D'un sourire, Michèle Laroque refuse la peur de vieillir

La rencontreLumineuse, joyeuse et généreuse à rendre jalouse, la très populaire comédienne et humoriste se met en scène en famille avec sa fille et même son labrador dans «Brillantissime».

Michèle Laroque a fait mercredi un score brillantissime pour la sortie de son premier film de réalisatrice.

Michèle Laroque a fait mercredi un score brillantissime pour la sortie de son premier film de réalisatrice. Image: GUILLAUME BAPTISTE/AFP

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Dimanche dernier, 12 h 40 dans le lobby du Kempinski à Genève. Au milieu des fourrures, des accents lointains et du va-et-vient des tou­ristes qui quittent le confort de leur chambre d’hôtel, une silhouette connue s’approche d’un confortable canapé situé non loin de la cheminée. Cheveux sable, large pull sable et… labrador sable, Michèle Laroque, sans la moindre touche de maquillage, sourit au milieu de ce très doux camaïeu.

«Bonjour, merci d’être venue le week-end!» La veille, elle s’éclatait comme toujours – et comme en décembre à Beausobre – sur la scène du Théâtre du Léman à l’affiche d’Elles s’aiment depuis 20 ans avec sa copine Muriel Robin. Et avant de mettre le cap sur Strasbourg pour la prochaine représentation, elle prend le temps – et un ristretto très serré, sans sucre mais avec un macaron! – de parler de son premier film de réalisatrice, Brillantissime.

Michèle Laroque, vous êtes toujours comme ça, à mener plusieurs projets de front?

Je ne l’ai pas fait exprès et, franchement, c’est un peu chaud! Je ne sais plus très bien où je suis ce matin. J’ai eu un petit flip hier soir avant d’entrer en scène, mais là c’est bon, je respire à nouveau…

Ce premier film de réalisatrice, vous arrivez à le lâcher ou vous continuez à vouloir le tenir par la main comme on le ferait avec un enfant?

Là, ça y est, il vole de ses propres ailes. Il faut dire que nous venons d’enchaîner 30 avant-premières, la transition s’est faite en douceur, avec un accueil très enthousiaste et bienveillant de la part du public. Cela dit, je dois quand même avouer que j’ai trouvé le processus douloureux. Un moment, je me suis même demandé si je ne voulais pas garder ce film pour moi et mes amis qui jouent tous dedans, comme des diapositives de vacances! Puis je me suis dit que ce serait égoïste, que je l’avais déjà partagé de manière extrêmement chaleureuse avec tous les coproducteurs (lire ci-contre) et donc qu’il fallait que j’aille au bout de cette aventure marquée par l’amour du début à la fin.

Le rôle de réalisatrice, c’était un rêve? Un but? Un challenge?

Une envie! En fait, j’avais joué le personnage d’Angela sur scène dans Brillantissime divorce de Géraldine Aronen en y ajoutant tellement de touches personnelles que j’avais envie de l’emmener sur grand écran. J’ai demandé conseil autour de moi et, finalement, assumer le rôle principal et celui de réalisatrice m’a tout à fait convenu. L’énergie circulait de manière très naturelle. J’ai pris un plaisir fou, y compris durant le montage.

En plus, en dirigeant votre fille, Oriane, vous lui avez définitivement transmis le virus…

Oui, c’est merveilleux, elle a enfin déclaré haut et fort son désir d’être comédienne! Et je sais qu’elle a une vision réelle du métier, depuis le temps qu’elle m’accompagne sur les tournages. Elle sait que c’est formidable mais aussi que cela demande beaucoup de travail. Nous avons une relation merveilleuse, elle et moi. Comme moi, Oriane est perfectionniste et bosseuse. Ma priorité la concernant sur ce film, c’est qu’elle s’aime à l’écran, je ne voulais pas qu’elle regrette d’avoir accepté de jouer la fille d’Angela. Ma fille, quoi. Mais ça a été une expérience grandiose pour elle, entourée de tous ces excellents acteurs, dans un film qui utilise l’humour pour parler d’une épreuve difficile comme le divorce, tourné sous le soleil niçois…

L’Office du tourisme n’aurait pas fait mieux!

Ah mais c’était plus fort que moi! Il y avait plusieurs villes en lice, mais après les attentats du 14 Juillet j’avais vraiment envie que Nice soit à nouveau présentée comme la ville ensoleillée et joyeuse où j’ai grandi et que j’aime profondément. En plus, la lumière y est si particulière, parfait pour parler d’amour.

L’amour, comme celui, inconditionnel, que vous donne le public. Vous semblez vraiment faire l’unanimité et ce depuis longtemps.

C’est assez dingue quand on y pense. Mais je pense que ça vient d’une certaine forme d’amour de soi. Comment voulez-vous que les gens soient bienveillants si vous passez tout votre temps à vous critiquer? Réussir à s’aimer soi-même n’est pas facile, mais c’est la clé de tout.

