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«Moi, prof? Vous plaisantez!»

Maître Guillaume Gallienne donnait une master class jeudi à Prilly dans le cadre de Ciné-Festival.

Guillaume Gallienne à Prilly jeudi dernier. «Je suis dans la transmission en permanence, je trouve aussi du plaisir à ne plus être le sujet.»
Guillaume Gallienne à Prilly jeudi dernier. «Je suis dans la transmission en permanence, je trouve aussi du plaisir à ne plus être le sujet.»
PATRICK MARTIN

Guillaume Gallienne passait par Prilly jeudi, invité par Ciné-Festival à donner une master class. Maître de classe, le job l’amuse, nouveau répertoire pour lui qui joue à la Comédie-Française, s’active à l’Opéra de Paris, réanime les grands écrivains dans Ça peut pas faire de mal le samedi sur France Inter. Fantasque et impétueux, cet aventurier des lettres trouve même le temps de tourner au cinéma. Voir Maryline, sa deuxième mise en scène après le triomphal Les Garçons et Guillaume, à table!, présentée en avant-première après son cours magistral, jeudi soir.

Que voulez-vous transmettre dans ce genre d’exercice?

Oh, rien de pompeux. Moi, prof? Vous plaisantez! Tenez, je pars en décembre pour six mois aux Etats-Unis, à l’Université de Princeton. Je vais donner un cours en français sur le sentiment amoureux. Ces étudiants, pas seulement les Américains d’ailleurs, considèrent la relation amoureuse trop chronophage par rapport à leurs études. J’ai envie de les pousser à ouvrir une fenêtre sur ces troubles qui débordent d’une application sur un téléphone, relèvent d’une performance indicible, ne se résorbent pas en un Tweet. En somme, l’époque vit la défaite des adjectifs, la victoire de l’anecdote.

Mais ces étudiants, vous les croyez si peu amoureux?

Ils savent tout de la pornographie sur Internet, ils bossent comme des dingues pour réussir, puis se défoncent le vendredi soir et là, éventuellement, ils niquent. C’est assez triste. Avec Marivaux, Musset ou Racine, du vers, du tragique, du tragicomique, ils vont voir ce que c’est que d’aimer.

Qu’attendez-vous de l’expérience?

Je n’attends jamais rien. J’aime trop le présent. Je me méfie trop de la satisfaction complaisante, de la vie programmée. Débattre, ça me change. Je viens de mourir trois ans sur scène avec Lucrèce Borgia… l’acteur est épuisé.

D’où vient d’ailleurs cette passion pour l’ampleur des classiques?

De Proust. L’élasticité du temps et de l’espace, le mélange de fiction et réalité, tout me vient de là, de Proust. Une gourmandise de dingue que ce snobisme évangélique! Avec la truculence rabelaisienne, la grivoiserie de la fin du Moyen Age, début de la Renaissance. Mettez Proust en un Tweet, cela devient «longtemps je me suis couché de bonne heure». Stop. Avec trois petits points, peut-être.

«L’acteur» comme sujet en soi, une autre obsession?

Il me passionne, et bien sûr, ça se voyait dans mon premier film. Avec Maryline, le second, je me penche sur une femme qui n’a pas les mots pour se défendre.

Et quelle violence d’ailleurs, dans ces coulisses de théâtre et cinéma.

Je montre ces humiliations, d’une grande violence. Mais attention, seulement pendant un tiers du film, pour pouvoir ensuite, y opposer la compassion. J’ai suivi la formule du Japonais Junichirô Tanizaki, «L’or n’est jamais plus beau que dans le noir». Cette héroïne devient si lumineuse malgré ses «dossiers» pesants. Comme un petit oiseau, elle s’en libère.

Cet héritage névrotique ne type-t-il pas les stars, de Norma Jeane à Romy Schneider?

Pas plus que nous! Si nous creusons un peu nos âmes, nous avons tous le même cœur. La différence, c’est que chez les artistes, cela s’exacerbe et se dévoile. La position de l’acteur dans le monde y incline.

Extérioriser la douleur, pour se l’approprier?

Je ne sais pas. Je n’ai jamais vraiment été massacré par un metteur en scène. J’avais le verbe facile pour contrer mes autres handicaps. Les mots peuvent tuer, les mots peuvent sauver. Chacun sa défense. Moi, j’étais hautain face à l’agresseur. Certains le prennent par au-dessus, d’autres par en dessous. Je me suis défendu entre arrogance et panache.

Notez, l’arrogance sans panache, c’est très con. Parfois aussi, se taire devient la réplique la plus désarmante. Tenez… j’ai donné des cours dans une classe défavorisée à Argenteuil, des gamins qui avaient très peu de diction et rêvaient de pouvoir s’exprimer. Cela engendrait une violence inouïe. Pourtant, le comble dans cette brutalité pour moi, était l’apanage des silencieux. Leur mystère me touche à un point de sidération! Je n’ose même pas imaginer la partie immergée de l’iceberg, ça doit être dingue.

Comment vous définir de la scène à l’écran, en passant par les ondes?

Disons, peut-être, que je suis un raconteur d’histoires. Je ne suis peut-être pas un très bon inventeur. Pas pour l’instant, du moins. J’ai envie de témoigner de mes émotions d’aujourd’hui, en ce monde. Et puis, comment pourrais-je écrire? Je lis les plus grands auteurs du monde (ndlr. Notamment dans l’émission «Ça peut pas faire de mal») et ça rend très humble. Ils m’emmènent si loin, si haut! Notez, c’est pareil avec les acteurs. Parfois, ils vous embarquent dans des cadres, des paysages incroyables, des mondes qu’ils réinventent.

Quel hommage, d’ailleurs, à Vanessa Paradis dans Maryline.

C’est Cendrillon, une grande dame, la bienveillance incarnée qui peut sauver une vie en si peu de temps.

Avez-vous bénéficié de tels anges gardiens?

Oh, plein! Des fées, des magiciens, ah oui! Je ne crois pas les attirer mais j’ai su, et aimé, les recevoir. Par audace, courage, curiosité ou pertinence. Et parfois, juste parce que j’ai su me faire entendre.

Comme Lewis Carroll persuadé qu’une fée meurt à chaque fois qu’un enfant ne croit plus en elle?

Oui, oui,.. J’ai un ami moine qui est devenu prêtre. Lorsque l’archevêque orthodoxe l’a ordonné, il lui a dit: «Ne te considère pas comme un maître de la foi mais un serviteur de la joie». Il faut quand même cette humilité pour être à l’écoute des bonnes fées. Il faut faire gaffe.

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