Versace griffe l’intolérance

Dans American Crime Story 2 , l’enquête sur l’artiste abattu en 1997 en dit long sur l’Amérique homophobe.

Penélope Cruz réussit une composition bluffante de la glamoureuse Donatella Versace

Penélope Cruz réussit une composition bluffante de la glamoureuse Donatella Versace Image: vqh

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Autant The People v. O. J. Simpson, première saison d’American Crime Story, édifiait par sa reconstitution minutieuse du procès de l’Amérique raciste de 1995, autant The Assassination of Gianni Versace en deuxième saison fouille dans le chaos de la société homophobe de 1997. Les producteurs ne dupliquent pas le dispositif qui avait subjugué. Au contraire, ils laissent le sujet générer sa propre formulation. Ainsi l’affaire O. J. Simpson, sa médiatisation dès la fameuse course-poursuite en Ford Bronco diffusée en direct, jusqu’à la moindre argutie judiciaire du procès, donnait matière à un suspense de prétoire si fouillé dans ses soubresauts sociétaux qu’il passionnait encore au-delà du verdict. Le cas Gianni Versace, d’une opacité diffuse, est traité avec un flou artistique formel plus audacieux.

Pour mémoire, le couturier est abattu aux portes de son palais à Miami le 15 juillet, le tueur laisse une colombe morte près du corps. Un passant prend un Polaroid de la scène, le vend au plus offrant à des paparazzis accourus. Tout ici respire le kitsch baroque, des stucs rose et or des façades aux armoiries toc antiques du créateur italien. Sa sœur Donatella participe de la scénographie glamour, incarnée jusqu’à la dernière mèche synthétique d’une perruque platinée pour Penélope Cruz. «Gianni avait un faible pour la beauté», lâche la soror dolorosa en guise d’explication globale. Une enquête de police est lancée, elle ne semble pas passionner outre mesure. Le réalisateur, Ryan Murphy, d’ailleurs s’en dés­intéresse pour appliquer au dossier une structure en spirale aussi circonvolutée que les motifs des tissus créés en exclusivité pour les collections Versace.

En quelques épisodes, The Assassination of Gianni Versace dégage deux axes énigmatiques, l’homophobie encore vivace de l’Amérique d’il y a à peine vingt ans, et l’incroyable laxisme du FBI d’ordinaire sagace en matière de meurtres en série. Ces mystères ne pourront que confluer. Les pistes progressent en flash-back et en parallèle. Le récit trottine d’abord comme un joggeur dans le Miami des années 1990. Dans ce paradis clinquant où bronzent les vieilles peaux des retraités nantis, Elton John enterre Diana avec Candle in the Wind, le maillot rouge de Pamela Anderson tressaute sur la plage, Sharon Stone drague les bonnes œuvres contre le sida. Non éradiquée, la peste du XXe siècle semble enrayée.

Donatella Versace s’inquiète d’un virus plus mortel pour le business, la rumeur. À l’époque, Gianni veut sortir du placard, épouser un athlétique éphèbe ici incarné par Ricky Martin. De quoi effrayer les investisseurs. La série restitue la complexité d’un artiste omnipotent sur le plan professionnel, frustré dans ses désirs intimes. Comme une robe qui se chiffonne sur un mannequin, les détails ajustent une perspective plus subtile que le style tapageur du Calabrais. L’autre mystère demeure. Pointe avec régularité la mollesse de services de police patauds. Incompétence, paresse? Andrew Cunanan qui flingue le maestro de deux balles était fiché, son crime s’ajoute à d’autres meurtres crapuleux liés à l’homosexualité. Nul flic n’a débusqué le criminel, beau gosse au schéma typé. Sa jolie gueule de voyou a su affoler les sexagénaires, leur débiter des bobards inventifs, d’accord. Même si elles ne l’ont pas cru, les victimes ont succombé. Mais le FBI? Le doute pèse.

Ironie, Gianni Versace ne mordra pas aux appâts de son assassin. Car American Crimes évite la réduction simpliste. Les deux saisons possèdent un autre point commun. Aux USA, quand le racisme ou l’homophobie frappent les riches et célèbres, la prise de conscience d’une gangrène sociale profonde semble évidente et exige réparation. Voir l’affaire Wein­stein et ses stars harcelées qui sans aucun doute ne dépareraient pas cette série.

The Assassination of Gianni Versace Ryan Murphy Canal+, dès le 29 mars et sur demande

Créé: 17.03.2018, 12h00

Sélection


Nox
Curieux écho que Nathalie Baye en tigresse qui va sauver sa fille d’un psychopathe dans les égouts de Paris. Depuis Le petit lieutenant, l’étourdissante actrice pouvait s’enorgueillir d’édifiants états de service dans la police. Hypnotique style Carole Bouquet en Mante, sa première série après l’incursion dans Dix pour cent avec sa fille Laura, épate.
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Jessica Jones saison 2
Les superhéros finissent par fatiguer, pas Jessica Jones.
La justicière de l’écurie Marvel déteste le job, bougonne l’injure en rustaude du Bronx, casse le macho par obligation. Sous le cuir de la détective encore privée de long-métrage, une finesse allusive jouissive ciblée sur les geeks fans de Spider-Man, Whizzer, bouclier de Captain America.
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Le chalet
Dans une fusion rare de genres à la télé française, le polar gore, Le chalet coince 13 invités au fond des Hautes-Alpes dans un hameau en été. Un passé sanglant émerge, inspire des crimes en série sans que le coupable soit jamais visible. Alexis Lecaye et Camille Bordes-Resnais, après Les dames, signent ce produit France 2 annoncé sans happy end.
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La servante écarlate
L’adaptation du best-seller de Margaret Atwood, daté de 1985, en plein régime reaganien, a percuté de plein fouet l’Amérique de Donald Trump. De la fécondation par viol au terrorisme religieux, la dystopie rappelle la menace vivace des archaïsmes. L’esthétique stylée à la Vermeer subjugue, comme l’héroïne Elisabeth Moss. La saison 2 arrive en avril.
Saison 1, DVD dist. MGM/United Artists




Billions saison 3
Billions 3 tient le choc en bourse, titanesque duel entre un billionnaire et un procureur, amplifié par la puissance du jeu de Damien Lewis et Paul Giamatti, des seconds couteaux qui poignardent dans le dos, des intrigues centrées sur la finance du «1% du 1% des plus grosses fortunes mondiales». John Malkovitch en guest star.
Canal+ Séries et à la demande, dès le 27 mars


Hard Sun
David Bowie règne depuis l’au-delà, pompé en série. Neil Cross à la BBC, relit Five Years (The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, 1972). Et s’il ne restait à la planète que 5 ans d’existence? La parano du gouvernement, le drame d’une fille-mère par viol, la cupidité malgré l’apocalypse… et la divine ex-top model Agyness Deyn.
Saison 1, DVD, dist. BBC/2entertain

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