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Le papa de Wallace et Gromit réinvente le foot avec les dinosaures

Les aieux de Wallace et Gromit ont créé le ballon rond. La preuve dans «Cro-Man». Interview de Nick Park.

Steve Cox en train d'animer la tribu pendant une partie de chasse.
Steve Cox en train d'animer la tribu pendant une partie de chasse.
PHOTOS AARDMAN
La technique stop motion progresse lentement.
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PHOTOS AARDMAN
La conception de tout ce beau monde est 100% artisanale.
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LDD
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Avec élégance, Nick Park acquiesce: «Les studios Aardman m’avaient rétrogradé, je faisais la voix sur le répondeur téléphonique. Puis ils m’ont rendu mon job!» Échappé des bureaux de production, le créateur de Wallace, Gromit, des poules fugueuses de Chicken Run et de tant de drolatiques créatures est reparti sur le terrain de la mise en scène. Cro-Man matérialise un rêve de gosse: «À 11 ans, j’ai vu Un million d’années avant J.-C., de Ray Harryhausen. Le choc! Je suis tombé dingue de ces bêtes. Je leur rends hommage avec le combat de dinosaures, l’un prénommé Harry, l’autre Ray.»

Le foot s’est greffé au pléistocène, les hommes de l’âge du bronze défiant leurs ancêtres de l’âge de pierre. «Raconter cette histoire primitive dans une texture aussi brute me semblait évident.» Que le foot soit né dans la Manchester préhistorique, entre éruptions volcaniques, mouvements sismiques et autres apocalypses de l’évolution humaine, aussi.

– Cela pèse-t-il d’être trésor national?

– Je ne me promène pas en le disant… Je me ferais couper la tête! Quand je regarde en arrière, my God! Par nature, j’aurais tendance à m’arrêter sur les beaux moments, à penser: «Ça y est, après toutes ces bagarres, nous y sommes.» Puis tout de suite, je me dis que non, il faut continuer à se battre, c’est notre force. Il y a eu les hauts et aussi les coups durs, l’incendie des studios en 2005, les heures difficiles avec Hollywood lors des partenariats avec leurs studios parfois, même si les Américains se sont cassé les dents sur nos histoires si British. Le jour où nous nous croirons arrivés, c’est alors que nous serons en voie d’extinction.

– Le succès induit-il toujours une forme de corruption commerciale?

– Franchement, ce n’est pas mon expérience. Mais… cela relève de la condition humaine, n’est-ce pas? J’y vois un danger, c’est sûr. Déjà que vous avez perdu l’élément de surprise, il devient compliqué d’échapper aux attentes.

– Parler de foot ne renforce-t-il pas encore votre individualisme anglais?

– Oh, depuis que les Américains participent à la Coupe du monde, ils se sont habitués. Je me suis accroché au concept, moi, je le trouvais original: des hommes préhistoriques maniant des massues (ndlr: «clubs») obligés de s’affilier à des clubs! D’accord, le gag ne se traduit pas. Au-delà, puisque l’Angleterre se flatte d’être le berceau du football. Bon, j’avoue… je ne suis pas passionné, pas fanatique.

– La délurée Mona joue mieux que les hommes. Shocking?

– Un peu tordu, je vous l’accorde. Mais à ce stade du récit, ce chahut avec ces éternels gamins, il fallait injecter une présence maternelle, féminine. J’étais parfois un peu seul à le penser, mais ça m’a semblé naturel d’introduire Mona. Elle avait aussi un rêve de gagne personnel. Et puis, un peu de féminisme, de respect pour le genre humain quel que soit le sexe, ne fait pas de mal. Je me méfie toujours des milieux étiquetés «mâles». De l’extérieur, avec ses discussions sans fin au pub, la bière à flots, les chants des supporters, le foot passe pour un truc macho. Mona échappe aux stéréotypes car elle condense un idéalisme exalté, un esprit foot que les fans purs partagent, que le cupide lord Noz a perdu de vue, d’ailleurs.

– Pourquoi cet affreux méchant a-t-il un accent français?

– Nous n’en avons même pas essayé d’autres. Se moquer des Français, c’est presque un trait caricatural de l’humour British, très typique en tout cas. Notez que Noz n’est pas une crapule réaliste, c’est plutôt le méchant pompeux, risible d’arrogance. Notre coproducteur Canal+ a d’ailleurs insisté pour le garder.

– Y a-t-il un message sur le Brexit?

– Absolument pas, ce projet a démarré avant les débats sur le Brexit. Je détesterais que Cro-Man devienne un outil de propagande, quel qu’il soit.

– Noz le lubrique est massé dans une scène aussi équivoque que Tony Curtis et Laurence Olivier dans« Spartacus». Pourquoi ce sous-texte sexuel tordu?

– Oh, vraiment? Ça doit être inconscient, un truc psychanalytique que je n’ai pas prémédité. Ou alors c’est la délicieuse nostalgie des interdits transgressés à demi-mot, comme dans Carry On que j’adore (ndlr: série parodiant, dans les années 60-70, les flirts de James Bond, le porno soft d’Emmanuelle, etc.) Ou les comédies Ealing (ndlr: Alec Guinness, Charles Crichton, etc.), avec cet humour sexy, cynique, polisson. Un truc de chipies.

Animation (G.-B., 99’, 6/8) Cote: ***

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