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«Nous tenons un bijou dans les mains»

Président des Rencontres 7e Art Lausanne, qui attirèrent 8000 spectateurs l’an dernier, Vincent Perez dévoile la 2e édition sur le thème «Au-delà des limites». Au-delà de toute espérance, Joel Coen fera l’ouverture, Matt Dillon la clôture.

Pour la 2e édition des Rencontres 7e Art Lausanne, leur président cofondateur, Vincent Perez, retrouvait les fastes du Beau-Rivage hier. Confiant dans les 8000 spectateurs qui l’ont suivi l’an dernier, l’acteur-réalisateur a précisé la vocation de la manifestation. «Un festival sans compétition, qui invite à rencontrer des maîtres, acteurs, réalisateurs, producteurs sans tapis rouge. Nous voulons redonner l’envie du grand écran.» Sont annoncés Joel Coen, Matt Dillon, Jean-Jacques Annaud et autres stars. Mais aussi quelques ajustements, un Centre des Rencontres au Flon notamment. Si la thématique de ce rendez-vous, «Au-delà des limites», pose en intitulé un peu flou, elle indique l’ambition. «Je me suis demandé s’il fallait un thème mais au final, ça donne le ton.»

Qu’avez-vous appris de la première édition? Elle m’a conforté dans le principe de ne pas ressembler à n’importe quel autre festival. C’était un numéro zéro, un prototype encore mal défini. La grande question alors, c’était de savoir s’il y aurait du public pour voir des films de patrimoine. Mais j’ai suivi mes intuitions. Lausanne, c’est mon enfance au cinéma, l’émerveillement du grand écran. Comme un signe: j’ai grandi à Penthaz, où la Cinémathèque a bâti son centre d’archives, là où je jouais au foot!

Quelles erreurs a-t-il fallu corriger? Je n’appelle pas ça des erreurs… Mais il y a certainement eu un défaut de communication et de visibilité. Désormais, je tiens à parler de «projections & conversations», pas du sigle «r7al» par exemple. Nous avons aussi rectifié les équipes, précisé le caractère de la manifestation, qui est de montrer des films, en débattre. Nous tenons un bijou dans les mains, il faut le pérenniser. De l’ECAL à la Cinémathèque, tous s’accordent sur le constat que la première édition a révélé un autre public, porté par une «popularité cinéphile» inédite. Tiens, un mythe comme le Britannique Jeremy Thomas, qui vient cette année, ça ne dit rien au quidam. Mais parlez des cinéastes qu’il a produits, Bertolucci, Wenders, Oshima, etc., ça éveille déjà des curiosités.

Popularité et cinéphilie, paradoxe? Mais il reflète l’ADN des Rencontres, cette fusion générationnelle. Je veux accentuer ce brassage, notamment par les passerelles entre des artistes, passer du rappeur cinéaste Abd Al Malik à un maître comme Jean-Paul Rappeneau. Bon, sans rire, la venue de Jean-Paul (ndlr: qui révéla le jeune premier Vincent Pérez dans «Cyrano de Bergerac» en 1990), c’était une demande spécifique de la Cinémathèque. Au-delà, nous avons la chance de collaborer avec plusieurs grandes écoles, EJMA, EPFL, UNIL, etc. Ces partenaires, ça représente 40 000 universitaires en ville de Lausanne! Quitte à nuancer nos efforts.

Par exemple? Nous avons abandonné l’idée d’explorer la piste du cinéma virtuel, finalement trop écartée du septième art sur un grand écran. Je préfère nous concentrer sur les classiques, ou développer des aspects inhérents, l’adaptation littéraire par exemple, en invitant Paul Auster. Ou encore, faire du neuf avec de l’ancien, comme les projections de films restaurés, ou même «Le dernier empereur» en 3D.

Comment asseoir une notoriété? Il s’agit déjà de tendre la main à des spectateurs qui ne viennent qu’une fois par an en salle. Multiplier les canaux en amont, collaborer avec la RTS, les réseaux sociaux, etc., solidifier les synergies. Je suis aussi allé vers d’autres festivals suisses. Ainsi Leïla Slimani (ndlr: Prix Goncourt pour «Chanson douce»), qui cette année préside le Festival du film et forum international sur les droits humains à Genève, à la même époque, se libérera un matin pour animer «Women in Motion».

Catherine Deneuve, qui ne vient pas, brille sur l’affiche, pas Matt Dillon, qui vient. Contresens? Avoir des stars, c’est le nerf de la guerre. Catherine Deneuve, finalement, est prise par un tournage. Un casse-tête, et nos dates sont difficiles. Avancer les Rencontres en avril serait trop près du Festival de Cannes, les reculer nous met en concurrence avec Berlin. J’essaie de séduire avec ce cadre unique, un palace au bord du lac, tout ce charme helvète qui opère sur les étrangers. Je vois encore le sourire de Christopher Walken l’an dernier, quand il descendait de sa chambre, relax…

Par contre, le Beau Rivage tranche avec un esprit «grand public». Outre cette «maison mère» extrêmement nécessaire, nous aurons désormais au Flon un centre névralgique, dans les immeubles Jumeaux, avec billetterie, boutique, bar, musique, retransmissions de conférences, etc. Il faut créer ce sentiment que tout peut arriver dans cet Espace des Rencontres. Et je jure que chaque invité passera par le Flon au moins quelques minutes, ce sera obligatoire!

Parmi eux, le cinéaste Joel Coen, qui vient d’être produit par Netflix, son collègue Jean-Jacques Annaud, qui signe une série télé. Ça tombe mal? Au contraire, Joel Coen était fou de bonheur à l’idée de voir «The Ballad of Buster Scruggs» présenté en ouverture sur un grand écran! Et ce sera une première pour la Suisse. Au fond, cela rejoint la réflexion qui a initié ces Rencontres, quand je redécouvrais dans une vraie salle, les larmes aux yeux, le ventre noué par l’émotion, «La vie est belle» de Capra, un film que j’avais vu des dizaines de fois à la télé à Noël. Nous allons montrer «2001, l’odyssée de l’espace». Entre nous, avant de l’avoir revu l’autre jour dans une salle, je n’y avais jamais rien compris.

Vous réduisez la voilure, ce jour de moins vient-il d’un budget restreint? Ça me chagrine, croyez-moi. Mais ce n’est pas qu’une contrainte budgétaire, il fallait choisir. Je ne veux pas parler chiffres, mais je tiens à préciser que les Rencontres coûtent beaucoup moins que d’autres festivals locaux. Nous ne sommes pas riches, je travaille bénévolement depuis cinq ans. La Ville de Lausanne nous soutient depuis toujours, les sponsors sont revenus. Évidemment, je rêve que le Canton suive un jour. En attendant, moi je crois aux rêves qui se matérialisent petit à petit.

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2es Rencontres 7e Art Lausanne Divers lieux, 7 au 10 mars www.rencontres7art.ch

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