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«Le traître» de Marco Bellocchio retourne le film mafieux comme un gant

Avec sa dernière œuvre, le cinéaste italien livre une réussite et une leçon.

À g.: Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), l’homme qui fera chuter le sanguinaire Toto Riina.
À g.: Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), l’homme qui fera chuter le sanguinaire Toto Riina.
LDD

À presque 80 ans, l’un des derniers parrains du cinéma italien, un Marco Bellocchio rendu célèbre par ses films subversifs des années 60 et 70, se saisit avec maestria de ce que l’on peut considérer comme un genre en soi, le film mafieux. L’exercice, hautement balisé, a souvent buté sur un écueil de taille: la mythologisation des sociétés de truands. Déjà en 1932, Howard Hawks et son «Scarface» prêtaient le flanc à une critique que l’on était ensuite en droit d’adresser à Coppola et à Scorsese. Le cinéma a besoin de héros et il n’hésite pas à glorifier le crime pour arriver à ses fins.

Casser le morceau

Marco Bellocchio contourne habilement l’obstacle en prenant comme personnage principal de son film Tommaso Buscetta. Le mafieux sicilien est surtout connu pour avoir cassé le morceau, ses déclarations au juge Falcone brisant le système de Toto Riina après la seconde guerre de la mafia du début des années 80. En héroïsant un homme devenu synonyme de traître, le cinéaste échappe, ne serait-ce que partiellement, au piège habituel, même si Buscetta ne cesse de se réclamer du code des hommes d’honneur, assurant agir pour détruire un Riina apostat à la tradition de Cosa Nostra.

Dans cette inversion réside une grande part de l’originalité du «Traître». Mais Bellocchio ne s’en contente pas. Le traitement de son film suit une dramaturgie rigoureuse, donnant à voir le moins de meurtres possible, évitant de trop faire briller les clichés bling-bling associés à la frime mafieuse, mais exploitant minutieusement dialogues, confrontations, interrogatoires et scènes judiciaires pour permettre au spectateur d’évaluer toutes les équivoques, toutes les ambivalences d’un criminel qui demeure le produit d’un système.

Buscetta n’est-il pas simplement plus lâche et plus malin que ses congénères? Chacun se fera son opinion, mais là où un Paolo Sorrentino sature ses approches sociales de pittoresque et de fascination, Marco Bellocchio rappelle les fatalités politiques. Une leçon de front.

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