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Le maître de Visions du Réel, Alain Cavalier, raconte sa prise de liberté

La trajectoire singulière du cinéaste passait par le Festival qui lui a donné le Prix Maître du Réel. Rencontre avec un artiste qui a gagné son indépendance

Le cinéaste Alain Cavalier, Prix Maître du Réel 2017 de Visions du Réel, dans sa chambre d’hôtel à Nyon, mercredi.
Le cinéaste Alain Cavalier, Prix Maître du Réel 2017 de Visions du Réel, dans sa chambre d’hôtel à Nyon, mercredi.
ODILE MEYLAN

Il fait gris et pluvieux, mais Alain Cavalier ne se lasse pas de goûter au paysage depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel de Nyon, en cinéaste soulagé d’avoir quitté l’atmosphère électorale française. «Je me sens un peu Suisse. Dans mon pays, les gens n’arrêtent pas de se chamailler, de prononcer des phrases abstraites, définitives. C’est fatiguant… Dès que je franchis la frontière, je trouve quelque chose de plus calme. De plus fort aussi: vous avez des lacs énormes, des montagnes formidables. Vous êtes bien entourés, on ne vient pas vous emmerder.»

Quatrième cinéaste à recevoir la distinction de Maître du Réel du Festival de Nyon – après Richard Dindo, Barbet Schroeder et Peter Greenaway – Alain Cavalier, 85 ans, parle avec les inflexions suaves d’un gentleman à l’ironie légère, au verbe d’une élégante limpidité, libéré des faux-semblants. Ce «réel» qui préoccupe un certain cinéma, il le définit avec aisance, sans inquiétude théorique. «C’est quelque chose de très simple, que tout le monde pratique, sans filmer. La vie nous apporte parfois une image, une situation, un paysage, un rapport entre les gens, un visage, qui vous traversent, vous illuminent. En tant que cinéaste, j’ai envie de le filmer, alors que les gens se contentent simplement de le vivre. Je suis donc très attentif à ce qu’on appelle pompeusement le réel, mais c’est ce qui passe sous les yeux de chacun.»

Celui qui travaille depuis des années le film comme d’autres leur journal intime a pourtant commencé dans le système, avec des stars (Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon). D’abord, au début des années 1960, avec des fictions aux accents éminemment politiques, dans la foulée de la guerre d’Algérie, puis sur un mode plus léger en adaptant par exemple La Chamade de Françoise Sagan en 1968, avec Catherine Deneuve. Progressivement – «cela ne se fait pas du jour au lendemain» – il se rapproche d’un cinéma du réel, épris de vie(s), de portraits, même s’il signe encore Thérèseen 1986, évocation d’une sainte bénie par le Prix du jury à Cannes et plébiscité par les Césars. «J’y avais déjà pris des libertés: pas de décors, un fond uniforme. J’essayais de sortir du film avec acteurs, scénario, faux réalisme…»

La sortie du système

Il finit par en sortir complètement. Le déclic? «L’argent, ma liberté.» De politique à poétique, il n’y a qu’une syllabe que les films de Cavalier savent prononcer, fusionner. «Je suis politique car je suis un grand économiste du cinéma et l’économie et la politique sont frère et sœur. Avec ma seule caméra, j’ai réussi à réaliser des films que je voulais faire, avec très peu d’argent, donc libre, donc plus heureux et ainsi tout va mieux. Sauf si vous êtes un cinéaste de grande imagination et que vous voulez monter un Napoléon contre Frankenstein. Là, il vous faudra beaucoup d’argent et vous aurez les producteurs sur le dos, qui signent de gros chèques, mais qui commandent et vous demanderont une fin heu-reu-se. Les producteurs américains disaient: Bigger than life ! Mais la vie est déjà grande…»

Depuis un quart de siècle, le cinéaste ne tourne plus que caméra au poing et sans acteurs. Son film Pater, variation présidentielle low-fi avec Vincent Lindon en 2011, était avant tout l’occasion de sceller un «lien sentimental» avec l’acteur qui partageait avec lui des verres de bordeaux dans des bars d’hôtel. «A l’occasion d’une anecdote assez drôle, je l’ai vu comme un fils. J’avais une raison de faire un film avec lui.»

Le minimalisme des moyens mis en œuvre lui a ouvert une liberté infinie que le cinéaste explore encore, comme le démontraient ses Six Portraits XL, présentés à Visions cette semaine. «Cela permet des films différents. Le rapport avec une personne est unique, sans toute une équipe dans votre dos pour scruter. Il y a un autre avantage: vous ne devez pas continuellement expliquer aux autres ce que vous voulez. Parce que, à force d’expliquer, ça devient trop clair et cela n’a plus d’intérêt. Vous perdez ce léger brouillard dans lequel vous cherchez une porte de sortie et, soudain, vous voyez une lumière!»

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