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La soixantaine triomphante, Catherine Frot emporte «Sage femme»

Du boulevard à la comédie, du drame à la tragédie, l'actrice raconte sa vie sur les planches et sur écran.

La malice au coin des yeux, Catherine Frot s’amuse à la jouer bourgeoise coincée avant d’éclater de rire. «Les gens me disent lucide et fofolle, et ça me va!» Dans Sage femme, le réalisateur Martin Provost dissocie les tempéraments, lui donnant le masque sage de Claire, accoucheuse traditionnelle, raisonnable jusqu’à l’ennui. Quand déboule la tempétueuse Béatrice après des décennies de silence, les apparences s’effondrent. Deneuve l’interprète avec un culot chic et flatteur au teint. L’autre Catherine résiste en finesse. Comme si les divas rejouaient le match des César de l’an dernier, emporté par Frot avec Marguerite. «Très franchement, ça fait plaisir sur le moment, mais je m’en fiche un peu!»

Comment suivre après le triomphe des Molière et César en 2016?

Sans regrets ni arrière-pensées. Je fais au présent. J’ai remarqué que les décisions prennent leur sens au moment du travail. Ainsi, j’aurais pu jouer la fantasque Béatrice, mais dans Claire, il y avait ce travail d’humilité qui me plaisait, une intériorité qui s’exprime par touches impressionnistes comme dans une toile de Pissarro. J’ai joué des femmes si différentes.

Les recherchez-vous?

Même pas. Il y a plusieurs sortes d’acteurs. Certains fignolent leur propre personnage, les Jean Gabin, Lino Ventura, Romy Schneider par exemple. Ils sont dans leur peinture. D’autres comme moi vont vers la transformation, ils en ont besoin pour exister. Peut-être qu’en vieillissant, je vais me rapprocher de moi-même.

Une ligne s’esquisserait-elle?

Je pourrais dire l’équilibre des contraires. Mais suis-je si versatile que ça? Je me cherche toujours dans ces créations, et mes rôles parlent pour moi. J’adore jouer au miroir des illusions. Faire croire, c’est voyager dans des êtres que je ne suis pas, des professions que je n’exercerai jamais, cuisinière du président ou pianiste virtuose.

Pour Sage femme, vous avez «accouché» cinq fois…

Et c’était coton! Il m’a vraiment fallu rester froide au-dedans, mettre un rideau sur mes émotions. Ne garder que ce rien qui vous échappe, ce que cherche d’ailleurs le metteur en scène. La naissance, c’est vraiment le motif du film. Là, il s’agit de trouver la bonne distance, de toucher à la part mystérieuse des sentiments qu’il m’est demandé de reproduire. Car c’est la clé du film.

Cette clé, ce serait quoi?

A mon sens, c’est ce moment précis de nos vies où un élément extérieur déclenche le stock irrésolu de l’enfance. Comme une fin de cycle, une usure qui oblige à s’ouvrir et passe par le pardon.

Le théâtre vous passionne. Que représente le cinéma?

Oh, le cinéma, c’est toujours quitte ou double, vous êtes «avalée» par les circonstances. Il faut faire confiance, les angles de caméra peuvent être indélicats jusqu’à la déformation! Tandis qu’au théâtre, en prise directe, le comédien maîtrise le jeu total. J’adore ce travail de silhouette vue dans l’ensemble, de haut en bas.

Avec la même alternance, pièces classiques, boulevard.

Quand j’ai tourné Oh les beaux jours, de Samuel Beckett, en province, c’était parfois un peu difficile. Je sentais que l’allure abstraite de la représentation n’allait pas vers l’évidence. Mes proches m’avaient même fortement déconseillé de me lancer là-dedans, mais j’en avais tellement envie. Au final, il n’y a pas eu de rejet, ou du moins, pas de violence marquée.

Comment l’expliquez-vous?

Déjà, Beckett, ce grand poète, cet immense intellectuel, était sans aucun doute attiré par le rire. D’ailleurs, il appréciait beaucoup Jacqueline Maillan. Et puis, sa Winnie engoncée dans un tas de terre, qui se hisse pour déblatérer sur l’existence, se révèle une femme ordinaire. Je lui trouve cette intelligence inopinée qui surgit parfois chez les êtres simples, cette élégance dans la drôlerie, l’innocence. Pareil à la Yoyo d’Un air de famille, cette petite dame méprisée, isolée et perdue dans une tristesse infinie, qui tout à coup s’impose avec une lucidité folle. Là, c’est beau et poétique.

Drame (Fr., 10/16, 117’) Cote: **

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