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Le NIFFF se met sur l’orbite Kubrick

Le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) fête «2001, l’odyssée de l’espace» en version restaurée avec le producteur du maître, Jan Harlan.

Une scène mythique de «2001, l’odyssée de l’espace», de Stanley Kubrick, sorti en 1968, qui sera présenté en version restaurée à Neuchâtel.
Une scène mythique de «2001, l’odyssée de l’espace», de Stanley Kubrick, sorti en 1968, qui sera présenté en version restaurée à Neuchâtel.
THE STANLEY KUBRICK ESTATE

Il y a cinquante ans, lors de la première hollywoodienne huppée de «2001: l’odyssée de l’espace», les messieurs manquèrent de s’étrangler dans leurs nœuds pap tandis que leurs belles roupillaient dans les fauteuils. «Stanley (ndlr: Kubrick, 1928-1999) n’a jamais oublié que ces vieux chnoques avaient failli couler le film. Ce sont les ados qui l’ont sauvé!», raconte Jan Harlan, beau-frère et producteur du réalisateur new-yorkais, d’«Orange mécanique» à «Eyes Wide Shut». Depuis près de vingt ans, l’Allemand gère l’héritage en esthète. Le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) l’accueille pour une présentation événementielle de la version restaurée de «2001, l’odyssée de l’espace». Confidences.

En tant qu’historien, votre vision de Stanley Kubrick a-t-elle changé?

Sur «2001: L’odyssée de l’espace», non, pas du tout. Rien de neuf n’a émergé sur le nœud crucial du film, nous sommes aussi ignorants qu’en 1968. Et sur le plan de la recherche… à moins que vous n’ayez de nouvelles infos sur les origines de l’homme, malgré nos plus gros télescopes, nos sondes plus perçantes, fondamentalement, nous ne savons rien de plus. L’écrivain de science-fiction Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick ont salué l’inconnu. Aucun n’était religieux, ils étaient deux agnostiques admirant l’infini de l’Univers. Arthur qui était aussi astronome, m’a confié, à notre première rencontre à New York dans les années 1960: «Même s’il n’y a qu’une planète sur un million à offrir les conditions de la vie telle que nous la concevons, il en existe des milliers habitées de formes plus simples, ou égales à l’homme, voire supérieures.»

Ce que les savants appellent sans ironie le «principe de médiocrité»?

Exactement. Un prof émérite de médecine me disait l’autre jour: «Tout ce que j’ai compris de la vie humaine, tient au verso de ma carte de visite.

L’art reste-t-il le meilleur moyen d’approcher ces mystères?

Les artistes, depuis la nuit des temps, agissent en vecteurs de connaissance. Que connaîtrions-nous des civilisations passées sans les écrivains, peintres, architectes, etc.? Les Vermeer, Picasso ou Shakespeare disent qui nous sommes avec une pertinence totale; Beethoven, Dickens, Ingmar Bergman parlent avec une modernité éternelle. Kubrick relève de cette catégorie. Au-delà, le cinéma, qui combine des formes artistiques, n’échappe pas à la règle: la plupart de ce qu’il produit est appelé à disparaître. À l’exception de Kubrick, qui laisse non seulement «2001, l’odyssée de l’espace», mais aussi «Lolita», «Docteur Folamour», etc., des classiques insurpassés.

Avez-vous ressenti sa spécificité tout de suite?

Même pas, j’étais trop jeune quand je suis devenu son beau-frère, la tête ailleurs. Et je fus choqué comme la critique et le public à la vision de «Docteur Folamour»! Les gens étaient sidérés de voir ce cinéaste qui tournait en dérision l’armée américaine, une vache sacrée à l’époque. Voyez comme de nos jours son propos trouve un plein écho. Pareil avec «Les sentiers de la gloire»! Kubrick était pessimiste sur le sort de l’humanité, sur la politique; il était convaincu que nous finirions par nous détruire, et sans donner la manière ou le calendrier, il était persuadé que l’homme irait au point de non-retour. Mais j’ai mis des années à entendre cette opinion si forte, à la confondre avec l’homme que je fréquentais en famille. Pourtant, Stanley Kubrick, comme Clarke d’ailleurs, s’il possédait une intelligence supérieure, faisait preuve d’une extrême humilité. Jamais pompeux! Il veillait en permanence à rester critique sur lui-même. Chez lui, ce n’était pas simple: comme tous les grands artistes, il n’avait pas d’autre option que de se rester fidèle, de croire à son projet avec une conviction absolue. Tenez, certains pensent que «2001, l’odyssée de l’espace» est un film ennuyeux. Quand il entendait ça, Kubrick était le premier à acquiescer sans opposer de contradiction. Bon… il était aussi heureux de voir les jeunes comprendre l’esprit du film.

Ainsi, certains matent ce film en boucle pour y chercher du sens caché. Qu’en pensait Kubrick?

Lui ne regardait jamais ses films. Il vivait dans le présent, plongé corps et âme dans le projet en cours, dans ceux qui se profilaient. Pas dans le passé.

Vous avez travaillé avec Spielberg sur «A. I.», un scénario que lui avait «légué» Kubrick. Pourriez-vous comparer leur approche?

La thématique touchait Stanley au plus haut point, il avait bossé longtemps sur ce scénario avant de l’offrir à Steven Spielberg. Il considérait qu’il serait bien meilleur réalisateur que lui pour ce conte très sombre sur l’humanité disparue sans raison. Dans ses mains, l’affaire aurait fini en petit film noir et torturé, ironisait-il.

La perception du cinéma de Kubrick évolue-t-elle?

Dans une certaine mesure, oui. Le public veut du facile à voir. Mais, au-delà, entertainment n’est pas un gros mot: «Hamlet» ou «Le mariage de Figaro» sont des œuvres très divertissantes, et le «2001» de Kubrick aussi, pour ceux qui gardent l’esprit ouvert. J’aime le mot de Picasso: «Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant.» L’aptitude à rester ouvert à des formes inédites demande un long apprentissage.

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