C’est votre astuce pour rester magnifique malgré les années qui passent?

Vieillir, je n’y pense pas! Selon moi, avoir peur de vieillir, c’est déjà vieillir. Je viens de voir des photos de Susan Sarandon où elle est bombissime!

Vous parlez des États-Unis. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis du débat actuel autour du harcèlement, notamment au cinéma. Vous êtes plutôt dans le camp des #balancetonporc ou dans celui de Catherine Deneuve?

Ouh là, très franchement, je préfère ne pas me positionner du tout. J’ai horreur des généralisations, que je trouve souvent dangereuses et ici c’est clairement le cas. Je pense qu’il y a des femmes moins armées que d’autres pour se défendre face à certains comportements. C’est une évidence et j’ai la chance de ne pas en faire partie. Dès lors, je trouve bien que nous, les femmes, nous montrions solidaires, mais seulement jusqu’à un certain point. J’espère que tout ce débat poussera les hommes qui ont un comportement jugé offensif à faire un peu plus attention.

Vous préférez donc rester en retrait du débat?

Toute cette histoire me fait penser à l’un de mes films, Un fils (ndlr: d’Alain Berliner en 2014). J’y jouais la maman d’un jeune homme accusé de viol alors qu’il avait l’impression que le rapport était consentant. Il s’avère que la jeune fille avait à un moment de leurs échanges clairement dit non. Et là, il n’y a plus d’excuse. Mais comme je vous le dis, chaque situation est différente.

Créé: 20.01.2018, 15h54

3000 «coprod»

En 2013, vous avez lancé une campagne similaire
à du crowdfunding, alors que le budget du film «Jeux dangereux» était bouclé. Vous cherchiez quoi alors?


«Je cherchais des coproducteurs! Je trouvais assez géniale l’idée que tout un chacun puisse être partie prenante d’un film, depuis le scénario jusqu’à sa sortie. Je suis allée frapper à plein de portes pour trouver des participants et du coup, il y en a de toutes sortes. Aussi bien Nikos Aliagas qui a mis 1000 euros que plein de gens qui ont participé à raison de 1 tout petit euro. La campagne concernait un projet de film appelé «Jeux dangereux», qui parlait de terrorisme. Puis, il y a eu l’attentat du 14 Juillet 2016 à Nice et le film n’a pas vu le jour…»

Vous avez donc invité cette nouvelle communauté
à vous rejoindre sur «Brillantissime»…


«Exactement! Et comme le financement du film était assuré, l’argent récolté a servi à inviter tout le monde lors du tournage dans le Quartier des Musiciens, à Nice, et à financer plein d’autres activités liées à leur participation. «Brillantissime» peut se targuer d’avoir 3000 «coprod», dont tous les noms sont inscrits au générique de fin! C’est quand même cool ça, non? Je crois que si je n’avais pas été comédienne (ndlr: elle avait suivi des études d’économie avant que son accident de la route ne la fasse… changer de voie), cela m’aurait vraiment plu de voir mon nom écrit en toutes lettres sur un écran de cinéma. Ce sont d’ailleurs eux qui ont choisi le titre du film, par exemple. J’en ai croisé beaucoup lors des avant-premières aussi, on partage quelque chose de particulier. Si je dois réaliser à nouveau un film, je pense que je recommencerais cette aventure, si joyeuse et enrichissante.»

Vous êtes une rassembleuse. Les associations doivent sans cesse vous approcher, non?

«Oui. J’essaie donc de répondre positivement à celles qui me parlent le plus. Et à part les Restos du Cœur via les Enfoirés, je donne surtout de mon temps aux organisations qui viennent en aide aux enfants malades, pour rendre leurs séjours hospitaliers plus supportables.»

Bio express

1960 Michèle Doïna Laroque voit le jour le 15 juin à Nice.

1979 Elle est victime d’un gros accident de voiture avec sa meilleure amie. Après deux ans de soins, elle décide de monter à Paris pour devenir comédienne.

1988 Début télé dans «La classe», où elle rencontre Pierre Palmade et Muriel Robin.

1995 Naissance de sa fille, Oriane. Elle divorce de son père, le metteur en scène et adaptateur Dominique Deschamps, peu après. Elle est aujourd’hui la compagne du politicien UMP François Barouin. Sortie de «Pédale douce» de Gabriel Aghion.

1996 «Ils s’aiment», avec Pierre Palmade, début d’une série qui deviendra culte, comme toutes ses déclinaisons.

1997 Rejoint la bande des Enfoirés.

2001 Sortie du «Placard» de Francis Weber.

2013 S’essaie à la radio dans l’émission «Les pieds dans le plat» sur Europe 1.

2018 «Brillantissime» est en salles depuis mercredi. «Elles s’aiment depuis 20 ans» sera de retour dans la région le 10 mars au Théâtre de Beaulieu.

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