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Omar Sy ou la thérapie du Dr Knock

L’acteur le plus populaire de France marche sur les traces de Louis Jouvet, légendaire interprète du sévère médecin de famille. Ça vous chatouille ou ça gratouille?

CHRISTINE TAMALET

Encore décalé par l’horaire de Paris, la météo qui tranche avec le soleil californien, Omar Sy plonge ses pieds nus dans la moquette épaisse de l’hôtel Le Meurice. Relax. Le sourire lui mange le visage, énorme. Dans la France de l’après-guerre de son Dr Knock, le colosse en costume croisé en use comme d’une arme fatale. A l’origine, en 1923, pour le dramaturge Jules Romains, il s’agissait de fustiger la montée du régime nazi qui justifiait la suprématie aryenne par la science. Pour Omar Sy, le triomphe de la médecine passe désormais par la comédie, question de bon sens.

Dans cette version de Knock, on parle d’«En marche», de «Travailler plus pour gagner plus», etc. Rien sur la couleur de peau du docteur. Est-ce plausible dans la France de 1950?

Qu’il soit noir, ce n’est qu’un détail. J’ai été séduit par cette intelligence de la réalisatrice Lorraine Lévy. Passer là-dessus sans même le remarquer, sans même souligner, pour moi, c’est là qu’est la vraie avancée. Ça témoigne d’un vrai point de vue: mettre le facteur de race à égalité avec les autres différences, voilà du courage. Ça m’a fait du bien de voir que nous allions raconter autre chose. En fait, si ça se trouve, ce n’est plus de la modernité, c’est se montrer en avance sur l’époque!

Une femme sous la blouse de Knock, est-ce que ça aurait fait plus jaser?

A mon avis, cela aurait provoqué moins de remarques. Encore que… il y a débat.

Votre Knock drolatique tranche avec l’original, inquiétant et machiavélique, de Louis Jouvet. Parce que vous préconisez le rire pour thérapie?

J’avoue que je ne connaissais pas la pièce de Jules Romains, ni le film de 1951. Quand j’ai vu ça, j’ai eu peur! Un vrai Dracula, ce type. Son outil principal, c’est la peur. Alors que mon Knock pratique la séduction.

En usez-vous beaucoup au quotidien?

De la séduction? Oui, mais sans ce désir de manipulation. Du moins, je ne le crois pas. Un acteur a forcément envie de séduire, c’est intrinsèque au job. Encore une fois, si j’en abuse peut-être, ce n’est jamais avec des arrière-pensées. Sinon l’envie d’être aimé. Quand je reçois l’amour du public, je suis comblé. Non pas que je cherche à l’amener quelque part, à le pousser à penser comme moi. Non, c’est simplement cette sensation d’être aimé.

En grande star et comédienne, Bette Davis ajoutait à cela qu’«un acteur ne s’aime pas».

Ah! Mais moi, au contraire, je m’aime pas mal! (Rire)

Les Français aussi, qui en 2016, vous ont nommé comme leur personnalité préférée. Mieux qu’un César du meilleur acteur?

Ça m’épate, comme tout ce qui m’arrive aujourd’hui. Etre ici, dans un palace, rue de Rivoli… Bon, le truc avec «personnalité préférée des Français», c’est à part. Ça ne m’appartient pas, c’est le choix des gens, jusqu’à ce qu’ils votent pour un autre. Ça ne se travaille pas, je n’y peux rien. Donc c’est là, je le prends avec un plaisir énorme. Et après, comme tous les temps, ce temps va s’arrêter.

Est-ce une revanche pour le gamin de Trappes?

J’ai vécu mon enfance en banlieue mais cela n’avait rien d’atroce! Bien au contraire. Ce n’est qu’adulte, que j’ai compris que cet environnement était considéré par les autres comme défavorisé. Mais moi, j’ai eu la chance d’être choyé, j’ai bien grandi.

Malgré ces éloges, pourquoi alors dites-vous que vous vous sentez «pas légitime»?

Parce que c’est un métier, acteur. Quand j’entends les autres, ils racontent avoir eu la vocation à la vision d’un comédien, ils ont muri le truc, vécu un choc. Certains ont parfois été jusqu’au clash avec leurs familles pour monter à Paris et faire l’acteur. Leurs histoires, c’est des films! Moi, je suis un accident heureux, j’ai voulu être acteur en le faisant. En ça, j’ai l’impression d’avoir pris des raccourcis qui me rendent un peu illégitime.

Aviez-vous d’autres ambitions?

En tout cas, c’était pas ça le projet. Le dernier truc que j’avais en tête avant de jouer, c’était concret. Parce que là où j’ai grandi, il fallait travailler tôt, se débrouiller, se rendre indépendant. Alors, moi, calcul très bête, je voulais monter une boîte de climatisation en Afrique. Il fait chaud, j’amenais le froid. J’avais mis de côté les 50’000 francs nécessaires à l’époque, ça allait marcher.

Sans formation académique, comment bossez-vous un Knock, ce classique du répertoire?

J’y suis allé sans prendre le poids du rôle. Déjà parce qu’il est revisité. Pas question donc de se mesurer à Louis Jouvet, Fabrice Luchini, Michel Serrault… Je ne suis pas suicidaire, hein! Je me suis débrouillé jusqu’à maintenant pour éviter les pièges, je n’allais pas tout gâcher. Et puis, je m’en suis remis à la réalisatrice Lorraine Levy. Elle a dirigé une troupe de théâtre. J’ai fait mes classes avec elle, diction, gestuelle, tout ça. Comme un cours de théâtre, mais pour du vrai.

Donc pas d’Actors Studio pour vous qui habitez Los Angeles depuis cinq ans?

Non, j’ai juste regardé la douzaine de saisons de Grey’s Anatomy. A la Dustin Hoffman, quoi! Je rigole.

Hollywood vous monterait-il à la tête?

Pff! Les gens qui me parlent d’une carrière américaine, ça me fait marrer. Je veux dire… il n’y a pas de différence, c’est le même métier. Je choisis parmi des propositions, je picore dans ce grand buffet plein de petits-fours, je veux goûter à tout.

Vous prenez une autre image pour Intouchables, film tatoué au corps comme une cicatrice de l’appendicite. Ça chatouille ou ça gratouille?

Je chéris ma cicatrice d’appendicite, déjà ancienne. Je grandis avec elle. Intouchables a tout déclenché dans ma vie. Je n’aurai jamais envie de m’en débarrasser.

A bientôt 40 ans, vous comptez 20 ans de carrière, 10 de mariage. De quoi êtes-vous le plus fier?

De mon mariage évidemment. Mais Hélène et moi, nous nous fréquentons depuis 20 ans, depuis que j’ai commencé dans ce métier en fait. Oui, je connais ma femme depuis vingt ans, j’avais juste vingt ans. On peut dire que c’était une bonne période dans ma vie.

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Knock (Fr., 8/10, 113’) Dès mercredi. Cote: VV

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