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Rossy de Palma: «Je ne suis pas peureuse du bonheur»

Rossy de Palma vibre sur tous les fronts. La muse de la Movida chantera à l'Opéra de Lausanne, porte Madame au cinéma et se voit honorée à la Cinémathèque suisse.

Rossy de Palma surprendra toujours. Avant de vamper le septième art, l’anticonformiste œuvrait dans le groupe post-punk Peor Impossible. «Un truc spontané, c’était les années 1980, la fin de la Movida, à Madrid. Nous n’avions ni l’argent ni la célébrité. Et j’ai croisé Pedro Almodóvar dans un bar…» Suivront de légendaires portraits de femme au bord de la crise de nerfs. La flamboyante précise: «Je ne suis toujours pas très riche, ma chère, plutôt fauchée même, je ne travaille pas en Amérique!» À l’évidence, la Majorquine, 53 ans, préfère «rigoler». «Le porte-monnaie, tu ne l’emportes pas dans la tombe. Ni les dettes.» La Cinémathèque suisse salue bientôt sa carrière. «Un petit hommage, hein…» D’une passion à l’autre, décembre la verra vocaliser à l’Opéra dans Le chanteur de Mexico. «L’opérette à Lausanne, ça va m’éclater. Je l’avais chantée à Paris en 2006, mais je ne me compare pas à une vraie diva, je ne suis pas plus une marionnette qui dit oui, qui dit non. La scène, ça te donne une énergie incroyable, à cause du spectacle en chronologie. Dans un monde si triste, c’est thérapeutique!» Modeste et royale, qualités qu’elle résume en «sociable», l’artiste s’impose encore dans Madame, une comédie d’Amanda Sthers emportée par sa générosité volcanique. En gouvernante forcée par sa patronne à jouer le quatorzième convive par superstition, Rossy de Palma règne.

Écrit pour vous, ce rôle vous ressemble-t-il?

La réalisatrice Amanda Sthers m’a donné ce cadeau, un rôle exprès pour moi. Mais j’en ai marre parfois de parler de moi, oh là là! Je suis mieux quand je n’analyse pas trop. Bon, j’aime tant la bonté de cette Maria, si digne face à une madame qui lui parle mal. Au lieu de se sentir blessée, de faire la pauvre petite chose, elle s’interroge sur le comportement de sa patronne. Beaucoup plus intéressant! Car sans forcer, sans préméditation ou stratégie, ni même séduction, elle peut alors évoluer dans le pur plaisir du fantasme.

Comme Cendrillon au bal?

Je laisse toujours l’inconscient envahir la création. J’invente un personnage pour disparaître, un processus très cérébral. Pourtant, il n’y a aucun calcul chez moi! C’est ma nature et ça, je ne peux pas l’avoir travaillé! J’attends d’être envahie par une tension joyeuse. Par exemple, je ne mémorise jamais mon texte comme un perroquet. Je me retiens aux mouvements dans l’espace. Et les mots viennent se coudre aux gestes.

Est-ce flippant de s’en remettre au hasard?

Je n’aime pas les tracasseries, je ne connais pas le trac, la panique scénique. Je ne bosse pas sur l’angoisse, je joue en un déclic. Le stress, c’est un vampire de la santé! Et puis, les accidents, les erreurs, la perte de contrôle, ça permet de fabriquer une magie magnifique qui illumine la vie. Il faut en tirer avantage.

Que vouliez-vous dire par «Je suis une moche belle ou une belle moche»?

Ah ça! C’est une réplique que je sers en public, on s’en fiche! À l’école, oui, j’ai souffert de mon nez mais ensuite, j’ai refusé de le changer, refusé d’être la victime. Je me lève le matin, et ça n’a pas d’importance comparé au fait d’être vivante, en bonne santé, avec des gens que j’aime. Ça m’amuse même parfois, comme ce journaliste l’autre jour, qui me dit: «Je n’ose pas vous demander…», blabla, et finalement, il ne parle que de ça.

Que pensez-vous du mot d’Almodóvar, «Rossy de Palma est un Picasso vivant»?

On ne sait plus qui a sorti cette formule en premier. Moi, je me reconnais mieux dans un tableau de Matisse. Je suis attirée par la beauté de femmes comme Anna Magnani ou Maria Callas, qui sont dans une temporalité qui me touche. Mais de toute façon, c’est le spectateur qui, le dernier, termine le film par son regard.

Quel fut le révélateur de votre vocation?

La poésie, mère de tous les arts. Le musicien a ses notes, le peintre ses couleurs, j’avais ce flash de la poésie. Petite, j’en écrivais comme une thérapie contre la réalité d’un environnement assez dur. Avec une mère artiste, un père aussi à sa manière, j’ai grandi dans un milieu modeste mais hypersensible. Je continue à me sentir une ouvrière de l’art.

À Palma, enfant, rêviez-vous de devenir une star?

Je n’imaginais rien de ce genre! Je vivais au présent, émerveillée par la nature, pas dans un cocon. Bon… les paillettes, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, j’adore!

Gardez-vous une nostalgie pour la Movida si créatrice?

Non, de la gratitude plutôt. Car Pedro [Almodóvar] m’a poussée à rester singulière, il refusait que les maquilleuses, coiffeuses, etc. s’occupent de moi, il voulait que je prépare seule. J’étais, selon lui, «la plastique de l’époque».

Et vous l’êtes restée.

Je suis restée fidèle à moi-même. Au fond, ce n’était pas si difficile, bien au contraire. Ça m’est venu naturellement. Bon… j’ai mis quarante ans à oser dire non. Je me souviens de ce passage. Tout à coup, je ne voulais plus refaire les mêmes erreurs. J’avais appris à m’aimer et à me respecter. Je ne suis pas peureuse du bonheur.

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