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Matthias Schoenaerts à la barre du Koursk

Sur le «Kursk», même en apnée, l’acteur insuffle du suspense. Interview.

Le Belge Matthias Schoen­aerts à bord du «Kursk», du Danois Thomas Vinterberg.
Le Belge Matthias Schoen­aerts à bord du «Kursk», du Danois Thomas Vinterberg.

Le 12 août 2000, après une explosion à son bord, le sous-marin nucléaire russe Koursk coule en mer de Barentz. Les autorités déclinent les secours des forces britanniques et américaines. Après sept jours d’atermoiements, l’épave enfin percée se révèle un cercueil pour les 23 marins ayant survécu à l'accident. Avec «Kursk», le réalisateur danois Thomas Vinterberg tient en haleine, même si l’issue fatale plane sur son récit.

Cette puissance narrative est générée par la grâce d’une équipe hybride mais tendue vers l’universel. Face à la Française Léa Seydoux, au Britannique Colin Firth, le comédien belge Matthias Schoenaerts s’impose en leader charismatique. Ce long filiforme aux pectoraux costauds se raconte avec une sincérité brute de coffrage. Ça casse ou ça passe. «J’ai filé le projet à Thomas (Vinterberg), nous avions envie de retravailler ensemble. «L’énorme et l’intime, ça, c’est son cinéma, lui qui part toujours des gens.»

Personne en effet n’a oublié les cris et chuchotements grinçants de son «Festen», il y a 20 ans. «Sur «Kursk», je sentais qu’il pourrait mêler l’ampleur dramatique à un héroïsme moins flambeur. Question de maturité, d’intelligence: toutes les marques d’un esprit raffiné.»

Dans la carcasse funeste du Koursk, les pièges ne manquaient pas. À commencer par les théories multiples sur le naufrage qui ont émergé en raison d’absence de preuves définitives. «Mon personnage est basé sur un composite de faits. Une fois enregistré le codex militaire, nous avons extrapolé une figure plausible qui puisse symboliser l’état d’esprit des mariniers, ce stoïcisme digne allié à une sauvagerie instinctive qui permet une anticipation incroyable. Après, l’humanité que je lui prête, c’était mon choix.»

Dans ces décisions de comédien, Matthias Schoenaerts ne cache pas qu’en fils d‘immense tragédien des planches flamandes, il revient souvent gratter l’hérédité. «À l’évidence, le rapport à la paternité m’a poussé à m’identifier à cette histoire. Même si de plus en plus, au-delà du lien à mon père, j’essaie d’atteindre le substrat qui relie les humains. La famille, la naissance et la mort sont des terrains propices à véhiculer des préoccupations qui connectent.»

Ainsi sont mises en second plan les lenteurs et réticences du gouvernement russe à collaborer avec l’armée britannique, nationalisme mal placé fustigé à l’époque. «Nous ne voulions pas diaboliser un pays, car de tels sursauts d’orgueil peuvent apparaître chez tous les peuples, russes, américains, français, n’importe lequel! Nul n’échappe à l’indifférence et l’hypocrisie politiques. Mais nous ne voulions pas détourner le propos d’une douleur viscérale, celle encore bien présente des familles décimées. Cette responsabilité a induit une urgence dans le film.»

Bilingue depuis l’enfance, adepte de la pluralité culturelle, Matthias Schoenaerts jongle volontiers avec les concepts. «Je déteste polariser les concepts, Du coup, je ne me fie qu’à la plus totale sincérité dans mes propositions.» Et d’échafauder aussitôt: «La sincérité, quel état curieux. Donald Trump m’apparaît sincère dans sa connerie. Donc ne pas se mentir, ça ne vous donne pas un gage de lucidité. Au fond, j’y vois le paradoxe du comédien. De là, je construis au plus près de mon âme, j’investis dans un personnage la vérité qui m’importe. Ces incarnations se définissent d’ailleurs dans la nature contradictoire de l’être humain, dans l’éventail du noir au blanc, de l’ange au diable.»

Révélé dans «Bullhead» en junkie accro aux hormones bovines, Matthias Schoenaerts avait pris 27 kilos. Prêt à tout? «Pourquoi pas? Chaque projet a son ADN propre Là aussi, il faut varier les propositions. Pour moi aussi d’ailleurs, les envies se déplacent.»

Chez les ordures ou les héros, il s’obstine à la nuance. «Je déteste parler en termes absolus. Car s’il y a une constante, ce serait bien l’inconstance que provoque l’abandon. Ce n’est que là, dans ce mouvement étranger aux lois scientifiques, que la justesse des possibles se définit parfois.» Et de fixer la moquette de ce regard à l’innocence bleutée: «Mais je me réserve le droit d’un jour, exprimer l’exact contraire de cette théorie!»

Un surdoué versatile

Redescendu sur terre, Matthias Schoenarts se reconnaît chez les inclassables, passant du Français Jacques Audiard à l’Américain Terence Malick. «J’aime me bouger dans des champs artistiques différents. Je veux pouvoir changer d’idée. Je n’ai que l’ambition d’une certaine qualité de vie.» Qui serait? «A très moyen terme, de vivre dans une grande forêt. Je ne rêve pas de jouer Shakespeare ou de travailler avec je ne sais qui.» Il n’a plus 40 ans que pour quelques jours. «La perspective de la cinquantaine m’affole.

J’ai décidé de ne plus me comporter comme un gamin. Jusqu’ici, je n’avais jamais considéré la notion du temps. La jeunesse vous pousse à croire en l’éternité et personne n’arrive à vous convaincre du contraire. Là, je comprends qu’il va falloir devenir ami avec le temps qui passe, en faire un partenaire. Peut-être même apprendre à planifier!»

Drame (Dan., 117’, 12/14). ***

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