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Quentin Dupieux fait son lit avec «Le Daim»

En ouverture du NIFFF, la nouvelle absurdité du cinéaste français embarque l’acteur Jean Dujardin dans son délire.

Jean Dujardin en improbable psychopathe dans «Le daim». L’innocence peut-elle porter les franges?
Jean Dujardin en improbable psychopathe dans «Le daim». L’innocence peut-elle porter les franges?
DR

Cela n’a aucun sens et c’est probablement pour cela que personne ne le souligne, mais Quentin Dupieux a le même prénom que Tarantino. Le Français et l’Américain ne partagent pourtant pas que leur nom de baptême et il ne s’avère pas très difficile de repérer d’autres points de contact, plus signifiants. Même goût pour une culture pop-trash à l’humour sauvage, même préoccupation musicale – plus pointue chez Dupieux qui s’est fait d’abord connaître comme DJ sous le pseudo de Mr. Oizo, auteur de l’incroyable succès du titre «Flat Beat» boosté par ses basses brutalistes et un clip à peluche jaune en 1999. Mais ce qui les rapproche les distingue aussi.

Dans son dernier film, «Le daim», présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs de Cannes et film d’ouverture du futur NIFFF (lire encadré), le personnage d’Adèle Haenel, serveuse qui s’entraîne au montage, assure à sa nouvelle connaissance, un Jean Dujardin parfait en ahuri légèrement mystérieux, qu’elle s’est amusée à réordonner le «Pulp Fiction» de Tarantino pour lui restituer son déroulé chronologique. Son appréciation du résultat ne fait aucun doute: «C’est nul.»

Le constat tient évidemment du commentaire sur l’art du montage, dimension primordiale de toute œuvre cinématographique qui prétend à l’excellence. L’ironie dévastatrice d’un Quentin Dupieux coutumier du fait n’interdit pas de penser que le jugement creuse une veine plus profonde tant sur l’évaluation de Tarantino que sur la question des complications scénaristiques, formalisme un peu vain quand il n’est pas au service d’un propos.

De la longueur des franges

L’interprétation est d’autant plus aisée que «Le daim» ne s’encombre pas de sophistications narratives, en maintenant une progression linéaire pour conter les aventures de Georges en déréliction (Jean Dujardin), échouant dans un village de montagne non sans avoir acquis, lors de son périple, une impressionnante veste en daim dont la taille trop courte est inversement proportionnelle à la longueur des franges. Le vêtement acquis à prix d’or mais avec un caméscope en bonus ne se contente pas de servir d’armure narcissique à un ego démuni. Il prend le dessus, du moins dans la tête de son acquéreur, ce qui a permis au promoteur de décrire le film ainsi: «Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.»

Le projet en question consiste à se débarrasser de toutes les vestes de la planète pour s’assurer de l’hégémonie d’un «daim» peu indulgent envers ses congénères. Dans l’enchaînement des mensonges dans lesquels s’enferre Georges, l’entreprise, dont on ne sait si elle relève d’une convergence parasitaire ou d’une association symbiotique, se doublera de la réalisation d’un film, grotesque ou effrayant – cela dépend du point de vue –, que le personnage de Jean Dujardin tourne à l’aide de sa petite caméra.

L’occasion, pour Dupieux, de réactiver une obsession aussi ancienne que son premier long métrage («Nonfilm» de 2001). Le réalisateur raffole en effet des mises en abyme, des jeux de miroirs entre le film qui est en train de se faire et celui que l’on est en train de voir ou encore des paradoxes d’une fiction qui s’infiltre dans le réel («Réalité»).

«Le Daim» bien pelé

Dans le cas du «Daim», œuvre qui se distingue dans sa filmographie par sa sobriété, sa tenue dramaturgique, l’insistance est plutôt donnée à la pratique d’un cinéma amateur, forme la plus adaptée pour exprimer la démesure, l’inadaptation, la divergence et donc la folie, dans une société qui se meurt de conventions. «Je n’ai pas envie de devenir professionnel, le problème c’est que le mot «amateur» est glauque, il ne fait pas rêver. Mais je crois que mes films sont un peu intéressants car ils sont créés de cette manière», assurait Quentin Dupieux à Konbini en 2013 lors de la sortie de «Wrong Cops», film encore dans sa période américaine.

S’il a toujours joué des écarts et des étirements entre l’absurde et la vraisemblance, le Français de 45 ans affine ici les contrastes et parvient ainsi à instiller une inquiétude plus sourde, plus ambivalente également. Après avoir déjà expérimenté le «cinéclash» entre comédie française et bizarrerie nonsensique («Au poste!»), ce roi de l’absurde qui s’est parfois estimé «le meilleur cinéaste de sa génération», démontre qu’il sait aussi se fondre (fallacieusement) dans un certain classicisme. Dans «Le daim», il y est grandement aidé par un Jean Dujardin impeccable qui, après Chabat et Poelvoorde, vient y pervertir sa touche mainstream.

«Le daim» (Fr., 77’, 16/16). Cote: *** Sortie en salles le me 10 juillet.

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