataire couche-tard, fan de poker, de Big Mac et de nanas. De quoi promettre orages et éclaircies en fin de journée.

Dans vos derniers films, vous incarnez souvent le prototype de la femme moderne. Un hasard?

Pas du tout, je m’en sens responsable. Et ces femmes libres, je les assume. Dans la Jeanne des Dents, pipi et au lit !, je retrouve des copines, leur indépendance professionnelle et financière, une séparation, un enfant à gérer. Le réalisateur Emmanuel Gillibert a amené l’idée de cette colocation parisienne avec un homme qui déteste la marmaille, une expérience vécue. À la lecture, j’avais senti ces accents de vérité. Ça ne sentait pas le concept pondu par un publicitaire pour coller à un air du temps.

En quoi le côté «tellement vrai» vous séduit-il?

Les cinéastes me proposent quasi toujours de réécrire mes dialogues. J’aime apporter des touches plus modernes, réalistes, à un scénario. Trop souvent, surtout écrits par un homme, les personnages féminins restent artificiels, ce ton «Et si j’étais une femme, qu’est-ce que je dirais?» Comme s’ils étaient vus à travers un prisme, que le changement de prénom suffisait à leur donner un autre sexe. J’amène mes trucs perso, ça ne peut pas faire de mal. Et j’en rajoute volontiers!

Si la représentation des femmes évolue dans ces comédies d’époque, les hommes y restent souvent des machos archaïques. Fatal?

Mais des mecs comme ça, célibataires endurcis, fêtards à mort, j’en ai rencontré des tas, et spécifiquement à Paris. Quand je suis arrivée de Rennes en pure provinciale, j’ai déchanté très vite. En dix ans, j’ai effacé tant de ces garçons qui ne voulaient que faire la fête. Les sérieux qui voulaient se caser, c’était à partir de 40 ans. J’y vois le syndrome de la grande ville, qui entretient le jeunisme, les adolescents attardés, l’insouciance. La difficulté de se loger aussi, qui pousse à la colocation tardive!

Pourquoi ne pas être rentrée au bercail?

J’ai rencontré pas mal de types qui m’ont fait perdre du temps… J’avais le mal de vivre, ça oui, franchement. Mais Paris brillait trop par rapport à ma Bretagne où j’avais l’impression de connaître tout le village. Et puis j’étais dans une phase où mes plans d’avenir, les beaux-arts, l’enseignement, ou même la création, étaient morts écroulés. Je galérais dans l’alimentaire, pub, télé. Et j’ai fini dans le cinéma.

En concevez-vous des regrets artistiques?

Oh, ma vie reste à faire. Et je me sers encore du dessin pour esquisser un rôle. Le cinéma exige beaucoup d’imagination pour réinventer des images à chaque prise et se persuader d’une émotion particulière liée à une scène. De là, j’utilise beaucoup le croquis. Même si j’ai beaucoup perdu.

La famille, dernière grande aventure humaine, dites-vous. Une vision très traditionnelle, non?

Et j’en avais toujours rêvé. Je ne joue plus pareil depuis que j’ai eu un enfant. Découvrir cet amour absolu jusqu’au point d’irrationalité m’a permis d’oser. Au premier degré déjà, j’en fais des tonnes dans la démonstration de tendresse, je me lâche dans l’affection. Avant, j’aurais eu une pudeur, mis des limites. J’ai beaucoup repensé d’ailleurs à Un heureux événement, ce film que j’avais tourné sans avoir fait l’expérience de la maternité. Nous y parlions de baby blues, des horreurs d’être enceinte, sur un ton très dur. Avec le recul, je trouve dommage d’avoir axé la comédie sur cette noirceur. Tiens, on m’avait vendu que l’allaitement allait être un calvaire, avec les chemisiers trempés, les seins douloureux. Moi, j’ai adoré allaiter. Pendant un an, j’étais droguée à l’endorphine, le nirvana!

«À 40 ans, je change de voie.» Toujours vrai?

Le constat demeure. À 40 ans, beaucoup d’actrices connaissent un gros creux, trop vieilles pour jouer les jeunes premières, trop jeunes pour les belles-mères. Du coup, je ne m’imagine pas actrice toute ma vie. Ça ne me fait pas peur, je rebondirai, j’écrirai ou je mettrai en scène.

Le métier n’a jamais été une question de vie ou de mort pour vous. Question de caractère?

J’ai peur de trop m’engager. Je n’ai aucune vocation de comédienne. Dans mon cas, en faire profession n’a jamais été inné. Par contre, je devine en moi comme un désir qui évolue. Je travaille en ce moment sur une série Canal+ pour l’automne, et je sens un vrai flip! Peut-être parce qu’il s’agit de huit épisodes de cinquante minutes et que les personnages sont plus développés. C’est tiré d’Hippocrate, le film de Thomas Lilti, et nous prenons le temps de chercher une empathie profonde, travaillée. D’où le plaisir de jouer cette interne en médecine à chaque instant. Tout me plaît dans ce projet, qui ressemble un peu à un Urgences à la française.

Votre beauté a-t-elle pu être un préjugé à votre encontre, le cliché de la mignonne idiote? Je ne me suis jamais prise au sérieux, ça dédramatisait! La beauté, je ne peux pas en tenir compte. D’autant que je me banalise volontiers et à plaisir pour un rôle. De toute façon, il vaut mieux partir de haut pour dégringoler vers la mocheté que le contraire. Et puis… je ne me permettrais jamais de me plaindre. Longtemps, cet univers des auteurs m’a semblé si inaccessible, rien que de l’effleurer me comble.

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