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Parisiennes au bord de la crise de nerfs

Zabou Breitman filme en série «Paris etc.», jubilatoire évocation de l'esprit français au féminin. Must absolu.

La tête déjà ailleurs, Zabou Breitman, auteur de Paris etc., sa première et déjantée série télévisée, s’exclame: «Ah! Lausanne, vos merveilleux théâtres, j’aspire à y amener Logiquimperturbabledufou, un carton cet été au Festival d’Avignon!» En l’attendant en habituée de Vidy, elle s’immisce dans les salons avec sa bande de délurées Parisiennes. Loin d’un Desperate Housewives à la française, plus chic que Girls, cette chronique acide sabote les idées reçues. Ainsi, chaque épisode démarre par une tonique partie de bête à deux dos, et sans toujours impliquer des coccinelles. «Je voulais casser les codes, et le sexe en fait partie. Attraper ces personnages par leur intimité la plus profonde, ça me permettait de creuser plus loin ensuite.» Du coup, l’intrépide sort les vannes acides, les douche de tendresse, organise un méli-mélo de la vie qui pousse aux fous rires en larmes.

Il suffit de mater sa troupe. La cadette, Allison, ingénue pucelle pourvue d’un fiancé durant quelques épisodes, vient d’Alsace à la capitale apprendre la cuisine. «Cette jeune actrice, Lou Roy-Collinet, comprend tout dans l’instant. Intelligente, impulsive, faite pour jouer.» La trentaine, Mathilde flotte en âme errante. «Elle est en perdition, sa table de masseuse sur le dos, comme une tortue qui traîne sa carapace. Malgré son amant infect, un père marié, cette délicieuse petite chose ira vers la lumière.» Sa sœur Marianne claque l’écran à chacune de ses apparitions. Valeria Bruni Tedeschi l’incarne avec un culot de monstresse. Dans un tourbillon d’amants et de névroses, cette chef de clinique tente l’impossible équation de la midinette fleur bleue et de l’amazone moderne. «Dans cette opération à cœur ouvert, il fallait juste garder le cap, ne pas la laisser dériver vers la folie totale.»

En compagne de galère, Nora, cavale entre job et famille. «Et là encore, quelle chance, quelle actrice aussi! Car malgré les apparences, rien ou presque n’a été improvisé. Les dialogues, gestes, étaient très définis» sourit Zabou Breitman. Elle s’est choisi le rôle le plus dramatique, celui de Gil, ex-alcoolique. Cette bourgeoise déchue revient au foyer dix ans après avoir plaqué homme et enfants pour filer à Tahiti. «Ma génération osait prendre ces décisions radicales.» Mais si le féminisme post-soixante-huitard clignote avec véhémence ici, il ne s’agit jamais de démolir le genre masculin ou de sombrer dans le panneau de la «manif’suffragettes».

«Peut-être a-t-il fallu que papa meure, l’an dernier à 92 ans, pour que j’ose à mon tour travailler pour la télé. J’étais en train d’écrire quand le téléphone a sonné»

N’empêche. Qu’il s’agisse pour une mère de révéler sans fard le suicide de mamy à son garçon, de se faire un trip triolesque dans un palace ou de rembarrer le racisme ordinaire d’un barman paternaliste, rien n’effraie Zabou Breitman. Pourtant, même au sein de Canal, studio à l’impertinence revendiquée, ces audaces ont donné des vapeurs aux producteurs. «Au début, les commanditaires n’y comprenaient rien! Avec cette narration découpée, ces femmes qui se reliaient en points de suspension que seul le spectateur pouvait voir, les incrustations de documents d’archives… Mais moi, par expérience, je suis persuadée de l’intelligence du public, qu’il a la mémoire des sensations, le sens des indices.» Et de conclure avec une sérénité de mule butée: «Je n’ai rien lâché, il m’a juste fallu me montrer retorse.»

Zabou avant de reconquérir son nom de famille Breitman, bossa jadis pour la petite lucarne, dans les émissions babillées par Dorothée, Récré A2 etc. La petite brune, 6 ans, débuta même avec fracas dans un épisode de Thierry La Fronde, scénarisé par son père. «Peut-être a-t-il fallu que papa meure, l’an dernier à 92 ans, pour que j’ose à mon tour travailler pour la télé. J’étais en train d’écrire quand le téléphone a sonné.» Cet ADN se combine à une singularité innée. Car l’enfant de la balle, depuis 2001 et Se souvenir des belles choses, s’incruste en auteur sur les écrans, plénitude confirmée sur les planches.

Le format feuilletonesque lui offre un champ infini, d’une direction d’acteurs pointue, à un sens du montage affranchi des conventions, la réalisatrice avoue s’être royaumée. «Bien sûr, un tel tournage, avec ces 80 lieux et décors, une équipe de 200 techniciens, 2000 figurants, c’est chronophage et flippant. Mais le média télé permet de toucher à un genre, comédie, thriller, tragédie pour en sortir aussitôt et s’en amuser.» Un sourire félin. «Vous savez, les patrons de la chaîne ont vu Paris etc. Et après toutes leurs tergiversations, comme assouplis, ils ont admis s’être trompés. Ça, c’est classe.» Et c’est une Parisienne qui le dit.

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«Paris etc.» 12 x 30’. Canal Plus en nov., DVD dès déc.

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