Celles par qui le «Scandale» arrive

#MeTooNicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie se partagent l’affiche de ce film retraçant une affaire qui ébranla Fox News.

Les actrices Charlize 
Theron, Nicole Kidman 
et Margot Robbie côte à côte dans un ascenseur.

Les actrices Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie côte à côte dans un ascenseur. Image: DR

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Vendredi, on apprenait que le groupe Disney, qui a racheté le légendaire studio 20th Century Fox pour une somme supérieure à 70 milliards de dollars en mars 2019, allait supprimer le mot Fox de son nom. Du côté de la division arthouse du studio, Fox Searchlight devient quant à elle Searchlight Pictures. L’effet de cette décision est relativement immédiat, soit dès le mois prochain aux États-Unis. En cause, selon le site de l’hebdomadaire corporatiste «Variety», l’image ultraconservatrice de Rupert Murdoch et de la chaîne Fox News, qui aurait poussé Disney à briser tout lien avec celle-ci. S’il ne s’agit pas ici de commenter cette décision, qui a une certaine valeur historique, on ne peut en revanche pas s’empêcher d’y voir un rapport avec le film «Bombshell», «Scandale» en français, qui sort aujourd’hui, quinze jours avant une course aux Oscars un peu molle en ce qui le concerne.

Réalisé par Jay Roach, cinéaste capable de passer du divertissement au biopic sans se départir de son habileté, ce film revient sur une affaire qui ébranla la chaîne Fox News en 2016. Cette année-là, plusieurs femmes accusèrent son président, Roger Ailes, de harcèlement sexuel. Celui-ci les menaçait en effet de représailles, telles que réductions de salaire ou licenciement, s’il n’obtenait pas satisfaction. Le scandale va contraindre Fox News à se débarrasser de l’homme. Elle lui versera d’abord 40 millions de dollars de compensation avant qu’il ne démissionne, en juillet de la même année.

Pour retranscrire à l’écran ce récent et complexe scandale, la production a misé sur des pointures et demandé à Charlize Théron, Nicole Kidman et Margot Robbie (qu’on vient d’admirer dans le dernier Tarantino) d’incarner les rôles principaux, d’où une affiche composite et parfaitement symétrique. Autour de ces comédiennes comparables, le visuel du film table sur leur blondeur, leur apparent angélisme et un physique susceptible d’indiquer le style de femme que le président de Fox News appréciait.

En haut des cuisses

La charge est réelle, mais le film ne cherche ni l’effet ni l’épate. De harcèlement proprement dit, il ne sera question qu’à travers une séquence durant laquelle la jeune Kayla (Robbie), en quête de promotion, se voit contrainte de dévoiler ses jambes, puis le haut de ses cuisses, puis plus haut encore à un Roger Ailes insistant. Le reste du film se déploie dans un classicisme éprouvé, sans du reste chercher à faire mousser l’objet du scandale, mais plutôt à se calibrer pour que le divertissement soit assuré.

En cela, la dénonciation ne semble pas le but unique de l’exercice. Comme dans les grands duels de cet Hollywood des studios, où les entrées de champ de Joan Crawford ou Norma Shearer (exemples nullement gratuits) étaient pieusement calculées, il y a dans «Scandale» un sens du glamour tout à fait jouissif dans la manière dont Roach filme ses actrices. On en voit un exemple frappant dans cette longue séquence d’ascenseur, où les trois femmes se retrouvent côte à côte (stricto sensu) dans un espace où la simple observation s’amplifie jusqu’à la paranoïa, où des regards deviennent plus parlants qu’un témoignage à mots couverts dans un bureau. En cela, Roach et son scénariste nous rappellent à quel point les silences peuvent être éloquents, pour ne pas dire bavards. Tout en remettant au centre de leur intrigue celles qui ont été lésées dans cette histoire. «Scandale», selon une tradition parfois codifiée dans le cinéma américain, est ainsi d’abord un film de femmes, en l’occurrence d’actrices.

Kidman, Theron et Robbie, convaincantes

D’une intrigue les mettant en valeur, à l’opposé du scandale qui a divisé leurs personnages, Kidman, Theron et Robbie, convaincantes en chasseresses de l’audimat, parviennent à exister derrière les archétypes qu’elles sont censées incarner. On aurait pu espérer un résultat plus vachard, plus méchant, voire corrosif. Pondéré dans ce qu’il relate, jamais démonstratif malgré sa volonté dénonciatrice, ce film prétendument explosif (ce que pourrait indiquer un titre anglais plus imagé que son pendant français) dévoile aussi les coulisses de cet univers impitoyable que forme une grande chaîne de télévision.

Ce monde-là, le cinéma peut en être friand, mais il le charge rarement. Le contexte du harcèlement sexuel fait désormais sens dans un monde où le procès Weinstein vient de s’ouvrir et où le #MeToo délie de plus en plus de langues. À sa manière, «Scandale» accrédite le mouvement, tout en se parant des dehors du pur divertissement. On conseille.

Créé: 22.01.2020, 14h53

Incursions du petit au grand écran

Au cinéma, lorsque la télévision sert de décor et de contexte, c’est généralement qu’elle est aussi le cœur, voire le sujet du film. En 1976, lorsque Sidney Lumet réalise «Network», sous-titré en français «Main basse sur la télévision», il est l’un des premiers à dénoncer certaines magouilles agitant les pontes de l’audimat dans de peu reluisantes coulisses. Nous sommes alors deux ans après le Watergate, et à cette époque, le monde des médias, mis en vedette dans cette affaire (par le biais du «Washington» Post), a alors plutôt bonne presse, si l’on peut dire. Le thème restera pourtant relativement peu traité par les réalisateurs, qui font souvent preuve de prudence.

Pourtant, la charge que représente «La valse des pantins» («The King of Comedy») de Scorsese, en 1983, rappelle à quel point le petit écran peut devenir un objet de fascination absolu et surtout que son pouvoir amplificateur est tout sauf illusoire. L’an passé, «Joker» de Todd Phillips constituait d’ailleurs une sorte de réponse à Scorsese, De Niro tenant peu ou prou le même rôle dans les deux films.

Dans l’intervalle, le média, la chaîne de télévision et ceux qui y travaillent sont perçus comme des héros. L’exemple le plus récent demeure sans doute ce «Spotlight» (de Tom McCarthy) oscarisé dans lequel une équipe du «Boston Globe» dévoile une affaire de pédophilie. Les scandales internes sont plus rares et le film de Jay Roach fait à sa manière œuvre de pionnier.

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