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La tête chercheuse de Visions du Réel

Le festival de Nyon démarre dans un mois. Rencontre avec Émilie Bujès, sa nouvelle directrice artistique et aperçu du programme.

Les «visions» d’Émilie Bujès, directrice artistique qui signe sa première édition de Visions du Réel, mettent en lumière un cinéma éclectique et aiguisé.
Les «visions» d’Émilie Bujès, directrice artistique qui signe sa première édition de Visions du Réel, mettent en lumière un cinéma éclectique et aiguisé.
VANESSA CARDOSO

Fin 2016, Émilie Bujès était nommée à la direction artistique de Visions du Réel, pour prendre la relève de Luciano Barisone. Mercredi, elle présentait sa première édition – la 49e pour la manifestation –, forte d’une sélection de 174 films. La Franco-Suisse de 37 ans, qui travaille pour le festival depuis 2012, après avoir monté des expos filmiques pour le Centre d’art contemporain de Genève, a gardé un cap, mais a déjà imprimé sa marque sur les contours de la programmation.

Qu’est-ce qui va changer à Visions?

Un peu tout et rien! Comme j’étais déjà dans l’équipe du précédent directeur, j’ai une proximité avec ses goûts et ses intérêts, mais aussi avec une certaine éthique de travail.

Quelle est cette éthique?

Notre rôle est d’aller chercher de nouveaux films, de nouveaux cinéastes. Le travail de sélection est énorme. La majorité des films nous arrive par inscription et nous les regardons tous avec l’attention qu’ils méritent. Chaque inscription compte car elle représente potentiellement un film important. Cela représente entre 2700 et 2800 films, plus ceux que nous allons chercher dans d’autres festivals par exemple.

Parmi les changements, il y a un autre chapitrage de la sélection.

J’ai changé les sections. Burning Lights remplace Regard Neuf, qui présentait des premiers films. Avec une double réflexion. D’abord, les premiers films peuvent être partout, car c’est notre vocation de découvrir des cinéastes prometteurs qui vont peut-être poursuivre dans des festivals généraux comme Cannes, Berlin, Locarno. La seconde tient à la volonté d’offrir une meilleure lisibilité du programme. Par rapport à une sélection principale un peu plus «classique», Burning Lights met en avant des approches plus aventureuses, qui s’essaient à des vocabulaires différents.

On retrouve cette partition dans les sections hors compétition?

La section Grand Angle s’adresse au grand public avec des films accessibles, visuellement sexy et des sujets qui parlent au plus grand nombre. Il s’agit d’une porte d’entrée. La nouvelle, Latitudes, se situe entre cette facilité d’accès et la volonté de brasser un plus grand nombre de langages cinématographiques.

Des thématiques se dégagent-elles de cette cuvée 2018?

En soi, les thématiques ne m’intéressent pas. Un sujet fort, oui, mais nous ne travaillons pas par thématiques, même si nous cherchons à présenter autant de choses que possible. Mais la base, ce sont les qualités cinématographiques des films. Parmi les lignes de force à relever, il y a de plus en plus de films qui entretiennent des liens avec la fiction. Une évidence car le documentaire est un format difficile à fixer dans sa définition. J’aime aller chercher dans cette direction car cette hybridation est incontournable.

Ce n’est pas un souci lorsque l’on a le mot «réel» dans son intitulé?

N’oubliez pas que Visions est sous-titré «Festival international de cinéma». Du côté des filmeurs il n’y a pas tellement de revendication d’appartenance à une catégorie spécifique. Je crois que nous sommes au-delà de la question de s’affirmer – ou non – du côté du documentaire. J’ai travaillé à un projet de remontage de Chronique d’un été, de Jean Rouch (ndlr: père du cinéma-vérité), et, dans les rushs qui n’avaient pas été pris au montage initial, on l’entendait demander à des jeunes femmes de refaire la scène… Cela pose évidemment toutes sortes de questions – les castings, le fait de payer des protagonistes – mais il ne faut pas oublier que la fiction peut aussi permettre de protéger certains personnages… Nous n’avons pas de films qui se présentent comme des enquêtes journalistiques. Il s’agit plutôt de portraits, d’essais, de recherches qui portent fortement la marque d’un auteur, d’un parti pris personnel et ne visent donc pas l’objectivité.

Pour la première fois, le Prix Maître du Réel est attribué à une femme, Claire Simon. Ça tombe bien?

Oui, le hasard fait bien les choses (rires) ! J’y tenais énormément évidemment, même si je ne veux en aucun cas faire de la discrimination positive – je trouve ça dégradant pour les femmes. Mais Claire Simon propose dans ses films une réflexion passionnante sur les allers et retours entre la fiction et le documentaire.

La réalité virtuelle fait aussi son entrée à Visions. Vous y croyez?

On suit ces formats attentivement, mais je ne vois pas, pour l’instant, de nouvelles technologies remplacer l’expérience cinéma. Nous sommes à un début, il y a un potentiel technique et expérientiel, mais il y a encore pas mal de progrès à faire pour arriver à des propositions artistiques dignes de ce nom.

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