«Si simple et cru à la fois, «Le tambour» peut aider à comprendre notre monde perturbé»

CinémaLe Filmfest s’ouvre avec «Le tambour», de Volker Schlöndorff, qui abasourdit Cannes en 1979. Le Lausannois David Bennent, son ado star prodigieux, avait 12 ans. Interview.

«À cause de mon physique, je voulais devenir jockey, travailler avec des chevaux. Les hasards m’ont donné l’envie du métier», confie l'ado star du film «Le tambour».

«À cause de mon physique, je voulais devenir jockey, travailler avec des chevaux. Les hasards m’ont donné l’envie du métier», confie l'ado star du film «Le tambour». Image: DR

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En route pour Lausanne, où le comédien inaugure ce mardi le Filmfest, festival de films germanophones, David Bennent se souvient du «Tambour», qui a martelé son destin. En 1979, l’adaptation du roman de Günter Grass par Volker Schlöndorff révélait un garçonnet au physique étrange. À peine 1 mètre de haut et une stature d’adulte pour défier la montée du nazisme, ce Lausannois rentrait dans l’histoire du cinéma.

Volker Schlöndorff voit «Le tambour» comme «une carte de visite pour lui, une malédiction pour vous».
Et il exagère, bien sûr! Désormais, je me reconnais dans «Le tambour» même si, à une époque, je m’en «esquivais». Maintenant je suis moins dans la défensive. J’avais 12 ans, j’en ai 53. C’est plus qu’une vie qui a passé!

Que saviez-vous de la Seconde Guerre mondiale en 1979?
J’étais un gamin, mais mon père, de nationalité allemande, né en 1921, avait vécu la guerre et m’en parlait beaucoup. En revanche je n’avais aucune idée de la charge symbolique du film, de son poids historique, d’une permanence aussi. Si simple et cru à la fois, «Le tambour» peut aider à comprendre notre monde perturbé, et j’espère que ce nouveau public verra ça.

Vous avez eu l’occasion de retravailler le film au cours du temps. À chaque fois, une nouvelle vision?
Oui et non. Ces formats s’expliquent parce qu’à cette époque la production imposait une durée moyenne d’une heure cinquante. Volker Schlöndorff avait beaucoup coupé (ndlr: la version définitive Blu-ray, en 2017, passe de 135 à 162 min). Pas mal d’archives ont été retrouvées, mais il a fallu retravailler la piste sonore, qui était désintégrée. Pour ne rien vous cacher, la réenregistrer ne m’a pas bouleversé.

«À cause de mon physique, je voulais devenir jockey, travailler avec des chevaux. Les hasards m’ont donné l’envie du métier.»

Est-ce fastidieux de parler encore et toujours du «Tambour»?
Je suis né à Lausanne. Et pour moi, avant même le Théâtre de Vidy (ndlr: il y interprétait Beckett avec son père Heinz en 2000), c’est mon enfance, le Collège Arnold-Reymond. C’est pour ça que j’ai accepté l’invitation de la Cinémathèque, même si franchement ça devient barbant pour moi d’en parler! Mais l’idée de revenir à Lausanne, bientôt dix ans après la mort de ma mère, neuf depuis celle de mon père, m’a tenté.

Vous habitez Berlin, avez grandi à Mykonos. De quelle nationalité vous sentez-vous?
Ces pays, ça vous forge le caractère. Au-delà, j’ai les passeports suisse et allemand. Mais au fond, si je pouvais en avoir une dizaine d’autres, je serais très content!

«Le cinéma… je m’en suis détaché, ou le cinéma s’est détaché de moi. Même si ça revient.»

Artiste du monde, alors?
Mon père était dans le théâtre, ma mère dans la danse. Moi, je n’avais aucune vocation d’artiste. À cause de mon physique, je voulais devenir jockey, travailler avec des chevaux. Les hasards m’ont donné l’envie du métier. La rencontre avec Patrice Chéreau, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, en 1983, a modelé ma manière de jouer, de penser. Le contact avec le public a aussi été une révélation, c’est ce qui m’amusait le plus. Le cinéma… je m’en suis détaché, ou le cinéma s’est détaché de moi. Même si ça revient.

Votre taille a-t-elle contrarié vos projets?
Oh, les débuts sont toujours un peu difficiles. Mais une fois que vous jouez dans une certaine ligue, avec la chance aussi qui ne m’a pas manqué, j’ai pu accéder à des gens incomparables (ndlr: Peter Brook, Robert Wilson, etc.), mais qui avaient en commun l’ancrage sur l’humain. Pour le reste, chance, hasard, rencontre, c’est la vie!

Sur «Le tambour», qu’avait vu Schlöndorff en vous pour incarner, disait-il, «l’infantilisme politique et sexuel de toute une époque»?
Je me souviens de discussions infinies mais sans souvenirs nets, que de vagues images. Comme tous, j’essaie de trouver une raison à ma présence ici-bas, je m’efforce de comprendre de lecture en dialogue. Moi, d’une manière ou d’une autre, je crois à un infini.

Qui ressemblerait à quoi?
On pourrait dire «On verra».

Créé: 03.02.2020, 19h05

FILMFEST fait école

Jusqu’au 6 février, le Filmfest accueille 2000 élèves des gymnases vaudois pour des projections-débats autour de films germanophones. En soirée, il se prolonge par des projections ouvertes au public, elles aussi assorties d’invités.

Mardi 4 février «Le tambour», de Volker Schlöndorff, en présence de David Bennent (v.o., 19h)

Mercredi 5 février «Le Château», de Michael Haneke (v.o., 18h30); «Ballon», de Michael Herbig, en présence de Günter Wetzel (v.o., 21h)

Jeudi 6 février «Germania anno zero», de Roberto Rossellini (copie restaurée, v.o., 18h30); «Chris the Swiss», d’Anja Kofmel (v.o., 21h)

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