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Papy fait de la résistance

«La finale», comédie du troisième âge, offre à Thierry Lhermitte un premier rôle de grand-père. Le Popeye des «Bronzés» encaisse et se marre. L’alzheimer sur écran ne lui fait pas perdre la mémoire.

Les yeux bleus toujours assortis à ses chemises tatouent son éternelle séduction. Même, comme cette fois-ci, au téléphone. Thierry Lhermitte ne s’est pourtant jamais confondu avec les héros de ses aventures cinématographiques. Pas bronzé, pas ripoux, pas con. Le Parisien la jouerait volontiers profil bas. Et si le gentleman sort de sa retraite, c’est parce que dans «La finale», le comédien s’est régalé à jouer au grand-père pour la première fois. «Je m’habitue, je le suis déjà deux fois dans la vie. J’admets, ça fait un petit coup. Faut bien accepter.»

Jouer l’alzheimer, est-ce une manière d’apprivoiser la maladie?

J’aime cette image d’aller flirter avec ce qui fait peur. Tout me plaisait sur ce projet, le scénario m’a surpris. Ça dégageait… À force d’avoir à peu près tout vu, l’effet de surprise devient un critère essentiel. Cela n’avait rien à voir avec le fait que je parraine la Fondation pour la Recherche médicale.

D’où vous vient d’ailleurs le goût de la science?

C’est mon groove, toutes les disciplines scientifiques. Non pas que je veuille jouer à Dieu. Ce serait décevant, voyez l’alzheimer où pour le moment, il n’y a aucun progrès. Mais les chercheurs continuent, définissent des diagnostics, empilent les datas. C’est ça, la recherche, décrire à n’en plus finir pour préciser l’angle d’attaque. Donc ça avance, même s’il n’y a rien.

Pourquoi l’alzheimer fascine-t-il les acteurs?

Une histoire de trous de mémoire, j’imagine. Et je crois surtout, c’est une maladie qui, à un stade, provoque pas mal de situations pittoresques. Même si les scénaristes oublient qu’elle évolue ensuite et engendre des états catastrophiques terrifiants. Le film vous montre ébahi face à un match de foot à la télé, une euphorie qui rappelle une caméra cachée, avec votre pote tout nu sur la pelouse. C’est rare chez vous. Bon, pour un Français, 1998, la Coupe du monde, ce fut un rêve incroyable. Et ce «Surprise surprise»… j’étais effaré de voir mon copain à poil au Stade de France. Émerveillé aussi par son coup d’épate. Mais c’est vrai, je ne me souviens pas d’avoir joué comme ça la jubilation extatique au cinéma.

Avez-vous l’impression d’avoir été catalogué?

Je ne me suis pas posé la question et je n’ai rien fait pour échapper aux étiquettes.

Au fond, ça vous arrangeait?

Très franchement, je ne ressens pas de manques. Bien sûr, il y a toujours des rôles qui vous échappent, pour des questions de physique par exemple. Tiens, à 65 ans, j’ai le sentiment qu’une nouvelle ère s’ouvre devant moi. Tout ce qui m’arrive me semble inédit, alors je prends. Je découvre aussi dans ce métier où l’âge importe beaucoup, un mécanisme qui m’échappait. Je ne suis plus amorcé par les trucs qui m’accrochaient plus jeune. Je fonctionne autrement. Désormais, je veux être bluffé avant tout.

Mais cette manière de disparaître qui est la vôtre, demeure.

Déjà parce que j’aime disparaître aussi derrière les rôles. Je n’aime pas trop voir le travail du comédien, je me méfie de la louange du genre «Qu’est-ce qu’il joue bien». Attention, je respecte l’effort, la métamorphose même. Mais pas pour moi. C’est une question de goût artistique. Je ne veux pas soupçonner l’acteur dans un personnage, même si c’est bien fait. Au-delà, chacun son truc, hein!

C’est le côté performance qui vous rebute?

Tout à fait. La virtuosité ne m’intéresse pas. Un pianiste au toucher exceptionnellement véloce, ne me bouleverse pas. Je veux entendre son émotion. Que pensez-vous des «like» et amis virtuels qui construisent désormais une réputation? Effectivement, avant de le rencontrer, je n’avais jamais entendu parler de mon partenaire. Or, Rayanne Bensetti est superconnu chez les jeunes, une idole! La notoriété s’installe plus vite. Au fond, elle prend la vitesse d’internet.

Avec ses faux-semblants, non?

Sans doute. Umberto Eco l’écrivait: «Jadis, les imbéciles discutaient au bistrot. Maintenant, ils apparaissent aussi importants que des Prix Nobel!» C’est la distorsion des réseaux sociaux. Dans le temps, je m’amusais à balancer des fausses citations, Voltaire, Nietzsche etc. pour voir combien d’abrutis allaient «liker». Notez, le «c’était mieux avant», a été prononcée à toutes les époques!

Geek précoce, vous doutiez-vous de l’ampleur de la révolution provoquée par Internet?

Franchement, j’ai senti dès le début une urgence fabriquée par le moteur même de cette technologie. Et moi, je souhaitais avec ardeur que ça aille vite! Je me souviens que sur «Un Indien dans la ville», quand le gamin se promène sur les Champs-Elysées, nous avions insisté pour que les passants aient un téléphone à l’oreille. En 1994, ça faisait très science-fiction! Par contre, j’imaginais que cette énergie serait utilisée à meilleur escient, sans idée des dérives.

Suivez-vous encore les nouveaux prototypes?

Pff! Je me suis calmé, j’essaye de ne pas changer de téléphone pour quelques pixels de plus. Bien sûr, une page Internet qui met plus de trente secondes à se charger, c’est insupportable. Mais la révolution de la com’est faite, le grand saut a eu lieu, prodigieux dans les années 1980, et il n’y aura plus que des améliorations. À un moment, quand il y a confrontation avec le vivant, celui-ci impose son rythme. Je l’ai compris en partant autour du monde avec ma famille sur un bateau il y a trente ans. Être porté par le vent sous les étoiles, un émerveillement absolu.

Qu’est-ce qui pourrait encore vous étonner?

C’est dans la biologie microcosmique, champ de fouille immense de l’infiniment petit, que gît l’ultime «terra incognita». Si la pollution ne nous tue pas.

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