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Steven Spielberg se royaume dans la pop culture

Aux manettes de «Ready Player One», le gourou célèbre une génération de recyclage inventif sur un vieux tube de Van Halen. Jubilatoire.

Quand il adapte «Ready Player One», le best-seller du geek Ernest Cline (Ed. Pocket), Steven Spielberg commence par s’autocensurer. Car son œuvre imbibe de toute part cette histoire dystopique où dans un futur proche, la population harnachée d’une panoplie high tech, se royaume à revivre par procuration des années 1980 à peine améliorées. Et pour une part non négligeable, la pop culture de cette époque a été définie par le père d’E.T. Si du livre au film, seule subsiste la référence à Retour vers le futur, l’esprit demeure. «Au contraire des années 60’s et de leurs messages politiques et culturels omniprésents, expliquait le réalisateur en promotion à Paris, les années 80’s sont les plus innocentes depuis les 50’s. Et les gens de 2045 les vénèrent.» Du bout de capteurs, loin de rencontres du troisième type, ces Américains de demain s’enivrent donc de Duran Duran, sautillent avec Van Halen en skiant sur des pyramides, grimpent l’Everest avec King Kong, s’étourdissent avec Garfield et Chucky.

Le septuagénaire hollywoodien affirme s’identifier à un héros dans chacun de ses films. Dans «Ready One Player», son avatar ne sauve pas la planète Oasis avec ses potes, n’embrasse pas une fille pour la première fois et ne s’extirpe pas d’une famille misérable. Pas plus qu’il ne prévient le crime façon I.A. ou les invasions de «La guerre des mondes». Enfant ridé à mèches blanches décoiffées par un éternel idéalisme, c’est en exécuteur testamentaire que s’incarne Spielberg. Juste défunté, James Halliday, génie techno, laisse un empire de 500 millions de milliards de dollars. Et une énigme. Celui qui trouvera trois clés disséminées dans Oasis, héritera de son empire. La traque au trésor permet au cinéaste d’assurer le show tout en appuyant ses chères valeurs, solidarité, ingénuité, vaillance de la jeunesse contre cupidité, uniformisation et mercantilisme bourgeois. L’action se déroulant sur des tableaux simultanés, du quotidien ordinaire du héros Wade Watts à son double sublimé en Parzival de manga, l’intrigue se démultiplie en perspectives infinies.

La première angoisse des internautes se cristallise sur la véritable physionomie de leurs interlocuteurs. Les avatars flambeurs offrent un tel potentiel de médiocrité qu’il devient osé d’imaginer l’autre dans sa viscéralité absolue. Ainsi Parzival a pour alliés un monstre caïd de la mécanique, deux guerriers ninjas, une championne sexy garçon manqué. Leurs ersatz humains se matérialisent en une camionneuse transgenre, deux potes de 7 et 14 ans, une militante au visage défiguré par une tache de naissance. Distillés en accéléré dans la dynamique contemporaine, ces détails se juxtaposent sans arrêter. «Ready One Player» ne cesse de passer au niveau suivant, crescendo frénétique sanctionné uniquement par le game over.

«Parce que la réalité est le seul endroit réel»

L’électricité a crépité dans les consoles Atari, les techniciens n’inventent des prodiges que pour en effacer d’autres, et l’inventeur a mûri. De là s’engage une méditation existentielle en filigrane inévitable. «Aussi terrifiante qu’elle puisse être, la réalité est le seul endroit où trouver le bonheur. Parce que la réalité est le seul endroit réel» se murmure-t-il à plusieurs reprises. Au summum des doutes, dans un au-delà pressenti, Spielberg questionne l’existence de Dieu. Il pousse sans doute la manette un peu loin et la quête métaphysique est aussitôt renvoyée à l’autodérision. Rapport aux futiles années 80, l’autocritique refuse le drame et s’insinue avec subtilité drolatique.

Trop «kid» de caractère pour pontifier, Spielberg note simplement que dans ce 21e s. menacé plus que jamais par un consumérisme corrupteur, la communauté a changé son code d’accès. Autrefois, il suffisait de s’asseoir dans un cinéma avec un pot de pop-corn pour appartenir au même clan. Désormais, le mot de passe des bulleurs virtuels se trouve dans la conscience de références culturelles communes. «Quoi, tu n’as jamais vu Shining?» s’indigne un geek face à un béotien largué par la vision d’une créature nue muant en sorcière dans une salle de bains. Les référents tissent ainsi la trame de la chasse au trésor. Le nostalgique James Hallyday a caché un «Easter Egg» dans Oasis, comme jadis Warren Robinett, designer d’«Adventure», signait son jeu en cachette dans ses décors. Pour la dénicher, il ne fallait pas gagner la manche mais nuance, rester le plus longtemps possible dans la partie pour fouiller à loisir. En somme, sagesse éternelle, le plaisir ne tient pas au but du voyage mais dans le voyage lui-même.

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