«Passengers», seuls dans l’infini interstellaire

Science-fictionLe thème de la dérive spatiale est abordé sous un angle inédit.

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«Dans l’espace, personne ne vous entend crier», c’est bien connu. La phrase, qui servait d’accroche sur l’affiche française d’Alien de Ridley Scott en 1979, demeure valable pour la plupart des films se déroulant dans l’espace. Mais point besoin de monstres ou de menaces extraterrestres pour amplifier la terreur claustrophobe due à un isolement prolongé loin de tout dans le Cosmos. Après Seul sur Mars de Ridley Scott (tiens, encore lui!), qui montrait un homme survivre abandonné de tous sur la planète rouge, c’est au tour de Passengers de décliner le thème dans une direction tout à fait inédite.

Soit un immense vaisseau spatial, dans un avenir proche. A l’intérieur, 5000 passagers en état d’hibernation pour une période de 120 ans, durée du voyage. Leur destination? Une planète lointaine qu’ils vont coloniser dès leur arrivée. Le vaisseau a été programmé pour ce long périple et, en principe, tous les cas de figure ont été prévus pour qu’aucun accident ne survienne.

Sauf que ce long silence cosmique va être perturbé par une pluie de météorites qui provoque un petit court-circuit. Pas grand-chose, certes, mais assez pour que l’une des cabines d’hibernation se détraque. Et qu’un homme se réveille. Malheureusement, 90 ans trop tôt. Et sans espoir de pouvoir se rendormir. En clair, une vie à attendre la mort dans une tranquillité stellaire où rien ne se passe et dans laquelle son seul interlocuteur est un barman robotisé. De cette angoisse naît l’oppression. Avatar revu et corrigé de Robinson Crusoé, Jim – c’est son prénom – n’a rien à apprendre ni à échanger.

La perspective de sa solitude, de la monotonie qui l’attend, du néant et du vide, va l’amener à commettre l’irréparable. A savoir réveiller quelqu’un d’autre, une jeune femme écrivain, Aurora, dont il s’est épris en l’observant hiberner.

Cette thématique de l’isolement spatial est inhérente au genre et se retrouve dans (pratiquement) tous les films de science-fiction. Mais c’est surtout l’une des premières fois, dans Passengers, qu’il est tenu compte non pas seulement de l’éloignement, mais essentiellement de la durée. Ce facteur-là est important puisque l’espace, comme on le sait en gros depuis la relativité d’Einstein, est avant tout du temps.

Et que l’angoisse, ici, provient non pas de la survie dans un lieu éloigné de tout mais du temps que prend (ra) le voyage qui conduit les protagonistes vers leur destination. D’autant plus que le vaisseau a tout d’un hôtel de luxe, même si les deux personnages en sont les seuls occupants réveillés et qu’ils n’y manquent de rien pour subsister.

Sentiment de plénitude

L’idée est forte, sans doute trop pour un long-métrage qui s’égare un peu en route avec une love story un rien gnangnan et prévisible entre Chris Pratt et Jennifer Lawrence. Forte et rarement exploitée dans le cinéma de S.-F. Effleurée dans les sagas telles que Star Wars ou Star Trek, abordée sans solution de continuité dans les différents volets d’Alien (le second débutait ainsi 57 ans après le premier), utilisée dans La planète des singes et ses séquelles. Mais sans ce sentiment de plénitude que suggère par instants ce Passengers signé Morten Tyldum. Une plénitude qui repose aussi sur des décors très beaux, sans futurisme exagéré.

Il y a quelque chose de calme dans ce film, un refus de l’efficacité (lire ci-contre) qui finit par trancher avec le tout-venant de la S.-F. telle que le cinéma la pratique le plus souvent. Avec, peut-être, quelque part, un hommage calfeutré à Kubrick, qui n’est jamais très loin lorsqu’on aborde l’idée d’infini.

Créé: 28.12.2016, 08h31

Au rythme du temps

«Passengers»
SF (USA, 117’)

****

On est peu habitué à des productions de S.-F., avec gros budget et effets à la clé, aussi calmes, zen et reposantes. Normal, puisque tout le monde ou presque dort dans Passengers. Contrairement à tous les films du genre, ce long-métrage cultive un refus de l’efficacité qui fait paradoxalement son charme et sa force. Un lieu unique – superbe décor entièrement construit en studio –, une poignée de personnages, aucune séquence introductive, et un temps par définition impossible à mesurer. A l’image de ce qu’elle raconte, la mise en scène est discrète, s’attarde sur des détails, dévoile voluptueusement les machines composant le décor.

Quant au héros du film, confronté à sa solitude, il est contraint de répéter rituellement chacun de ses gestes et actions, au rythme du temps qui passe. Ce sont ses répétitions qui, comme dans Un jour sans fin, donnent le tempo de ce Passengers bien huilé et crédible dans sa construction. La seule réserve, c’est l’histoire d’amour qui se développe en seconde partie du film, plus convenue et moins palpitante que le reste d’une intrigue qui parvient constamment à surprendre.

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