Michel Merkt, le Genevois salué aux Oscars

Locarno Festival Producteur d’une cinquantaine de films, dont «Courgette» et les derniers Dolan et Verhoeven, il reçoit le Prix Rezzonico.

Michel Merkt, le producteur genevois sacré meilleur producteur indépendant au festival de Locarno.

Michel Merkt, le producteur genevois sacré meilleur producteur indépendant au festival de Locarno. Image: SABINE CATTANEO

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Et si c’était lui la vraie star du festival? Le Genevois Michel Merkt, 44 ans, établi à Monaco, recevra ce soir sur la Piazza le Prix Raimondo Rezzonico, décerné au meilleur producteur indépendant. Et s’il y en a bien un qui le mérite, c’est lui. Jugez plutôt. A son palmarès, près de 50 films, dont Ma vie de Courgette de Claude Barras, Juste la fin du monde de Xavier Dolan, Elle de Paul Verhoeven, Toni Erdmann de Maren Ade, liste évidemment non limitative. Il était temps que nous le rencontrions. Ce que nous avons fait à Locarno.

Vous avez fait vos études à Genève puis étudié un peu le droit avant de débuter comme stagiaire à Canal+ Belgique. Qu’est-ce qui vous a décidé à devenir producteur?

J’ai simplement décidé de faire de ma passion mon métier. Avec une règle d’or: ne travailler qu’avec des gens qui me donnent envie. Mon premier film aura été l’un des segments du film 8, en 2008. D’ailleurs depuis, je continue à produire deux courts-métrages par année.

Comment définiriez-vous votre métier en 2017?

Je dirais que je suis un facilitateur créatif. Aujourd’hui, on est obligé, en Europe, de faire des coproductions. Ce qui m’intéresse, c’est d’amener la vision d’un réalisateur à une audience la plus large possible. Xavier Dolan, par exemple, a un public qu’on arrive parfaitement à définir. Sharunas Bartas, dont j’ai produit le dernier film (ndlr: Frost), en a un également, mais totalement différent.

Quels sont vos secrets pour mener autant de projets à bon terme?

Au fil des années, ma sélection est devenue de plus en plus professionnelle. Avant, je ne marchais qu’au coup de cœur. Il faut bien sûr qu’on ait tous envie de raconter la même histoire et d’aller dans la même direction. Ensuite, j’ai de très solides réseaux qui me permettent de contacter facilement les vendeurs internationaux. Cela va dans les deux sens. A présent, on regarde ce que fait Merkt. Etre connu permet d’aller chercher du casting, et cela facilite les choses aussi bien pour les commissions de financement que pour les sélections dans les festivals. Si j’ai quatre ou cinq films dans ma besace, je sais ce que je vais présenter et où.

Faites-vous aussi le travail d’un producteur exécutif, qui se rend sur les tournages?

Non, justement. C’est extrêmement rare que je passe sur un plateau, et c’est mauvais signe lorsque cela arrive. Cela signifie qu’il y a un problème. Je suis producteur complet sur deux ou trois projets par année. En fonds propres, j’apporte environ 10% du budget par film.

Quels sont vos critères pour accepter un film?

Ils deviennent automatiques, mais je tiens compte du synopsis et du degré de découverte. En d’autres termes, je suis très sensible aux projets qui apportent quelque chose de nouveau.

Comment êtes-vous arrivé sur «Ma vie de Courgette», par exemple?

Je connaissais le projet depuis longtemps, son producteur (ndlr: Rita Productions) m’avait fait un pitch parfait, et lorsqu’il m’a demandé mon aide, je me suis juré d’apporter le film aux Oscars. Mais pour cela, il fallait passer par Cannes avant. Notre stratégie s’est étalée sur plusieurs mois.

Xavier Dolan, pour «Juste la fin du monde», est-il aussi anxieux qu’on le dit?

Oui, et je peux vous dire qu’après sa première projection de presse à Cannes, qui s’était très mal passée, on ne faisait pas les malins.

