Avec «Le traître», Marco Bellocchio à son meilleur

Festival de CannesLe nouveau film du réalisateur italien se penche sur l'histoire du du premier grand repenti de la mafia sicilienne.

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En racontant l'histoire du premier grand repenti de la mafia sicilienne dans «Le traître», présenté jeudi en compétition à Cannes, Marco Bellocchio livre un film remarquable, au classicisme désuet mais réjouissant, porté par une solide performance de Pierfrancesco Favino dans le rôle-titre.

Le film a été longuement ovationné à l'issue de sa projection au Grand Théâtre Lumière. Habitué de la Croisette, où «Le Saut dans le vide» (1980) valut à Michel Piccoli et Anouk Aimée les deux Prix d'interprétation masculine et féminine, le cinéaste de 79 ans se penche à nouveau sur un épisode marquant de l'histoire de l'Italie, seize ans après avoir raconté l'enlèvement puis l'assassinat du politicien Aldo Moro par les Brigades Rouges dans «Buongiorno, notte».

Ici, «Le traître» en question est Tommaso Buscetta, un cadre de Cosa Nostra qui décide de fuir pour se cacher au Brésil, au plus fort de la guerre entre les clans siciliens dans les années 80. Dès lors, les règlements de comptes s'enchaînent et ses proches sont assassinés les uns après les autres, avant que Buscetta ne soit arrêté par la police brésilienne puis extradé.

Sans complaisance

Animé par un esprit de vengeance, il prend une décision qui va bouleverser l'histoire de la mafia en acceptant la proposition du juge Giovanni Falcone de collaborer avec la justice. Il décrit le fonctionnement de «la pieuvre», donne des informations cruciales, dénonce ses membres importants et trahit de fait le serment fait à Cosa Nostra pour contribuer à son démantèlement.

Dans ce film de 2h25 dénué de longueurs, Bellocchio dépeint de façon réaliste et sans complaisance le milieu de la pègre sicilienne. «Les membres de Cosa Nostra ne sont pas filmés sous un jour romantique. Je sentais qu'il fallait éviter les conventions du genre», a confié le réalisateur à une poignée de journalistes.

Provoquant l'arrestation de plusieurs centaines de personnes avec ses informations, Tommaso Buscetta est le témoin principal du «Maxi-Procès de Palerme», que Bellocchio met en scène sans jamais provoquer l'ennui.

«Commedia dell'arte»

«Le procès avait été retransmis à la télévision, mais je voulais éviter d'emprunter ces images. Il fallait instiller une dramaturgie. Je voulais aussi montrer que le procès était un spectacle digne de la commedia dell'arte , avec ces accusés qui tentaient par tous les moyens de le bloquer», a expliqué Bellocchio. «L'homme qui s'est cousu les lèvres ou celui qui se met tout nu, c'est véridique. De même que les crises d'épilepsies étaient assez courantes. J'ai voulu rassembler ces comportements pour faire ressortir le côté théâtral de la situation», a-t-il ajouté.

Révélé en 2006 dans «Romanzo Criminale» où il campait déjà un criminel à la violence plus exacerbée, Pierfrancesco Favino parvient à faire ressortir toute la complexité de Buscetta, à la fois intelligent, tourmenté et versatile.

«Il est parfaitement entré dans son rôle. Je crois d'ailleurs qu'il connaît mieux que moi la vie de Buscetta. Il est parvenu à imiter sa voix, il s'est fait mettre des prothèses au visage... Sa méticulosité était telle que j'avais peur que ça vire à la performance, comme on en voit dans le cinéma américain», souligne Bellocchio.

Son film sort ce jeudi dans les salles italiennes, le jour même où on célèbre l'assassinat du juge Falcone survenu il y a 27 ans. A l'écran, la scène du «massacre de Capaci», qui fit cinq morts au total, est aussi spectaculaire que brutale. «Sa mort a été vécue comme un traumatisme en Italie, je voulais que le spectateur ressente cela», dit-il. (afp/nxp)

Créé: 24.05.2019, 00h03

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