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«Le point de départ de «1917», c’est mon grand-père»

Tout juste auréolé de deux Golden Globes, «1917» est une proposition de cinéma forte signée Sam Mendes («American Beauty», «Skyfall»).

Une image des tranchées qu’on découvre dans le film.
Une image des tranchées qu’on découvre dans le film.
DR

Il y a tout juste vingt ans, Sam Mendes faisait une entrée remarquée dans le monde du cinéma avec «American Beauty». Après une incursion dans l’univers de James Bond («Skyfall», «Spectre»), il revient avec 1917, un voyage immersif, viscéral et impressionnant au cœur de la Première Guerre mondiale, filmé comme un long plan-séquence. Un projet personnel dont il signe pour la première fois le scénario.

Ce film est inspiré par des anecdotes de votre grand-père, à qui le film est dédié…

Ce sont des histoires que mon grand-père me racontait quand j’avais 11 ou 12 ans, il y a une quarantaine d’années. L’idée d’en faire un film ne m’est venue qu’il y a deux ou trois ans. Une de ces histoires parlait d’un homme qui devait délivrer un message. Ça a été le point de départ. J’avais le sentiment que ça me permettrait de créer quelque chose de plus épique, mais je n’étais alors pas sûr de la manière de le raconter au sein d’une guerre au final très statique. Le travail a donc été de trouver un moment dans la guerre au sein duquel il était possible de faire un voyage. J’ai fait un tas de recherches puis j’ai découvert ce moment où, en 1917, les Allemands se sont retirés sur la ligne Hindenburg (ndlr: un vaste système de défenses et de fortifications au nord-est de la France qui a joué un grand rôle lors de la Première Guerre mondiale). Tout à coup, ça devenait possible de construire une sorte de voyage à travers des paysages différents, des atmosphères changeantes… J’ai construit quelque chose qui s’apparentait à un traitement puis je suis allé voir Krysty Wilson-Cairns (ndlr: coscénariste), avec qui j’avais déjà travaillé avant. Nous avons parlé pendant une semaine puis je l’ai envoyée loin pour faire le sale boulot (rires). Elle a construit les choses et les a transformées en scénario. Puis je suis repassé dessus. Ça a vraiment été une collaboration au jour le jour, des mois de préparation. Krysty a été là pendant tout le processus. Tous les jours sur le tournage. Il y avait une vraie unité.

Pourquoi est-ce que ça vous a pris autant de temps d’écrire votre premier scénario?

Bonne question! Premièrement sans doute parce que je ne me considère pas comme un très bon auteur. Mais le fait de passer cinq ans dans la même pièce que des auteurs pour les films de la série Bond à construire quelque chose à partir de rien m’a sans doute donné un peu de courage. Je n’ai pas écrit ces films, mais j’étais clairement là à leur origine. Je me suis donc dit que je pouvais y arriver. Ensuite, c’est un film qui ne contient pas beaucoup de dialogues. J’ai donc surtout eu le sentiment d’écrire une description du film que je voulais faire. En tant que réalisateur, j’ai toujours estimé mon habilité à rester détaché de l’écriture pour pouvoir juger de ce qui fonctionnait ou pas. Lorsque vous devenez vous-même impliqué, c’est plus compliqué de rester objectif. Mais avec ce film, à cause de la nature de ce projet, du fait que c’était personnel, j’avais le sentiment que c’était à moi de raconter cette histoire.

«Avec l’arrivée des caméras digitales, je pense qu’on va développer une autre grammaire pour les films»Sam Mendes, Auteur de «1917»

Les deux acteurs principaux du film sont peu connus du grand public. Avez-vous ressenti une pression pour choisir des acteurs plus connus?

Non, grâce à Dreamworks et Universal. En fait, lorsque vous possédez un scénario et que les studios n’ont pas payé pour, ce qui est une première pour moi, vous en avez le contrôle. Vous pouvez donc aller vers les studios et exposer ce que vous voulez faire, à quelles conditions, tant au niveau du budget que du casting. Nous avons donc choisi les meilleures conditions. On a aussi été vers Universal et Dreamworks en partie parce que j’avais déjà travaillé avec eux. Je me sentais en sécurité là-bas. On m’a quand même suggéré que ce serait une bonne chose qu’il y ait quelques têtes connues dans le film, mais j’y travaillais déjà avec Colin Firth par exemple, simplement parce que c’est un bon acteur. Je voulais que la relation du public avec les personnages centraux soit nouvelle.

Est-ce pour immerger le spectateur que vous avez décidé de filmer en un plan-séquence? Du point de vue des soldats?

Oui. D’une certaine manière, chaque décision prise l’est en fonction du public. Mais ce n’est pas non plus totalement du point de vue des soldats. Parfois, vous souhaitez que le public puisse comprendre la géographie, les distances, les difficultés physiques. D’autres fois, vous voulez comprendre leur paysage interne. La chorégraphie entre la caméra, les personnages et les paysages, qui bougent constamment, était le langage particulier de ce film. Mais à l’intérieur de ça, nous ne voulions pas que la caméra soit trop présente. Elle ne fait rien de fou. Ça va avoir l’air prétentieux mais je pense que vous ressentez la vie à travers un long plan continu. Ce sont les films qui sont faux. Le langage cinématographique est devenu la norme, pas à cause de la manière dont le cerveau fonctionne mais à cause de la manière dont les caméras fonctionnent. Elles sont trop lourdes pour bouger et les bobines de films ne durent que cinq ou dix minutes puis vous êtes obligé de couper, même si vous ne voulez pas. Avec l’arrivée des caméras digitales, je pense qu’on va développer une autre grammaire pour les films. Je ne dis pas que tous les films seront faits en plan-séquence, mais je pense qu’il y aura plus facilement des longs plans.

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