Michel Blanc, le comédien des mâles entendus

RencontreDepuis le temps du bronzé qui peinait à conclure, le petit maigrichon s’est étoffé. Et rêve encore. «Je voudrais être un grand acteur, pas juste un bon».

Le comédien présente son dernier film, <i>Un petit boulot</i>, de Pascal Chaumeil.

Le comédien présente son dernier film, Un petit boulot, de Pascal Chaumeil. Image: VANESSA CARDOSO

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Pour un peu, un carreau de chemise tendu sur ses rondeurs, un sourire débonnaire plaqué par courtoisie, Michel Blanc donnerait la parfaite illusion du gentleman-farmer en villégiature lausannoise. Au Palace, la vue depuis sa suite invite à rêvasser. «Oh, ce Léman, c’est magnifique! Mais au bout d’un moment, ça me rendrait fou, je suis un enfant de Paris et des villes.» En «semi-vacances», le citadin défend Un petit boulot, polar drolatique où il joue les caïds face à des Pieds nickelés. Ce dernier film du réalisateur Pascal Chaumeil, décédé il y a un an, tient de la parenthèse anecdotique dans sa longue carrière. Du coup, la conversation a obliqué sur les masques du clown Blanc. Scénariste hors pair, des Bronzés à Marche à l’ombre, comédien surprenant par sa puissance tragique et son physique comique, l’homme se définit comme un anxieux obsédé par la sérénité. Gros boulot en perspective.

Votre label «Bronzé du Splendid», n’a-t-il pas généré un malentendu?

Sans doute. A mes débuts, le Splendid m’a forcé à un brutal changement de cap. Par rapport à mes ambitions de jeune artiste sur la scène parisienne, je ne l’ai d’ailleurs pas assumé à 100%. Bien sûr, je m’amusais avec la bande du Splendid, les représentations le soir, etc., j’adore faire rire. Néanmoins, je n’ai pas fait mes premières armes dans le divertissement populaire ou le cinéma commercial. A l’époque, je tourne Je t’aime, moi non plus avec Gainsbourg, Le locataire pour Polanski. Puis arrive cette tornade des Bronzés, et nous devenons des intouchables. Avec le recul, je suis celui qui s’en sortira le plus vite. Ma chance se corse avec le gros succès de Marche à l’ombre. Ça me permet alors de stopper l’engrenage infernal, la prison dorée du filon comique. Vient enfin Tenue de soirée, la sélection «putain de film» à Cannes, le prix. Là, tout se débloque: les auteurs ont envie de moi.

Refuser le succès facile, n’était-ce pas aussi de la prétention?

Ou de l’orgueil? Non. Par contre, je n’ai pas fait ce métier-là «que» pour ça, je le sais déjà et je le revendique avec lucidité. Avec l’angoisse aussi, de ne pas arriver, d’emmerder les gens avec des rôles dramatiques. Ça me poursuit, j’ai envie et peur en même temps des prises de tête.

Est-ce dur de vous séduire encore?

Ah oui, d’ailleurs je tourne peu. Je m’autorise parfois une récréation comme Aladin, avec Kev Adams, ou bientôt Raid dingue (ndlr: février 2017), de Dany Boon. Ça peut surprendre de ma part, mais ce sont des gens charmants, bosseurs, sérieux. La gravité me manquera toujours, cette sensation de réalité, mais voilà.

Le genre hybride d’Un petit boulot vient-il de votre scénario?

J’aime installer ce côté «au-delà de la catastrophe». Ici, une folie paradoxale se trouve bien calée dans un look de gangster british en costume noir… Ce réalisme retranché jusqu’au burlesque existait dans le roman de l’Américain Iain Levison, j’ai juste accentué ce ton qui me plaît. Car je ne suis pas un auteur social à la Ken Loach. Je préfère l’élégance de la distance, comme la scène du suicide où le pote fait semblant de ne pas avoir enregistré la situation. Question d’équilibre, toujours sur le fil de la comédie et du drame.

D’où vient votre cosmopolitisme?

