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Michel Simon fulmine pour l’éternité à travers le nombril de «L’Atalante»

La Cinémathèque présente le chef-d’œuvre restauré de Vigo. Et une intégrale.

Difficile d’imaginer sous la simplicité géniale de «L’Atalante», le cortège tordu de misères que sa réalisation a valu à son créateur Jean Vigo. Le Niçois décédait à 29 ans, en 1934, peu après avoir bouclé ce film unique. En une intégrale, la Cinémathèque salue ce fou de cinéma, si passionné qu’il se disait «prêt à ramasser le crottin des vedettes» rappelle François Truffaut. Le champion de la Nouvelle Vague classait «L’Atalante» parmi les dix plus beauxfilms de tous les temps mais la version présentée mardi à la Cinémathèque revient de loin. La preuve d’ailleurs, est exposée ces jours au Musée de Pully, avec la première affiche du chef-d’œuvre, «Le chaland qui passe». Ce titre fut imposé par les producteurs car il se référait à une ritournelle en vogue. Mais «L’Atalante» a survécu, jusqu’à retrouver sa «pureté originelle» grâce notamment à Bernard Eisenschitz. L’historien a supervisé la restauration de toute l’œuvre, désormais immortalisée en coffret Blu-ray.

Pour «L’Atalante», Eisenschitz a travaillé sur six copies. Dès sa sortie, ce conte moderne a été soumis à des «supputations de final cuts douteux». Le fameux Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française, avait même songé à un montage idéal intégrant «ces choses tellement superbes que Vigo avait retirées». La scène où Michel Simon donne une clope à fumer à son nombril tatoué, a failli elle, être carrément censurée.

L’acteur aimait raconter comment le film avait été terminé avec des chutes de pellicule ramassées ici et là, produit par un marchand de fruits aux maigres moyens. N’empêche que Vigo au montage s’ingénia à tendre à la concision la plus dense. De quoi tirer un film en creux, «Tournage d’hiver», qui rassemble les coupes voulues ou forcées. Créateur en transe et rémission, Vigo ne s’embarrassait pas de plaire. Voir le portrait que signe Jacques Rozier en 1964. Loin de l’habituel «Rimbaud du cinéma», ses amis le décrivent «anar, très farceur». Voir son «Zéro de conduite», interdit pendant 12 ans. Là encore, le critique Truffaut s’extasiait: «Pour une idée théorique, on compte neuf inventions cocasses, poétiques ou déchirantes».

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Lausanne, Cinémathèque suisse

Intégrale Jean Vigo, lu 26-me 28 nov., «L’Atalante», ma 27, 20 h 30. www.cinematheque.ch Coffret Jean Vigo, dist. Gaumont

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