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«Vif-Argent», à cheval entre les vivants et les morts

Stéphane Batut offre des rôles en or à Timothée Robart et à Judith Chemla, dans un récit baignant dans le romantisme.

Un amour qui défie l’espace et le temps.

Par son romantisme exacerbé, par sa manière de filmer deux jeunes gens – Timothée Robart et Judith Chemla, formidables – invisibles l’un à l’autre, mais s’aimant par-delà l’espace et le temps, par sa réflexion enfin sur le monde des vivants et des morts, «Vif-Argent», de Stéphane Batut, est un film totalement fascinant. On y suit le destin, fatalement improbable, de fantômes que la caméra semble faire revivre, sans qu’il soit pour autant besoin d’assortir ce qu’on voit d’un fatras inutile d’explications psychologisantes. Stéphane Batut, dont c’est le deuxième film et le premier long-métrage de fiction, lauréat du Prix Jean Vigo, était auparavant directeur de casting. Il nous racontait récemment qu’il a toujours souhaité devenir réalisateur. On espère vraiment qu’il pourra continuer, tant il sait mener la plus novatrice des narrations à des formes aussi élégantes que modernes.

«Vif-Argent», avec son titre énigmatique, référence à la fois à l’ancien nom du mercure et à un superhéros (Marvel) moins connu que d’autres, ne surfe sur aucune vague préétablie. Sa poésie est immanente et en partie inédite. Aucun film français récent ne propose et surtout n’impose un tel univers, mélange de fantastique et de réalisme au cœur duquel les personnages sont rois (ou reines). Parler du film sans rien en dévoiler est en revanche acrobatique, pour ne pas dire impossible. La fantaisie qu’il met en scène ne repose pas sur des croyances préétablies, mais donne une réponse à ce romantisme ordinaire que la plupart des comédies romantiques (américaines principalement) desservent. On ne sait sur quels arcanes secrets se fonde au juste le film et sa beauté fragile, presque palpable.

On s’interroge également sur l’indifférence des grandes sections cannoises, qui ont fini par recaler une œuvre qui a fait le bonheur de l’ACID (sorte de off du off), et plus récemment du GIFF. Il faut impérativement se laisser porter et aller à la découverte de cet insaisissable objet qu’est «Vif-Argent», révélateur de talents, doux poème qui tourne le dos à la violence sociétale actuelle, et qui, rien que pour ça, mérite d’être louangé.

Drame (Fr., 106’, 12/14) Cote: ****

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