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Le Tarzan moderne crie à peine

Bodybuildé pour la parade nuptiale, le roi de la jungle dompte ses instincts. Perversité des temps.

Au-delà de pectoraux bosselés, le Tarzan nouveau se voit dégrossi de ses rugosités originales. Harry Potter est passé par là, ou plutôt David Yates, réalisateur des quatre dernières aventures du magicien. Le Seigneur des singes moderne porte un corsaire moulant, ne lance quasi plus son cri d’abruti pendu à une liane, développe une conscience et des dilemmes. «Il fait chaud en Afrique», avance Lord Greystoke pour expliquer son refus d’aller batailler contre les esclavagistes au Congo. Comme dans plus de 200 adaptations du mythe né en 1912 sous la plume d’Edgar Rice Burroughs, il y va quand même. Dès 1918, avec Tarzan of the Apes , le colosse muet Elmo Lincoln enfile le pagne, se détachant du portrait qu’en brossait son créateur. Seuls comptent ici le romantisme véhiculé par le continent sauvage conquis par un parfait spécimen de l’homme blanc. De 1932 à 1948, le nageur Johnny Weissmuller va d’ailleurs immortaliser le seigneur des singes dans une douzaine de films. Quintuple médaillé olympique, le champion y parle un anglais rudimentaire. Tarzan et Jane portent string et bouts de tissu avec une pudeur relative que le comité Hayes censurera. Durant la parade nuptiale, la drague demeure très basique: «Moi Tarzan, toi Jane.» Comme le «Nobody’s Perfect» de Certains l’aiment chaud, le slogan, jamais prononcé, rentre dans l’inconscient collectif, bientôt lynché par les féministes. Comme le lion Clarence qui louche dans la série vintage Daktari, Cheeta dope le folklore junglesque. Quasi érotique, Bo Derek pulse en Jane libérée, chemise dépoitraillée mouillée. Ainsi va Tarzan, bientôt père de Boy, ou au contraire, justicier solitaire, qui retrouve la grammaire anglaise et n’ânonne plus.

Même en icône gay

Le cinéma le délaisse? La pop culture s’en empare, plaqué sur des T-shirts, éternel revenant dans les «pulps», décoloré en blond, réac’ ou écolo, voire icône gay, star du body-building ou Tarzoon iconoclaste. En 1984, le brillant scénariste Robert Towne le ressuscite avec sérieux sur grand écran. Greystoke, réalisé par le Britannique Hugh Hudson, le déçoit tant que l’Américain exige d’être crédité sous le nom de son chien, P. H. Vazak. Christophe Lambert, du moins, réhabilite son héritage français, même si son regard flou sera beaucoup moqué.

Au tournant du XXe siècle, le romancier Edgar Rice Burroughs ne s’encombrait guère de préoccupations racistes, sexistes ou morales. Comme le remarquait le spécialiste Owen Williams lors du centenaire de l’homme-singe, il ne bénéficie pas au cinéma de l’aura des Sherlock Holmes, Batman ou James Bond. «Jadis un phénomène, Tarzan est passé au stade d’anachronisme.» Invariablement kitsch, jusque dans l’adaptation Disney de 1999 sur des airs de Phil Collins, sa légende pousse tant à la récupération que l’immuable choc de l’homme et de la nature en a perdu son punch originel.

Tant de relectures

A force de fourrer des messages dans le petit pantalon du héros, le Tarzan de David Yates souffre de cette relecture lénifiante. Jane se défend d’être «une demoiselle en détresse» mais s’échauffe comme la midinette de 50 nuances de Grey. Tarzan baguenaude entre ses nobles origines et sa famille adoptive simiesque. Jadis, il conservait un fétiche du clan Greystoke. Ici, il chérit une pierre confiée à sa mort par sa mère gorille.

A l’évidence, les analystes hollywoodiens ont soupesé le potentiel d’une telle superproduction durant l’été. Après les succès du Livre de la jungle en chair et en os, et de la franchise Planète des singes, le bide immérité essuyé par John Carter, autre classique d’Edgar Burrough Rice, semble oublié. Le projet Tarzan, chiffré à 180 millions de dollars, date de plus d’une décennie. Au final, reste un divertissement à la facture assez honnête pour insuffler le doute. Ainsi, comment ont-ils truqué la scène où Alexander Skarsgård ronronne et caresse de voraces lionnes comme des minettes?

Super-héros (USA, 110’, 16/16) Cote: VV

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