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La malédiction Bergman

La Cinémathèque suisse exhume, jusqu’en avril, une presque intégrale du Suédois, référence (trop?) ultime du 7e art.

Faut-il avoir peur de Bergman? La Mort dans «Le septième sceau» (1957), avec le chevalier joué par Max von Sydow (à droite).
Faut-il avoir peur de Bergman? La Mort dans «Le septième sceau» (1957), avec le chevalier joué par Max von Sydow (à droite).
BERGMAN/CINÉMATHÈQUE SUISSE
Par son érotisme et sa mise en cause de l'ordre social et moral, ce film à très petit budget crée le scandale.
Par son érotisme et sa mise en cause de l'ordre social et moral, ce film à très petit budget crée le scandale.
BERGMAN/CINÉMATHÈQUE SUISSE
Le chef-d'œuvre de la maturité, synthèse à la fois grave et espiègle, où resplendissent ses thématiques.
Le chef-d'œuvre de la maturité, synthèse à la fois grave et espiègle, où resplendissent ses thématiques.
BERGMAN/CINÉMATHÈQUE SUISSE
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«Lorsque l’on prépare la rétrospective d’un cinéaste comme Bergman, il faut se dire que la jeune génération part de zéro.» Chicca Bergonzi, responsable de la programmation d’une presque intégrale Bergman, en ce moment sur les écrans de la Cinémathèque suisse, a conscience de la difficulté face à un maître qui, au fil du temps, a parfois fini par incarner le modèle du film d’auteur soporifique et désespérant. Dans leur sketch «Le Doutage», Les Inconnus moquaient, sans le nommer, ses langueurs maniérées et ses interrogations raffinées jusqu’à l’absurde. Leur numéro était assez drôle, même s’il visait plutôt un Bergman fantasmé (revu et corrigé par David Hamilton), comme le font la plupart de ceux qui n’ont jamais vu ses films tout en l’accusant d’être abscons, mutique ou dévolu à une lenteur ennuyeuse, si ce n’est profondément dépressive.

Une variation continue

«C’est pour cette raison que nous avons gardé une logique de présentation chronologique», plaide la programmatrice. «Elle est très importante car les films de ce que l’on pourrait appeler la première période de sa production – grosso modo des années 50 et 60 – relèvent d’un autre ordre que ceux de la fin des années 60 ou du début des années 70.» Sur la grosse cinquantaine de réalisations que Bergman produit au cours de sa longue carrière – son premier film sort en 1946, le dernier en 2003 – les variations sont en effet immenses et souvent perceptibles au sein d’une même période.

«Gamine, j’ai été scotchée, comme beaucoup d’autres, par son film «Le septième sceau», confesse l’adjointe à la direction de la Cinémathèque. Ce film, par son aura fantastique et métaphorique, a permis à beaucoup de jeunes spectateurs d’entrer dans une filmographie touffue, quitte ensuite à ne pas retrouver d’équivalent à cette œuvre assez atypique. La même année, en 1957, le Suédois sortait d’ailleurs «Les fraises sauvages», film qui, malgré des veines plus sombres, s’apparente plutôt à une comédie et lui valut l’Ours d’or à Berlin. Une légèreté encore plus perceptible dans «Sourires d’une nuit d’été» (1955), film auquel Woody Allen, l’un de ses plus grands fans, rendra hommage dans «Comédie érotique d’une nuit d’été» en 1982.

Même si la rétrospective lausannoise abandonne les tout premiers films des années 40 et quelques autres des années 60, elle permet par contre de se replonger dans ceux des années 50, qui ne correspondent en effet pas du tout à la caricature du Bergman de certains de ses détracteurs. Il suffit de revoir «Monika», film sensuel de 1953 piqueté d’un anticonformisme pré-68 (et, déjà, de désillusions), qui impressionnait beaucoup le jeune Jean-Luc Godard, pour se convaincre des métamorphoses ultérieures d’un cinéaste à la longévité impressionnante.

La dureté des années 70

«Les films de sa première partie de carrière s’inscrivent plus volontiers dans des paysages naturels, plaide Chicca Bergonzi. Cela leur confère des respirations, des ouvertures pour l’œil qui les rend plus aisés à regarder. Faire entrer directement M. Tout-le-monde dans l’un de ses films des années 70, c’est lui donner envie de se flinguer! Sans élitisme leur traitement réclame que l’œil et l’oreille s’habituent à cette typologie de narration. Son attention se focalise sur ses obsessions psychiatriques, les acteurs, les dialogues, et c’est une difficulté supplémentaire lorsqu’on doit les lire en sous-titres. À mesure que le cinéma de Bergman se simplifie, il devient plus complexe pour le spectateur. On peut vraiment entrer dans son œuvre par des côtés opposés…»

«À mesure que le cinéma de Bergman se simplifie, il devient plus complexe pour le spectateur»

Travaillant en parallèle pour le théâtre et pour le cinéma, Ingmar Bergman y teste des dispositifs qui puisent aux deux disciplines, mais introduit également un regard qui doit aussi beaucoup à la montée en puissance de la télévision. Certains de ses films les plus célèbres, comme «Scènes de la vie conjugale» et «Fanny et Alexandre», sont d’abord produits sous la forme de séries TV (de six épisodes, le plus souvent), ramenées ensuite au format film. Une approche qui souligne encore sa grande sensibilité au montage, technique qu’il maîtrise admirablement dès ses premiers métrages – contrairement à une autre idée reçue, les films de Bergman ne s’épanchent pas, mais travaillent le rythme de manière sobre et incisive.

Pour Chicca Bergonzi, une bonne introduction à son univers demeure paradoxalement l’un de ses derniers, «Fanny et Alexandre». «C’est un sommet, qui ouvre de nombreuses pistes puisque la plupart de ses thématiques y sont réunies.» Il suffit ensuite de remonter le courant pour parcourir une œuvre entre vie et mort où resurgissent l’attention à la condition féminine, un protestantisme critiqué avec ses propres armes et où un certain naturalisme emprunté au néoréalisme italien se laisse trouer par un onirisme impromptu. Vous avez le choix, c’est du surchoix.

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