Passer au contenu principal

«Miss Sloane avance toutes griffes dehors»

Jessica Chastain vampe la politique américaine en garce sublime.

A 39 ans, Jessica Chastain transpire le mystère des vamps d’antan, une aura à la Rita Hayworth ou Bette Davis. Jusqu’à ce bout de légende, la Suissesse Marthe Keller lui aurait donné un coup de pouce décisif. «Mais c’est vrai! sourit l’actrice. En 2005, elle m’avait vue dans une minuscule production «off-off-Broadway» de La ceriseraie, de Tchekov, elle a parlé de moi à Al Pacino, qui cherchait une inconnue pour sa Salomé… Imaginez, la semaine suivante, je décroche le téléphone, c’était Al Pacino au bout du fil!» Depuis, la comédienne a séduit Hollywood, enfilant treillis de la CIA ou combinaison d’astronaute, arborant son teint opalin sur tapis rouge. Dans Miss Sloane , de John Madden, en machiavélique stratège des lobbies de Washington, la surdouée vampe avec son roux le plus incendiaire, achète les hommes et les femmes, corromp sans vergogne. Et il y a du pur plaisir à voir une actrice voir se vautrer dans tant d’amoralité.

– Jusqu’où Miss Sloane gorille-t-il la politique américaine?

– J’ai rencontré des membres du Congrès. J’avoue que j’ignorais que ces politiciens fréquentaient les donateurs à si haute dose! Ils n’aiment pas trop en parler mais ils en voient jusqu’à trois par jour, du petit-déjeuner aux cocktails du soir, juste pour lever assez de fonds et garder leur siège. Néanmoins, Miss Sloane n’est pas un documentaire, ni une fiction absolue d’ailleurs. Le film va au-delà de la «politique politicienne». Moi, je tenais surtout à montrer comment une femme doit batailler pour survivre dans ce monde-là. Elizabeth Sloane agit en garce, avance toutes griffes dehors. mais c’est plus compliqué, il y a de la bravoure dans son ambition, dans sa «gagne» à tout prix.

– Un double jeu constant?

– Je la joue, donc je suis déjà dans cette connivence… d’autant que j’invente toujours des histoires à mes personnages. Pour justifier une réplique, pourquoi elle dit par exemple, avoir été obligée d’apprendre à mentir dès l’enfance. Et même là, à l’évidence, il y a un fossé entre ce qu’elle décide de montrer et la réalité.

– Vous créez-vous aussi un personnage public?

– C’est inévitable. La célébrité désoriente. Le nier serait suicidaire dans une industrie vouée à la création d’images. De là, par tempérament, même avec la contrainte de ce qu’il est ou pas, permis d’être, j’ai toujours aspiré à mettre mon travail en avant. Ma vie privée m’importe beaucoup, et il faut créer des limites. Sauf que je ne manipule jamais les gens. A travers un film, un discours, un geste social quel qu’il soit, l’honnêteté doit primer.

– Les nouvelles technologies n’aident-elles pas à falsifier les faits - voir Donald Trump?

– A mon avis, cela va au-delà Donald Trump, de l’Amérique. L’arrivée des réseaux sociaux modifie l’état du monde global à un point qu’il semble impossible de pouvoir améliorer la situation. Les gens ne distinguent plus la vérité dans la masse, au point de parler de «vérités alternatives»! Je ne peux qu’espérer apporter ma petite contribution à la dénonciation, aussi détestable que peut paraître la falsification généralisée.

– Etes-vous parfois victime de ces bobards?

– Je ne m’en préoccupe pas, je ne suis même pas au courant. En plus, c’est incontrôlable.

– Et dans le business, l’a priori de la «belle nana idiote»?

– Difficile de répondre sans paraître prétentieuse… Je ne pense jamais à moi en termes de «beauté» par rapport à un rôle, ce qui escamote le problème. Et du coup, j’imagine que les gens s’en fichent aussi. Bien sûr, l’apparence physique permet de générer du pouvoir. J’en ai discuté avec une membre du Congrès, une femme très sexy, les ongles peints en rouge noir, très «Girl Power». Moi, j’ai joué des personnages si différents que je ne peux pas vraiment dire avoir subi ce type d’a priori. Je n’aime pas la compétition. Parfois, il m’arrive de voir un film que j’avais espéré tourner, et de penser: «My Gosh, cette fille est parfaite, je n’y serais jamais arrivée…» Une fois que vous l’admettez, cela vous procure une incroyable sérénité.

– Mais vous bossez beaucoup…

– C’est vrai, alors que je voulais ralentir la cadence. Mais les propositions arrivent, comme des cadeaux fabuleux. Par exemple, j’avais à cœur de bosser avec des réalisatrices… De toute façon, je ne me vois pas prendre quatre mois de vacances sur une île déserte. Et encore une fois, ces projets sont si différents que ma curiosité reste entière.

– De la star sublime sur tapis rouge à la comédienne, vous y retrouvez-vous?

– Quand j’ai commencé, je n’ambitionnais rien du monde du cinéma. J’ai étudié à la Julliard School, j’ai eu une formation très classique, le théâtre, Shakespeare etc. Ce bagage est toujours resté dans mes discussions avec les réalisateurs. Je vais balancer des lieux communs, mais en général, je vous jure qu’à mes yeux, la vraie beauté triomphe sans maquillage.

Drame (USA, 132’, 12/14). VVV

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.