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Valérie Lemercier, la lady du romantique pouet-pouet

Championne des bourgeoises décomplexées et grande angoissée devant l’Eternel, la comédienne porte son cœur de midinette en bandoulière dans la bluette «Marie-Francine»

Valérie Lemercier dans «Marie-Francine».
Valérie Lemercier dans «Marie-Francine».
Jean-Marie Leroy/Rectangle productions/Gaumont

Dans ce quatre étoiles parisien, loin de la Lady Palace qui pontifiait sur les bonnes manières, Valérie Lemercier n’en mène pas large. Boutonnée jusqu’au cou dans son uniforme de lycéenne première de classe, cramponnée à son divan, la quinquagénaire redoute la crise de panique. La faute à «Marie-Francine», son cinquième film d’actrice et réalisatrice. «J’angoisse pire qu’avant. Cette nuit, je me suis réveillée toutes les trois minutes. Sortir de chez moi est une épreuve. J’aspire à demeurer dans mes murs. Et pourtant, je ne fais que jouer dans des grandes salles et rencontrer des gens, c’est le paradoxe de ma vie!»

Elle exagère, bien sûr, force le trait en tragédienne déjantée. «Je suis une timide extrême qui se fait violence. J’ai offert mon corps à un rôle.» Pour un peu, elle se claquerait le front et éclaterait de rire. Son héroïne la décalque en mémère parisienne plaquée par un époux volage, évincée de son boulot de laborantine, forcée de squatter chez ses parents dans le XVIe arrondissement. Coup de bol, Cupidon veille sur cette «grande bringue dépressive» et l’envoie en l’air avec un chef aussi toqué qu’elle. «C’est une histoire d’amour, tambourine-t-elle avec une mauvaise foi totale. Pas un fait de société sur la cellulite à 50 ans.» Admettons, d’autant que Marie-Francine dégage assez d’humour «prout-prout ma chère» pour aciduler la guimauve d’une comédie romantique formatée. Et que Valérie Lemercier, myope de naissance, regarde toujours l’existence en plissant les yeux avec une mine de taupe sortie de sa tanière.

Comment vous qualifier entre vos inclinations romanesques et trash, poétesse du pouet-pouet?

A tout prendre, je préfère le titre de reine du scato-lyrique, plus classieux.

Où trouvez-vous ces formules, «Tu vas faire un caca bouilli», «Prendre le métro, c’est ballot»?

Dans ma vie. C’est un langage que j’entends, qui n’est plus celui de mes parents. Au fond, dans le cinéma, seuls les dialogues et les situations m’intéressent. Je ne fais jamais de rêve de travelling, je ne fantasme pas sur des effets spéciaux, je m’en fous complètement.

Autre décalage, la bande-son d’Aznavour à Sylvie Vartan. Est-ce vraiment votre univers?

Chez moi, j’ai le même tissu que celui du salon de mes parents, et j’ai gardé les vinyles que j’écoutais enfant, Moustaki, Amalia Rodriguez, Julio Iglesias. Je voulais ces éléments dans mon décor, comme ce bouquet de fleurs séchées, des monnaies-du-pape. Ça faisait trente ans que je n’en avais plus touchés. Un souvenir de mon enfance à la campagne, en Normandie, les pétales s’épluchent et font décoratifs.

En quoi les bourgeois vous attendrissent-ils?

J’aime leurs tics maniaques, leur bonté sous les manières. Dans le film, mon père qui me conseille d’épouser Stéphane Bern et râle à cause du dentifrice pas rebouché, c’est aussi lui qui me recueille. J’ai la petite bourgeoisie ancrée, c’est mon fonds de commerce.

Avez-vous craint la fadeur dans Marie-Francine?

Quand vous prenez un coup de foudre, vous ne vous posez pas la question. Vous assumez la mièvrerie cucul, l’embarras des gestes. Le filmer, c’est un autre problème. La fin, par exemple, me semblait vraiment trop bébête. J’ai presque forcé la main de mon producteur pour obtenir ce plan de petit matin de 1er janvier avec la neige sur le Sacré-Coeur. Maintenant, j’espère que le spectateur ne se sent pas de trop dans ce couple.

D’où vous vient cette pudeur?

J’ai des blocages, tout ce qui touche à la gynécologie notamment. J’ai refusé deux comédies pour ça. Après tout, Lino Ventura refusait d’embrasser une femme, chacun sa limite. Pas besoin de montrer des poils ou des organes, surtout les miens. Cela m’embarrasserait.

Depuis vingt ans, vous parlez du fait de trouver sa place. Cherchez-vous encore la vôtre?

A mes débuts, en France, je ne trouvais pas la mienne. En faisant rire, j’ai compris que je servais enfin à quelque chose. Ça rassure! Je sais quoi faire de mes soirées, à 20 h, l’hiver. Mais je doute toujours.

A cause de l’échec de votre film précédent, 100% Cachemire?

Ah! ça n’aide pas. Déjà que j’ai parfois l’impression d’usurper une place, de ne pas être prise au sérieux sur un plateau. Je passe toujours pour la débutante qui s’amuse. Après… vous prenez des années à préparer un film, et cela a le malheur de «surdéplaire». Ce ne serait pas normal de s’aveugler. En plus, je suis tellement dans le doute que si vous me dites que je joue comme un pied, je vais le croire. L’expérience n’aide pas, je m’en méfie plutôt.

Marie-Francine, c’est aussi la crise de la cinquantaine. La redoutez-vous?

«Marie-Francine», c’est plus une histoire d’amour que des bouffées de chaleur.

Un peu les deux, non?

Pas du tout! Tiens, Marie-Francine pourrait avoir l’âge de Vic dans La Boum, quand son père demande à sa femme, «Mais qu’est-ce qu’elle a?» et qu’elle répond: «14 ans.» C’est pareil, sauf que je réponds: «50 ans.» Je me suis d’ailleurs écrit cette scène le jour de mon anniversaire. A quoi bon le cacher? Ça me frappe d’ailleurs que mon âge intéresse, sans que j’en aie peur.

C’est une réalité, surtout pour une actrice, non?

Il y a des âges, c’est vrai. A un moment, vous n’êtes plus «évidente». Mais j’y ai toujours échappé. A 23 ans, je jouais une vieille dame de 60. Dans Milou en mai, j’avais un mari de 70 ans, j’étais déjà cataloguée dans les vieilles. Et Lady Palace ensuite m’a installée dans ce flou bourgeois. Mes spectacles y contribuent, puisque j’y incarne des hommes octogénaires ou des fillettes de 7 ans. La crise de la cinquantaine n’est donc pas encore un problème. Moi, tant que je peux gambader sur scène, ça me va.

Au point de retomber amoureuse comme une gamine?

Oui. Je n’aime pas la mise en scène du romantisme, les chandelles, les roses etc. Quelqu’un qui écrirait dans le ciel «Je t’aime Valérie» avec un avion, je le quitte. Mais regarder Columbo à deux, les petits secrets que personne ne sait, j’adore. Moi, si je porte un pull à une émission de télé, je le jette. Si je racontais mes histoires d’amour, je changerais à chaque fois de mari.

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