«Plaire, aimer et courir vite», incurable maladie d’amour!

CinémaLe nouveau long-métrage de Christophe Honoré est son plus réussi.

Vidéo: YouTube/AD VITAM

Les rôles principaux sont tenus par Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps, deux acteurs au zénith.


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«Plaire, aimer et courir vite». Les vertus programmatiques du titre augurent d’un film pieusement structuré en trois actes, au déroulé classique et normatif. Le film de Christophe Honoré sait heureusement dépasser ce simple cadre scolaire pour aller arpenter les zones moins confortables d’une fiction qui aime souvent quitter sa réserve.

Comme dans toute histoire d’amour, tout débute par une rencontre. L’un est Parisien et écrivain. Il se prénomme Jacques, a un jeune fils et la trentaine finissante. L’autre est Rennais et étudiant. Il s’appelle Arthur, a la vingtaine et connaît mal Paris. C’est dans le noir qu’ils se croisent pour la première fois. À l’intérieur d’un cinéma. Le dialogue - échange de mots serait plus juste - est improbable, ne laisse rien transpirer d’une drague. De ce «love at first sight» au fond très flaubertien émerge une vague promesse, celle d’un rendez-vous incertain, et en tout cas pas d’un moment de sexe sauvage comme le contexte le laisse entendre au départ.

Cette part romanesque, voire romantique (mais n’abusons pas), Christophe Honoré ne l’aura jamais aussi bien gérée que dans ce nouveau long-métrage, sans hésiter son meilleur. Entre les deux hommes qu’il filme et met en scène, la relation n’est jamais fluide ni prévisible, preuve que l’amour, quel que soit le sexe qui l’incarne, ne peut au fond éclater qu’en empruntant des chemins de traverse, loin des grands boulevards tracés par les thuriféraires du scénario. Et c’est peut-être parce que l’affaire se joue à trois, au fond. Avec sur la tête des deux héros du film le spectre de ce sida dont Jacques est atteint et qui mine projets et envies avec une détermination glaciale. Nous sommes en effet au début des années 90, même si peu d’éléments le rappellent – l’absence de téléphones portables et une BO en forme de best of de la décennie 85-95 avec des tubes de Massive Attack, Prefab Sprout et on en passe –, et cette donne confère au film un statut historique.

Deux acteurs au sommet
D’où la comparaison que certains en firent avec «120 battements par minute» de Robin Campillo, pourtant très différent, ne serait-ce que par son aspect militant et son souffle dicté par la menace d’une tragédie à venir. Rien de tel dans «Plaire, aimer et courir vite», sinon que deux garçons s’aiment et sont les rois du monde. Encore que cela ne soit pas si évident. La passion ne coule pas à flots dans le film, la différence d’âge impose de la retenue, des divergences de comportement et des maladresses qui petit à petit peuvent mettre en péril ce qui se joue. Il faut tout le talent de Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps, les deux acteurs du film, ainsi que celui de l’homme qui les dirige, pour fabriquer du liant là où il ne devrait y avoir que heurts, problèmes et cas de conscience.

Contrairement à l’union de ces deux héros, «Plaire, aimer et courir vite» conserve une fluidité sans céder à la souplesse. La passion qui innerve cette histoire d’amour ne se réduit pas au décorum des rituels amoureux. Elle les dépasse en les réinventant. Dans cet ordre d’idées – et la fin du film, que nous ne révélerons pas, le prouve –, il n’y a jamais rien d’attendu dans l’enchaînement des séquences, de la première nuit d’amour à la révélation de certains mensonges.

Boudé au palmarès
Le récit, qui procède par accélérations puis coups de frein, à l’image de cette maladie dont il ne fait pas matière à thème, semble d’une liberté enivrante, jamais gêné par ce qu’il raconte ni par les accords souterrains qu’il met en exergue. «Plaire, aimer et courir vite» est un film d’amour qui devrait faire école tant tout y est à sa place. Injustement boudé au palmarès cannois, où Christophe Honoré concourait pour la deuxième fois (après «Les chansons d’amour» en 2007), le film mérite un triomphe. (24 heures)

Créé: 22.05.2018, 19h00

Un cinéaste imprévisible

Son parcours est tout sauf traditionnel. Né en Bretagne en 1970, Christophe Honoré étudie les lettres et le cinéma à l’Université de Rennes. Dès 1995, il s’installe à Paris où il écrit alternativement des livres pour enfants, des romans, des pièces et des critiques de cinéma, notamment aux «Cahiers». La réalisation va naturellement suivre. D’abord avec un court-métrage, en 2001, puis un premier long, «17 fois Cécile Cassard», l’année suivante. Dans sa filmographie, la monotonie n’est jamais de rigueur. Il passe de la comédie musicale («Les chansons d’amour», 2007) au drame entrelardé de scènes pornos («Homme au bain», 2010), d’adaptations d’Ovide («Métamorphoses», 2014) à la Comtesse de Ségur («Les malheurs de Sophie», 2016). Cinéaste de l’imprévisible et de la justesse, il fait partie des grands du cinéma français.

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