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Vincent Lindon cherche l'impalpable dans L'apparition

Reporter de guerre à l’âme meurtrie dans L’apparition, Vincent Lindon s’aventure sur le terrain miné des miracles. En quête.

Alors que le Vatican vient d’officialiser un miracle à Lourdes, le 70e en cent soixante ans, sort L’apparition, de Xavier Giannoli. Coïncidence tombée du ciel? Son interprète Vincent Lindon ne s’en étonne même pas. «La fonction de l’art, c’est de précéder l’époque. Ou au moins, d’arriver à l’heure de manière à laisser une trace. Au final, les films, la musique, la peinture, voilà ce qui reste d’une société, qui en consiste le marqueur.»

Pas question néanmoins de juger. «Courtoisie, respect… j’ai approché ces commissions qui examinent les cas de miracle. Du moment que personne ne m’oblige à croire, ne sanctionne ma position, je ne demande qu’à voir. Je déteste les gens qui édictent la vérité. Ce film garde la modestie de rester à hauteur de son sujet.»

Au passage, de l’acteur citoyen de La loi du marché au comédien absolu de Rodin, Lindon, en chroniqueur des âmes, trouvera sans doute sa vérité dans ce monde qu’il persiste à défricher. «Ce qui me meut, c’est le travail bien fait, qui mesure le bonheur d’un homme, d’une femme. Sans ça, il manquerait une énorme pièce au puzzle. Bien sûr, il y a l’amour, la famille. Mais le travail permet d’avancer.» L’harmonie l’effraie, le confort le hérisse. «Je préfère être assis sur une fesse.» De là, le sexagénaire s’active, jusqu’à se montrer «fou furieux de nature», tics et terminaisons nerveuses en bataille. Bourru en diable mal «barbé», l’élégant fils de bonne famille explose alors le cadre. Quitte à mépriser le Barnum du cinéma, ses vanités piteuses. «J’ai dit ça? Ce métier, il est vrai, pousse au ridicule. Déjà la bulle qui vous coupe du monde avec ses barricades cérébrales, ses vitres teintées qui empêchent de communiquer. Les acteurs se déplacent avec secrétaire, maquilleur, coiffeur, tous parlent à votre place. Et répondent en se basant sur le fantasme qu’ils ont de votre petite personne!»

Une même quête d’authenticité vrille son travail. Dans L’apparition, Vincent Lindon questionne en zone sensible, ouvre des champs sur la spiritualité. Sous la veste kaki de Jacques, reporter de guerre miné par une tragique expérience en Syrie, il devient «le vecteur à qui s’identifie le spectateur», témoin dégagé de préjugés. «Le propre du bon enquêteur, c’est de se vider d’idées préconçues jusqu’à rester naïf.» Mais dans L’apparition, personne n’est vierge. «Ce type sort à peine d’un état de choc. Face à lui, une novice à l’innocence portée en croix supplie d’être confortée dans sa foi. Ils vacillent et tremblent comme deux lapins pris dans les phares d’une voiture. Que faire du doute? Pour certains, le doute marque la fin de la course. Chez d’autres, comme moi, il devient moteur, excite à aller fouiner.»

Cette terre restait encore vierge pour lui, si ce n’est peut-être dans La moustache, un de ses films moins connus, en 2005. Ce road movie drolatique racontait sur le mode de l’absurde la crise existentielle d’un quadragénaire en rupture. Son auteur, l’écrivain Emmanuel Carrère, allait ensuite publier Le Royaume, examen de conscience religieuse foudroyant, une dizaine d’années plus tard. Comme si la fiction cheminait en parallèle avec la réalité, ou du moins, le rattrapait sans cesse. «Je ne pense pas à ces références, rétorque Vincent Lindon. Au contraire, j’efface mes traces, je ne veux pas en savoir plus que mon personnage. Même si c’est le cas. Sans cet effort restrictif, je tuerais l’esprit de découverte, le potentiel d’émerveillement, cet extraordinaire voyage.»

Et de regretter une époque prompte «à tout expliquer en sons et images, à demander des preuves et à balancer n’importe quoi en quelques tweets». Et d’enrager contre les réseaux sociaux: «Il est si instructif de s’abandonner à l’inexplicable, à l’impalpable.» Trop pudique pour confesser ses crises mystiques, l’artiste se dégage d’une pirouette. «J’incube mes rôles, six mois, un an. Mes personnages me changent forcément. C’est moi, Vincent, qui suis passé à travers eux, c’est mon corps et ma tête.»

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