Assez jeune, j’ai eu une passion pour Sherlock Holmes et Sir Conan Doyle. J’ai tout lu, tout vu, j’en suis devenu anglophile, pas un anglophile hystérique quand même. Dès la fin de l’adolescence, j’allais à Londres. Dans la littérature anglaise, le mélange de folie et pudeur est à tomber, d’une brutalité! Je ne le retrouve que dans l’humour juif new-yorkais.

Ce dosage du rire grinçant, serait-ce la caractéristique des écrivains anglais, que vous adaptez souvent?

Sans doute. Déjà, ils me rassurent, moi qui suis un inquiet. Je doute toujours d’avoir des trucs intéressants à dire. Quand j’ai lu Embrassez qui vous voudrez, de Joseph Connolly, (ndlr: qu’il adapte avec Charlotte Rampling, Jacques Dutronc, etc. en 2002), c’était tellement bien. Pourquoi aller ailleurs? En ce moment, j’écris la suite. Avec la permission de l’auteur, je peux utiliser ses personnages à mon gré, quinze ans après, avec des surprises…

Pourquoi avoir tant attendu?

Je n’aime pas les suites. Les bronzés 3, c’était une autre configuration. Et je n’aime pas trop le résultat. Au-delà, réaliser un film, c’est deux ans de vie au minimum. Or, des projets d’acteur m’ont aussi distrait du job de metteur en scène. Je n’en avais sans doute pas un besoin si viscéral. Puis sans savoir pourquoi, l’envie d’écriture est revenue.

Jusqu’à mettre en scène?

J’ai remarqué que les autres cinéastes n’arrivent pas à comprendre mes intentions de scénariste. Je masque la fumée, d’une certaine manière. Après, de voir le résultat, si frustrant, ça m’a réveillé, ça devenait trop idiot de ne pas assumer.

«L’auteur, l’auteur!» se moquerait l’écrivain satiriste David Lodge.

Je serais ravi d’avoir une quelconque originalité, et je la devine parfois. Comme j’écris en visualisant les scènes, je serre tellement les boulons que ça doit être horrible pour un metteur en scène d’essayer de glisser son doigt là-dedans!

Quand vous dites, «j’aimerais qu’on puisse dire qu’un jour, le temps d’une pièce, d’un film, j’ai été un grand acteur», c’est de l’humour?

J’en rêve encore. Je peux vous citer plein de bons acteurs. Mais les grands sont plus rares, les Laurence Olivier, John Gielgud et autres Maggie Smith. La démarche de l’acteur britannique déjà, me plaît. Cette façon d’avancer derrière le personnage, apporte du mystère. Bon, les grands existent aussi en France.

Gérard Depardieu?

Oh lui, il est gigantesque. C’est encore autre chose!

Un petit boulot, de Pascal Chaumeil, avec Michel Blanc et Romain Duris, dès me 31.

Créé: 28.08.2016, 09h02

Au vif du sujet

«J’aime la musique classique. Mon ami, le pianiste américain Nicholas Angelich, a joué il y a quelque temps, la Sonate en si mineur S. 178 de Liszt, que je n’aime pas vraiment. D’habitude, elle semble plus brillante que profonde. Je ne sais si un interprète peut avoir du génie mais dans ce cas, faisons une entorse. Ce concert, au-delà de la virtuosité et de la subtilité, m’a ému aux larmes. Un coup-de-poing. Tout à coup, le musicien apportait une gravité inouïe… C’est la vertu des partitions classiques, une passion que je partage avec Bertrand Blier.»

«Je n’aime pas le populisme montant. Il résulte du cynisme des puissants, d’attaques barbares au nom de principes religieux tronqués. En face, naît la bêtise, qui pousse à des actes de rétorsion, à la guerre civile. Ce qui m’énerve, ce sont les politiciens qui surfent sur ces mécanismes pour se faire élire. Ils m’écœurent, je les trouve impardonnables. Coluche pourrait en rire, moi pas. A nos débuts, je n’étais pas fan de l’homme, nous avons mis du temps. Mais j’ai toujours eu de l’admiration pour Michel en tant qu’artiste, même dans son humour si cruel qui n’est pas le mien.»

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