Milos Forman, un géant en exil

HommageLe réalisateur d’«Amadeus» est décédé à 86 ans

Exilé aux États-Unis, Forman était devenu, depuis «Vol au-dessus d’un nid de coucou», l’un des plus grands réalisateurs.

Exilé aux États-Unis, Forman était devenu, depuis «Vol au-dessus d’un nid de coucou», l’un des plus grands réalisateurs. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est bizarrement comme acteur que Milos Forman avait laissé une ultime trace dans nos mémoires visuelles. Dans «Les bien-aimés», que Christophe Honoré réalisa en 2011, il incarnait Jaromil, un médecin tchèque tombé amoureux de Catherine Deneuve un peu avant le Printemps de Prague. Plus de trente ans plus tard, il tentait de la reconquérir et échouait. Forman acteur, c’était exceptionnel. L’homme préférait les diriger, leur faire confiance et leur donner des rôles marquants, parfois emblématiques.

Mort samedi aux États-Unis, dans le Connecticut, à l’âge de 86 ans, il faisait partie de cette nouvelle vague tchèque que la répression avait contraint à l’exil. Né le 18 février 1932 dans l’ancienne Tchécoslovaquie, très tôt orphelin suite à la déportation et la mort de ses parents dans le camp d’Auschwitz, il est d’abord ce cinéaste en rupture avec l’académisme des productions de l’époque.

«L’as de pique», Léopard d’or à Locarno en 1964, et «Les amours d’une blonde», se profilent comme des comédies. Réalisés durant les tourbillonnantes années 60, après plusieurs courts-métrages tournés à l’école du cinéma de Prague, ces films laissent paraître un sentiment de liberté. La satire s’y déploie avec un zeste de subversion, au point qu’aujourd’hui encore, ces films sont tenus pour des classiques.

Il en va de même avec «Au feu, les pompiers!» (1967) ultime film qu’il signe dans son pays natal avant de gagner Paris puis les États-Unis. Dès lors, c’est sur un autre continent qu’il se fera un nom et qu’il réalisera ses films avec un aplomb qui fera presque oublier le rebelle qu’il pouvait être à ses débuts. En 1971, «Taking Off» aborde les conflits générationnels sur fond de comédie sociale. Loin d’être son film le plus connu, il n’obtient même qu’un succès d’estime aux États-Unis. Jusqu’en 2010, année de sa ressortie, on a d’ailleurs cru à tort que son négatif était perdu.

La course aux Oscars

Un peu après, Forman change de registre et de cap en adaptant un roman se situant dans une unité psychiatrique. «Vol au-dessus d’un nid de coucou» (1975), c’est l’histoire d’un homme accusé à tort de viol (joué par Jack Nicholson) et interné contre son gré dans un établissement psychiatrique où il va entraîner les autres dans sa rébellion. Succès international, le film remporte cinq Oscars majeurs, dont bien sûr celui du meilleur film, et assoit Forman, naturalisé américain depuis 1977, comme un réalisateur de premier plan à la fois contraint au succès et à la démesure. S’il change ensuite volontiers de registre dans ses projets, notons malgré tout une obsession pour la musique, qui semble traverser plusieurs métrages sans pour autant s’assimiler à une thématique. En 1979, il s’attelle à l’impossible avec «Hair», comédie musicale culte jouée à Broadway que personne n’avait osé mettre encore en images. Le film est flamboyant et inattendu. Et son succès colossal.

Le triomphe «Amadeus»

Forman voit grand, désormais. Trop, peut-être. Sa fresque historique sur la ségrégation raciale vis-à-vis des Noirs, «Ragtime» (1981), tièdement accueillie, ne remporte cette fois aucun Oscar, malgré huit nominations. Quatre ans plus tard, il revient à une production fastueuse avec ce qui sera sans doute le plus gros tabac de sa carrière: «Amadeus» (1984). Tiré d’une pièce homonyme, le film se concentre sur la rivalité supposée entre Mozart et Salieri, l’homme qui contribua à le faire accéder à la gloire et qui est d’ailleurs le personnage principal du métrage. Pour Forman, c’est aussi le film du retour à Prague, puisque le tournage a lieu en partie là-bas. Le résultat, sans tenir du tour de force, plaît à un public pas forcément féru de musique classique et le film reçoit la bagatelle de huit Oscars et d’un nombre impressionnant de prix. Fiction historique et non biopic, «Amadeus» a marqué l’histoire du cinéma et reste aujourd’hui considéré comme l’un des cent meilleurs films américains de tous les temps.

Difficile de rebondir après une telle unanimité. En 1989, Forman adapte «Les liaisons dangereuses» avec le très beau «Valmont», mais souffre de la sortie quasi simultanée de «Dangerous Liaisons» de Stephen Frears. Puis son portrait de Larry Flint, sulfureux empereur de l’érotisme et du porno depuis les années 70, campé face caméra par Woody Harrelson, lui vaut moins de polémiques que de récompenses. «The People Vs. Larry Flint» reçoit l’Ours d’or à Berlin en 1997. Sur la même lancée, «Man on the Moon» (1999) narre la vie du comique américain Andy Kaufman, joué par Jim Carrey. Toujours à Berlin, le film repart avec un Ours d’argent. Ce biopic ne sera pas le dernier de la carrière de Forman, qui reprend le chemin des plateaux en 2006 pour une fiction autour de la vie du peintre Goya. Mais «Les fantômes de Goya» n’aura droit qu’à un succès d’estime. Forman caressait-il d’autres projets? Oui, et notamment une adaptation du «Fantôme de Munich» de Georges-Marc Benamou, jamais tournée pour des questions de budget. (24 heures)

Créé: 15.04.2018, 18h42

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.