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Renée Zellweger joue les rappels

L'actrice connaît le répertoire du conte de fée pailleté qui dégringole. La preuve dans «Judy», vie d’artiste.

Judy Garland, 47 ans dans «Judy», saisie au crépuscule de sa vie, en 1969.
Judy Garland, 47 ans dans «Judy», saisie au crépuscule de sa vie, en 1969.
PATHÉ

À quoi pense Renée Zellweger quand elle dévisage Judy Garland dans le miroir de sa loge durant le tournage de «Judy»? Saisie au même âge que son modèle, la comédienne pèse sans doute de ses 47 ans l’irréparable outrage. Tout comme l’artiste peut-elle maudire ce public cruel et vampirique, ces «babouins incultes» comme la chanteuse d’«Over the Rainbow» les insulte un soir de brouillard médicamenteux au Town of the Hall de Londres. Évalue-t-elle la rançon de la gloire, de liens familiaux esquintés en amitiés rongées par les jeux de dupes?

À y repenser, Renée Zellweger n’a pas été forcée de bosser trop dur pour décrocher Oscar et Golden Globe. Les bonheurs fragiles et solides revers de Judy Garland (1922-1969), 8e meilleure actrice de tous les temps selon l’American Film Institute, elle connaît et les fait siens.

Jadis la gamine au nez retroussé de franche sincérité a elle aussi bousculé les codes hollywoodiens. Incarnation de la génération Bridget Jones au tournant du siècle, Renée Zellweger a le chic pour laver son linge sale en public, culottes aux élastiques distendues sur des rêves de midinette trop larges, envies de prince charmant englouties dans des orgies au taux de glycémie inavouable, pressions sociales qui la gonflent comme un cake dodu au four.

C’est un temps que les moins de 20 ans peuvent à peine connaître, où la saga de Miss Jones s’écrit en mails sur l’écran, missives modernes même si elles ne balancent pas encore ton porc. Dans les années 30, Judy Garland subit un régime moins drôle, affamée par les studios de la MGM qui la bourrent d’amphétamines et de barbituriques pour que la petite fiancée de l’Amérique rentre dans les corsages de Dorothy, l’héroïne du «Magicien d’Oz».

Veiné de rudesse européenne par des aïeux nordiques et même saint-gallois, autant que de l’obstination pionnière des conquérants du Nouveau-Monde, le talent de Renée Zellweger s’impose lui aussi à la dure. Séduisant les auteurs, tombant les oscars comme les mecs stars, la petite au mètre cinquante atypique s’étourdit dans la plus banale des fables hollywoodiennes. Comme Judy et ses cinq maris, la délurée accumule les liaisons flambeuses et finit toujours par se consoler dans les bras du public.

Voir cette magnifique scène de «Judy» où un couple d’homosexuels, fans purs et durs, la recueille dans leur humble «sweet home» londonien. En 1968, les révolutions sociales peuvent battre aux barricades des capitales, l’homophobie et le sexisme résistent. La comédie musicale de Rupert Goold, venu du théâtre, manque cruellement de ces moments incisifs qui soudain, cadre une trajectoire somme toute déjà vue dans un contexte historique éloquent.

Une reconstitution soignée

Très soigné dans sa reconstitution décorative, le biopic classique ne s’encombre d’ailleurs pas de métaphores trop profondes. Judy Garland vit dans un univers factice, au point qu’enfant, ses goûters d’anniversaire sont organisés en fonction des rares trous dans son agenda avec faux gâteau et accessoires divers. La star n’émerge de ce cauchemar en Kodakrome que pour plonger dans l’illusion des feux de la rampe ou reprendre un cocktail de médocs et d’alcool.

Il y a une dizaine d’années, échaudée par une succession de flops, Renée Zellweger prend ses distances avec ce toc en technicolor. D’études de politique internationale en actions humanitaires en Afrique, la millionnaire rattrape le monde sur le terrain. «À force de vivre dans la peau des autres, on ne sait plus qui on est», explique-t-elle aujourd’hui. Tant pis si ses cartilages justement, portent encore les stigmates de la chirurgie qui lui valut de cruelles moqueries lors de son come-back. Désormais, la quadra fait front. Avec ou sans Botox.

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