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«Il n'y a qu'une reine et c'est moi»

Dans «Bohemian Rhapsody», l'acteur Rami Malek mord à pleines fausses dents dans l'icône de Queen. Tendre.

À l’origine de «Bohemian Rhapsody», l’humoriste Sacha Baron Cohen devait se mouler dans le futal de Freddie Mercury (1946-1991). Autre «coït interrompu», le cinéaste Bryan Singer, bien que crédité, a été viré et remplacé par Dexter Fletcher avant de pouvoir conclure. Même le comédien Rami Malek, qui mord à pleines fausses dents dans la légende, a failli tout plaquer. Au final, souverain dans ce biopic qui arrachera des larmes pour services rendus à Sa Majesté, le ténébreux siffle du bout de son palais singulier: «Il n’y a place que pour une reine hystérique ici, et c’est moi!»

Au fond, Queen ne serait pas Queen si les «bad boys» qui régnèrent à la fin du siècle dernier ne laissaient dans le sillage de 350 millions d’albums vendus un nuage de poudre trash et de provoc à titre posthume. Les fans peuvent se lamenter en experts de la partition conforme, regretter le manque d’indiscrétions de vestiaire, souligner les entorses chronologiques. Pour ces détracteurs, la frilosité se manifeste en une scène de drague, quand le néophyte Freddie Mercury balance une timide œillade à un camionneur dans une arrière-salle glauque. Le geste musical le voit plus souvent ronronner avec ses chats, fidèles compagnons de féline solitude, ou ruminer son grand amour platonique pour Mary sa fiancée.

Le refus de flamboyance sous la ceinture se répercute sur la vision d’une icône queer peu militante pour la cause homosexuelle, contre le fléau du sida qui commence à frapper vers 1983. Oh, shocking? Non seulement elle traduit un air d’époque mais aussi l’humeur cinglante du bonhomme: «Je refuse de devenir leur poster boy!»

Le mystère Mercury résiste, comme son génie imparable à embarquer les foules dans ses délires. «Je me sens alors à ma place, dans mon destin», note le chanteur de «We Will Rock You». La mise en scène n’hésite pas à «copier-coller» ces morceaux d’anthologie sur plusieurs dizaines de minutes. Des anecdotes ressurgissent. Voir le batteur Roger Taylor (Ben Hardy) jeter des pièces de monnaie sur ses fûts ou s’époumoner dans le chant du coq Galileo. Voir le bassiste John Deacon (Joseph Mazzello) calmer la boxe des ego en un accord de «Another Bites the Dust». Ou le génial Brian May (Gwilym Lee) et sa tignasse de Roi-Soleil briller dans l’ombre des «rewriters» surdoués.

Malek excelle

Dans la photo de groupe, un talent prend toute la lumière. L’acteur Rami Malek excelle à harmoniser son faciès bizarre à la tronche de Mercury. Repéré pour son étrange regard aux cernes bluesy sous la capuche de «M. Robot», l’Anglo-Égyptien, stigmatisé comme Freddie Mercury, Parsi de Zanzibar, tient son sujet. Et pas seulement pour ses prothèses dentaires, ses gymnastiques zippées de près au grand dam des censeurs de la BBC, ou d’organe vocal remixé.

Conquérant son Mercury en folle diva emplumée, gueule d’ange ou voyou brisé, Malek semble sous l’empire. Pour l’anecdote, la séquence du Live Aid à Wembley en 1985 a été tournée d’une traite. Rien que pour ce shoot d’adrénaline, «Bohemian Rhapsody» mérite les applaudissements.

Biopic (USA, 135’, 8/12) Cote: ***

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