Avec son meilleur souvenir de Mongolie

DocumentaireChasseuse d’exception, actrice par hasard, Aisholpan Nurgaiv, 16 ans, se raconte dans «La jeune fille et son aigle». Rencontre

«La jeune fille et son aigle» montre comment Aisholpan Nurgaiv réalise son rêve dans l’Altaï kazakh: dresser une aiglonne.

«La jeune fille et son aigle» montre comment Aisholpan Nurgaiv réalise son rêve dans l’Altaï kazakh: dresser une aiglonne.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dans ce café populaire fribourgeois, Aisholpan Nurgaiv se tient silencieuse et statuesque dans son épais manteau de peau, fière sous sa toque de renard. Pommettes rouges comme des pommes d’hiver, regard plissé de nervosité, l’héroïne de La jeune fille et son aigle découvre l’Europe. Son documentaire a été retenu dans une dizaine de festivals, de Toronto au Sundance de Salt Lake City, sélectionné aux Oscars hollywoodiens, doublé même par sa consœur américaine de Star Wars - Le réveil de la force, Daisy Ridley, et bien sûr, remarqué au récent Festival de Films de Fribourg. Les habitués du Rex la dévisagent, la Mongole les observe avec autant de curiosité méfiante. «Je tiens beaucoup à remercier mon père et ma mère de m’avoir encouragée» précise-t-elle en leitmotiv. Son paternel, en costume traditionnel lui aussi, la chaperonne dans cette campagne, l’équipage se complète d’un interprète au discours usiné.

Formidable album d’images, La jeune fille et son aigle est réalisé par Otto Bell, un Britannique venu de la pub qui en 2014, a flashé sur des photos d’Aishopan passées virales sur la Toile. La brune cavalait un aigle au poing dans les plaines vierges bordant les monts Altaï, près de la frontière chinoise. Le cinéaste décide aussitôt de la filmer, saute dans un avion avec une équipe de quatre techniciens.

Là, dans l’Ouest le vrai, conte le documentaire, une gamine de treize ans défie la coutume et conquiert le droit de concourir au Golden Eagle Festival annuel. Comme dans les légendes de Heidi ou Pocahontas, la rebelle met au tapis ses mâles opposants.

«Je tiens beaucoup à remercier mon père et ma mère de m’avoir encouragée»

L’épisode, authentique, doit être nuancé. Dans la Perse du 10e s., des femmes chassaient déjà rapace au poing. Le magazine National Geographic possède d’ailleurs des photographies datées de 1932, exhibant la princesse mongole Nirgidma avec son aigle. Une nomade kazakh, «lady Makpal Abdrazakova», a aussi imprimé l’imaginaire collectif par des exploits similaires. Reste qu’Aishopan peut se targuer d’être la première amazone à remporter le fameux concours, honorant une tradition qui n’est plus maintenue que par 250 Mongols, composante identitaire intrinsèque de la minorité kazakh. «Mais il y a d’autres filles désormais» avance-t-elle, la mine soudain boudeuse.

Son frère aîné enrôlé dans l’armée, la demoiselle a pu laisser s’épanouir un don inné. «Elle savait s’y prendre avec les oiseaux, raconte son père. Bébé, elle était comme hypnotisée. Toute petite déjà, elle prenait mon aigle dans les mains.» L’adolescente confirme: «Je n’ai jamais eu peur des aigles». Et de louer une fois encore, la sagesse de ses géniteurs qui lui ont laissé la bride sur le cou. Plus que de souci féministe, elle parle d’instinct.

Le documentaire la montre escaladant des roches escarpées jusqu’à un nid, où elle kidnappe une aiglonne. «Les femelles sont plus fortes que les mâles, et celle-ci était exceptionnelle. En général, les chasseurs n’entraînent qu’un spécimen à la fois.» Pour réaliser son rêve, ce garçon manqué a marchandé avec son père. Elle bossait à la ferme comme un garçon. En échange de ces heures, elle pouvait entraîner sa protégée.

La compétition reproduit les phases de la traque au renard, la poursuite de la proie en duo, la libération de l’aigle aveuglé, le cri du chasseur qui le rappelle dans une vertigineuse plongée sur son bras tendu. Huit kilos de muscles lancé à pleine puissance sans que le cavalier vacille. «D’habitude, les femmes restent à la geer (ndlr. yourte) à cuisiner, élever les enfants, surveiller les bêtes. Macho? Si vous voulez, oui. Mais Aishopan a toujours montré une telle assurance, sa volonté ne semblait pas pouvoir être discutée.» Sous son masque enfantin, la chasseresse diffuse ce charisme intense. Elle sourit, énigmatique. Rien ne semble pouvoir l’atteindre.

Les Anciens ont grommelé face à la tradition ébranlée. L’un d’eux néanmoins, suppute: «Ça sera peut être bénéfique au tourisme». Or, la Mongolie, ces dernières années, est devenue une destination prisée, auréolée d’une réputation de terres encore sauvages. Au-delà, le vieil homme grimace un sarcasme: «Attendons de la voir chasser en hiver.» Dans la toundra par moins quarante, la jeune fille relève le challenge avec brio. La séquence a demandé vingt-deux jours de patience et à l’évidence, sans trucage autre qu’un harnais de traîneau arrimé à une caméra GoPro, ne doit rien à un quelconque argument touristique.

Documentaire (G.-B., 87’, 6/6). Cote: **

Créé: 12.04.2017, 10h51

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Ce week-end à Lausanne, les coureurs du semi-marathon et du marathon se verront proposer une bière (sans alcool) à l'issue de la course. Les organisateurs suivent ce qui se fait en Allemagne ou en Suisse alémanique. Car la bière est isotonique, riche en vitamines B10 et B12, et passe mieux que certaines autres boissons.
(Image: Bénédicte) Plus...