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Spielberg à l’ancienne

Face au climat de défiance instauré par Donald Trump, le big boss hollywoodien lance The Post au secours de la liberté de la presse.

Il y a une dizaine de mois, Steven Spielberg larguait ses projets en cours pour se consacrer en toute urgence au tournage de The Post. Soit le récit du combat en 1971 pour que puissent être publiés «les Papiers du Pentagone». À l’instigation de Daniel Ellsberg, analyste militaire écœuré par les pratiques du gouvernement, ce dossier révélait l’inimaginable. Quatre administrations s’étaient succédé au pouvoir, qui avaient menti aux Américains quant à la situation de la guerre au Vietnam.

À l’époque, le secrétaire à la défense Robert McNamara «savait qu’en 1965, l’armée ne pouvait pas gagner et envoyait ses enfants à la boucherie». Le film montre ce politicien aimable, intime de Katharine «Kay» Graham, héritière du Washington Post. McNamara l’a soutenue quand son époux s’est suicidé, laissant la mondaine avec un empire à gérer. Quand le scandale menace, la propriétaire du Post hésite entre devoir citoyen et amitié compréhensive. Le dilemme se double d’une pression encore plus directe, les banques viennent d’investir dans The Post mais pourraient se rétracter en cas de scandale majeur.

Moins éventée que l’épisode du Watergate, l’affaire possède en soi une séduction militante que le scénariste Josh Singer, auréolé des oscars de Spotlight, exploite en tirant le «scoop» vers la fable contemporaine. Reine de la discipline «quinquagénaire mutante», Meryl Streep éblouit, dame patronnesse que les circonstances métamorphosent en patronne rebelle sur les barricades de l’establishment. En rédacteur en chef malin, Tom Hanks excelle avec une poigne aussi subtile. Il y a de l’oscar dans l’air.

Ces arguments ne suffiraient néanmoins pas à revitaliser de bons sentiments aussi datés. Pour Steven Spielberg, le déclic vient de l’impérieuse nécessité de voler au secours des quotidiens américains. Donald Trump ne suggère-t-il pas que les médias sont désormais «les ennemis du peuple», relève le cinéaste décidé, tel un Robert Redford dans les années 1970, à brandir la vérité en étendard. «J’étais en pleine déprime, a-t-il ainsi plaidé pour vendre son projet aux producteurs de la 20th Century Fox. Puis j’ai lu ce scénario et soudain, ma vision de l’avenir s’est illuminée. Notre public cible, ce sont les gens affamés et assoiffés de vérité depuis les 13, 14 derniers mois.»

Vilipendée par le président, pourrie par les «fake news» et fragilisée par les circonstances économiques, la presse écrite trouve dans le grand manitou hollywoodien un défenseur à l’ancienne. Tel Les hommes du président ou Les trois jours du condor il y a plus de quarante ans, The Post agite son manifeste démocratique avec le savoir-faire et l’efficacité des Alan Pakula, Costa-Gavras et autres Bertolucci militants d’antan.

Certes, voir les rotatives de The Post dérouler de gros titres sur papier, entendre le cliquetis des machines à écrire et des tubes des typographes, imprime la nostalgie d’une ère révolue. Il y a plus de quarante ans, avec Les hommes du président, le réalisateur Alan J. Pakula finissait d’immortaliser les turpitudes de Tricky Dick, dans la foulée de la chute de Nixon le tricheur.

Mais le souvenir provoque aussi une comparaison immédiate. À l’ère des médias électroniques et des réseaux sociaux, toute vérité reste fragile. Steven Spielberg réussit à «dépoussiérer» l’évidence dopant sa mise en scène avec quelques ruses. Ainsi du combat intérieur que mène Kay Graham dans un monde très mâle. De la diversion lancée par une petite fille vendeuse de limonade au milieu des journalistes qui dépiautent les dossiers. D’un garçon de courses expédié dans les étages du New York Time, quotidien rival espionné par le Washington Post. Jusque dans les seconds rôles, la reconstitution se veut minutieuse, suggestive. Voir le formidable Matthew Rhys, agent secret soviétique dans la série The Americans, incarner Daniel Ellsberg, le fonctionnaire lanceur d’alerte.

Dans un premier temps, cet ancien Marine fut condamné à 115 ans de prison pour avoir livré des secrets d’État, avant d’être acquitté en 1973. À 86 ans, l’ex-fonctionnaire se bagarre toujours pour la transparence. Le Guardian rapporte qu’il écrivait dans le Post en 2013: «La leçon de l’affaire des Papiers du Pentagone, comme des WikiLeaks, est simple: le secret corrompt tout autant que le pouvoir.» A méditer.

Histoire vraie (USA, 115’, 10/14). Cote: VV

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