«Parasite» a contaminé Cannes cette année

CinémaBong Joon-ho a emballé tous les festivaliers avec son film.

Une image de "Parasite", ou la quête du wi-fi en sous-sol coréen.
Vidéo: DR

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Rarement Palme ne fut plus unanime. Depuis sa présentation à Cannes le 21 mai, «Parasite» de Bong Joon-ho ne cesse de recueillir louanges et dithyrambes. Les rumeurs de Palme d’or datent de ce moment-là. Mais il fallait encore que les jurés du festival y soient sensibles, aillent dans le même sens et confirment ce qu’à peu près tout le monde espérait.

En annonçant que la récompense suprême lui était attribué à l’unanimité – et pour la première fois de l’histoire à la Corée, comme s’il s’agissait de la Coupe du monde de foot! – le président du jury Iñárritu confirmait la suprématie d’un auteur qui attendait peut-être son heure et à tout le moins signait là son meilleur film, au cœur d’une filmographie ne comportant que sept longs-métrages. Dont un déjà montré au Festival: il y a deux ans, Bong Joon-ho fut l’un des sélectionnés cannois par lesquels la polémique s’installa. «Okja», film de science-fiction, était à la fois en compétition et produit par Netflix. D’où une impossibilité de le sortir en salles qui fit pousser les hauts cris aux défenseurs raisonnables de la chronologie des médias. On en parla pourtant très peu une fois le film projeté, médiocrité de l’objet oblige.

Strates sociales inversées

Cette année, rien de tel avec «Parasite», production classique pour un métrage qui l’est un peu moins. Mais le résumer n’est pas une sinécure, le situer non plus. La fable est pourtant évidente, du moins au premier degré, puisqu’elle oppose deux strates sociales qui finissent par s’inverser.

Entassés dans un appartement insalubre dans les sous-sols de la ville, les Ki-taek survivent en pliant des cartons de pizza et en piratant le wi-fi des voisins. Miracle, leur fils réussit à se faire engager pour donner des cours d’anglais chez les Park, une famille richissime. Petit à petit, manipulations et subterfuges font que toute la parentèle réussit à se faire embaucher. Les deux familles, pauvres comme riches, vivent dès lors sous le même toit, les uns parasitant les autres, tels ces cafards qui leur tenaient lieu de colocataires où ils vivaient avant.

Mais lors d’un week end, les choses se corsent. Pendant que les Park partent en camping, les Ki-taek se saoulent et se comportent comme s’ils étaient riches. Et dehors, l’orage gronde. C’est à ce moment-là qu’on sonne à la porte et qu’une ancienne gouvernante se pointe dans le but d’accéder à un bunker souterrain où se cache un secret qu’on ne révélera pas. Car, on l’aura sans doute compris, différents retournements ponctuent «Parasite», fable moderne et politique dissertant sur les rapports de classe, les injustices du monde et l’histoire du cinéma.

Croisée des genres

Le tout à la croisée de plusieurs genres, de la comédie burlesque au thriller fantastique, grand écart qui n’annule pas la rigueur impressionnante avec laquelle Joon-ho cadre et emballe son film, dans tous les sens du terme. La preuve dès la séquence d’ouverture, avec ce plan montrant la rue – les gens, le trafic – depuis une fenêtre qui s’avère se trouver au sous-sol, pendant que la caméra s’éloigne pour cadrer un jeune garçon fixant son portable, puis marchant dans un couloir jusqu’à ce qu’on comprenne que l’enjeu dramaturgique de cette séquence est la quête ou la recherche de wi-fi. L’élégance purement formelle dont Joon-ho procède, avec cette volonté de tout englober dans un même mouvement, est clairement une constante de son cinéma. Et cela suffit à notre bonheur.

Créé: 18.06.2019, 18h41

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Zoom: Bong, une idole en Corée

La nouvelle vague coréenne et ce qui l’a précédé. Sans prétendre détailler en quelques lignes l’histoire d’une cinématographie récente – on peut la faire remonter jusqu’aux années 50, date d’un premier âge d’or qui nous reste méconnu –, rappelons qu’elle est l’une des rares à concurrencer le cinéma américain sur son propre territoire, les films coréens faisant à peu près autant d’entrées que les blockbusters. Depuis la Palme d’or, Bong Joon-ho s’est mué en idole en Corée du Sud.

Jusque-là, il faisait marché plus ou moins égal avec Park Chan-wook, Kim Ki-duk, Lee Chang-dong ou Hong Sang-soo, dont on a tous un jour ou l’autre vanté les mérites dans ces colonnes. Citons encore le vétéran Im Kwon-taek, 83 ans et plus de cent films au compteur. Revenons donc à Bong Joon-ho, ancien étudiant en sociologie, auteur de courts et de moyens-métrages réalisés dans le cadre de son école. Il débute vraiment avec un premier long, «Barking Dog» (2000), inédit à ce jour. Suit en 2003 «Memories of Murder», qui passe pour un chef-d’œuvre, histoire de serial killer qu’on s’est promis de revisionner. Même chose pour le multiprimé «The Host», en 2006, thriller fantastique qui reste l’un des plus gros succès du cinéma coréen.

En 2009, «Mother» fait sensation à Cannes, dans la section «Un certain regard». Ce face-à-face pulsatil entre un fils et une mère qui fait tout pour l’innocenter affine cette aisance multigenres dont le cinéaste jouit aujourd’hui. On s’attardera un peu moins sur «Snowpiercer, le Transperceneige» (2013), ni sur «Okja» (lire ci-contre). Bong Joon-ho est né en 1949. Il est actuellement considéré comme l’un des plus grands cinéastes du monde.

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