Cela paraît surhumain. Comment gérez-vous tout cela à la fois?

Je me lève tous les matins à 4 heures et je ne bois pas d’alcool. Jusqu’à 7 h 30 du matin, il n’y a personne pour me déranger et c’est idéal. Et je dois avouer que je suis très organisé.

Au-delà de l’argent, de votre visibilité à Cannes ou aux Oscars, qu’est-ce qui vous motive?

La passion et le fait de pouvoir faire découvrir des films à des gens. Et je peux vous dire qu’à titre personnel, cela fait longtemps que j’ai mis mon ego de côté.

Comment vous perçoit-on dans le métier?

Comme quelqu’un de trop hybride, je pense. J’aimerais que les gens aient envie de bosser avec moi. En tout cas, je sais avec qui j’aurais envie de travailler.

Et avec qui?

Christoph Waltz, Robert Pattinson, qui pourrait avoir le désir de réaliser, et, côté production, Ruth Waldburger.

Quel est aujourd’hui votre rapport avec Genève?

J’y suis né. J’y ai de la famille, des amis, des relations de travail. J’y repasse régulièrement, tous les deux ou trois mois.


«Goliath», seul Suisse du concours locarnais, ne démérite pas

Elle peinait à décoller, cette 70e compétition locarnaise. Du moins jusqu’au week-end où ont surgi, coup sur coup, deux films dignes d’intérêt, à savoir Charleston du Roumain Andrei Cretulescu et Lucky de l’Américain John Carroll Lynch. Et puis mardi, rebelote avec le seul film suisse du concours, ce Goliath de Dominik Locher qui traite à la fois de l’avortement et du culte du corps dans une société suisse à peine décalée. Second film d’un réalisateur zurichois connu également pour ses mises en scène de théâtre, Goliath permet aussi de prendre des nouvelles d’un jeune comédien primé aux Quartz il y a deux ans grâce à Der Kreis, Sven Schelker. Surprise, le résultat est tenu, curieusement attachant, d’une justesse de chaque séquence. Sven Schelker y fait couple avec Jasna Fritzi Bauer, qui se retrouve par hasard enceinte. Son ami le prend mal, panique et devient dès lors accro aux stéroïdes anabolisants tout en se lançant dans un programme de musculation du corps censé le rassurer dans son désespoir. La seconde partie du métrage nous montre les effets secondaires – comportement agressif, voire violent – générés par les anabolisants en question. Le réalisateur, Dominik Locher, avoue s’être inspiré de ses propres sensations pour écrire le scénario de Goliath. «Lorsque ma compagne a été enceinte de notre premier enfant, d’étranges réactions se sont déclarées en moi, me poussant à développer ma musculature. Ce n’est que lorsque j’ai tenu pour la première fois mon enfant dans mes bras qu’une forme de confiance est venue remplacer cette sorte d’insécurité primale», déclarait-il à l’issue de sa conférence de presse.

Mais la principale difficulté de ce film, c’était la performance de son comédien, puisqu’un changement physique s’opère réellement en lui. Pour cette raison, le tournage s’est déroulé en trois segments sur une période de dix mois correspondant à peu près à la durée d’une grossesse. Sven Schelker a ainsi pris neuf kilos. Nous écrivions au début que Goliath est le seul suisse du concours locarnais, mais c’est à moitié vrai. Ta peau si lisse du Québécois Denis Côté est une production minoritaire suisse (par le biais de la société genevoise Close Up Films de Joëlle Bertossa). Il s’agit d’un documentaire en immersion dans le quotidien de différents bodybuilders, ce qui nous fait curieusement retrouver le thème du culte du corps que traite Goliath. Ce dernier a-t-il des chances de se retrouver au palmarès? Franchement oui, même si l’attribution d’un Léopard d’or serait étonnante. Mais il y a les autres prix.

(24 heures)

Créé: 09.08.2017, 08h27

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